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Première mondiale : des chirurgiens français réalisent une greffe simultanée du visage et des deux mains (avril 2009)

Une équipe de chirurgiens français vient d’accomplir une première mondiale en pratiquant, à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, une greffe combinée du visage et des deux mains. Le patient est un jeune homme défiguré par de graves brûlures. Pour cette intervention complexe qui a duré une trentaine d’heures et mobilisé quarante personnes, la principale difficulté résidait dans la nécessité d’une parfaite coordination des différents intervenants.

L’opération réalisée à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne) est la sixième greffe de la face dans le monde, mais la première greffe simultanée du visage et des mains. Concrètement, il s’agissait pour l’équipe chirurgicale de greffer d’abord les deux mains, prélevées au dessus du poignet, puis toute la partie haute du visage : le cuir chevelu, le nez, les oreilles, le front, les joues… et les paupières : « C’est la première fois que l’on greffe des paupières », explique le professeur Lantieri qui a coordonné cette opération d’une durée de près de trente heures, mobilisant une quarantaine de personnes. Dans ce laps de temps, toutes les terminaisons nerveuses et sanguines ont été reconnectées : « Tout a été rebranché. A savoir : les nerfs, tendons, artères et veines », a précisé un responsable des Hôpitaux de Paris.

Outre l’intervention sur la face pratiquée par les professeurs Lantieri et Meningaud (Centre hospitalier universitaire Henri-Mondor de Créteil), l’équipe du docteur Dumontier (hôpital Saint-Antoine de Paris) était en charge de l’opération des deux mains qui, selon le docteur Dumontier, et contrairement à la greffe faciale, est « une technique de soins, certes exceptionnelle, mais qui ne fait plus partie du domaine de la recherche ». Une quarantaine d’opérations de ce genre ont déjà été réalisées dans le monde.

Cependant, la greffe combinée du visage et des deux mains qui vient d’être réalisée à Créteil représentait un véritable défi, imposé par les circonstances : « Pour ce patient, il n’y avait pas d’autre solution, explique le professeur Lantieri. Il fallait élaborer un protocole global. Mon patient est un grand brûlé. Ses lésions sont spécifiques des grands brûlés : atteinte de la partie haute du visage associée à une détérioration importante au niveau des mains. C’est la raison pour laquelle il fallait concevoir une intervention globale sur les mains et la face ».

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Professeur Lantieri © AP-HP

Comme pour les précédentes greffes de visage, il existait deux conditions sine qua non de l’opération : la compatibilité de groupe sanguin avec le donneur (indispensable pour n’importe quelle greffe) et l’harmonie de couleur de la peau entre donneur et receveur. Quarante-huit heures après l’intervention considérée comme un succès par les médecins, le patient était encore maintenu en sommeil artificiel. La phase de réanimation post-chirurgicale devrait durer une quinzaine de jours. Ensuite, il faudra surveiller la repousse nerveuse, évaluée à un millimètre par jour en moyenne. Les chirurgiens seront particulièrement attentifs au retour de mobilité des paupières qui dépendra de cette repousse nerveuse. Mais dans ce domaine, ils avancent dans l’inconnu puisque c’est la première fois qu’une greffe est tentée sur cette partie essentielle du visage qui assure la protection des yeux.

Il va également falloir surveiller le risque d’un éventuel rejet. Ce type d’effet secondaire a coûté la vie, en 2006, à un homme de 32 ans. Opéré en Chine, après avoir été attaqué par un ours, il est mort en 2008 après avoir négligé ses médicaments anti-rejet au bénéfice d’un traitement à base d’herbes traditionnelles.

En France, on se souvient d’Isabelle Dinoire, qui bénéficia en 2005, à Amiens, de la première greffe partielle de visage après avoir été défigurée par son chien. Trois ans après l’opération, elle prenait elle-même la parole lors d’une conférence de presse, se félicitant notamment de sa sensibilité retrouvée grâce à la greffe, notamment au niveau de l’épiderme : « C’est comme moi, avait-elle conclu devant les journalistes. Comme ma peau ».

Pour les médecins, un tel témoignage est le meilleur des encouragements. Avant sa dernière intervention, le professeur Lantieri avait opéré, en 2007, un jeune homme défiguré par une tumeur génétique. Puis, il y a moins d’un mois, un autre jeune homme victime d’un coup de fusil. Celui qui vient tout juste d’être opéré, grièvement brûlé en 2004, à la suite d’un accident, souffrait de graves séquelles lui interdisant toute vie sociale. Il était inscrit sur liste d’attente depuis un an. Un seul donneur a permis la mise en œuvre de l’intervention dont il vient de faire l’objet. « Mon objectif n’a jamais été de réaliser un exploit technique, précise le professeur Lantieri. La seule chose qui m’intéresse, c’est d’améliorer le confort de mes patients. Même si le risque zéro n’existe pas. La difficulté consiste donc à réduire les risques au minimum pour obtenir un bénéfice maximum pour le malade ».

Source : Actualité en France n° 14, avril 2009

Marie-Michèle Martinet.


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