La France considère comme nécessaire d’ancrer la construction européenne dans une approche commune, voire un partage de sa défense.

Contexte

Le développement des crises et des risques dans le voisinage immédiat de l’Europe est susceptible d’affecter sa sécurité. A l’est demeurent des fragilités dans des Etats issus de l’ex-URSS et de l’ex-Yougoslavie. Dans le voisinage méditerranéen de l’Europe, de nombreux pays traversent une transition démocratique au prix d’une grande instabilité, de tragédies et d’incertitudes, comme la Syrie, l’Egypte, la Libye et d’autres. En Afrique, en dépit du potentiel de croissance, les risques pour la sécurité résultent de l’absence d’Etat dans certains pays, des inégalités, des trafics ou encore de la corruption. S’ajoutent des menaces plus diffuses, mais non moins redoutablescomme la prolifération, la cyberguerre ou le terrorisme.

Face à ces risques, l’évolution des priorités stratégiques américaines avec un certain désengagement du champ européen au profit de l’Asie laisse l’Europe davantage seule face à ses responsabilités, pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Dans le même temps, les pays européens doivent faire face à des contraintes budgétaires qui ne sont pas compatibles avec une augmentation de leurs budgets de défense. Les Etats membres de l’Union européenne sont confrontés à des limitations de développements capacitaires, certains à des coupes significatives.

Or, même si des différences demeurent, les Européens ont développé une conception mieux partagée des intérêts de sécurité. La stratégie européenne de sécurité adoptée en 2003 y a contribué et l’UE a commencé à avancer autour d’une politique étrangère et de sécurité commune.

En termes de gestion de crise et de prévention des conflits, l’Europe s’est dotée d’outils qu’il était difficile d’imaginer quand les bases du projet de défense commune ont été posées à Saint-Malo en 1998. En une décennie, l’Union a réussi à mettre en place des structures politico-militaires, un mécanisme de financement des opérations militaires et une force de réaction rapide avec des Groupements tactiques et un centre opérationnel, embryon de quartier-général européen. Sur cette base, l’Union a lancé 27 opérations civiles et militaires sur 3 continents : 11 sont achevées, 14 sont actuellement en cours (3 en Europe - Balkans et Caucase -, 4 en Asie, au Moyen Orient et en Asie centrale, 7 en Afrique) et 2 sont en cours de planification.

Infographie : les opérations civiles et militaires de l'Union européenne

Position de la France

Le traité de Lisbonne peut permettre des avancées, en renforçant la cohérence de l’action extérieure autour du SEAE au profit de l’affirmation d’un rôle mondial de l’UE, en élargissant le champ des missions de l’Union et en améliorant la solidarité entre les Etats européens pour assurer leur défense et leur sécurité.

Pour relever tous ces défis, la France souhaite que le Conseil européen de décembre 2013 donne une nouvelle impulsion selon une démarche pragmatique qui doit être fondée sur :

  • une analyse transparente et lucide de la situation existante ;
  • une méthode, celle des avancées concrètes, en partant de l’amélioration des outils et des structures en place et en s’appuyant sur les possibilités de coopération qu’offrent les traités, sans s’interdire d’avancer à quelques-uns, une fois les objectifs clairement définis. A ce stade, la France souhaite porter un débat à 28 et définir des axes pour l’Union européenne.

Ce Conseil européen doit également être l’occasion de donner une impulsion à une industrie de défense européenne compétitive, facteur de croissance et d’autonomie stratégique, et notamment une coopération industrielle en matière de drones.

La mutualisation et la coopération sont également les voies réalistes en matière de développement capacitaire. "Nous sommes dans l’obligation de mutualiser, de partager, de trouver des points de cohérence si nous voulons conserver notre crédibilité, éviter un déclassement stratégique et rester capables d’assurer la sécurité de notre continent et de nos ressortissants", a déclaré Laurent Fabius le 11 juillet 2013 à l’Assemblée nationale.

Les Européens doivent aussi relancer quelques grands programmes structurants en s’appuyant davantage sur l’Agence européenne de défense.

Par ailleurs, l’approche globale de l’Union doit pouvoir se matérialiser en articulant mieux les actions de développement et le volet de sécurité. Le Conseil européen pourrait insister sur la nécessité de réduire la distance entre développement et sécurité, en prévoyant dans les programmes d’aide au développement des actions qui concourent au renforcement de la sécurité.

Enfin, en parallèle de ces coopérations et avancées concrètes, la France appelle de ses voeux des progrès dans la définition des priorités de l’Union en matière de défense et de sécurité, par exemple dans les domaines de la cyber-sécurité, de la surveillance des frontières et de la stabilisation post-conflit.

Mise à jour : 31.07.13