L’aide alimentaire française



Carte : l’aide alimentaire française en 2013

Enjeux et stratégie de l’aide alimentaire

En 2012, la sous-alimentation chronique a touché près de 870 millions de personnes dans le monde, dont 150 millions d’enfants. Selon les estimations de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’écrasante majorité – quelque 850 millions de personnes, soit un peu moins de 15% de la population mondiale - vit dans des pays en développement.

En 1990, cette proportion était de 20% de la population mondiale, soit 1 milliard de personnes. C’est avant tout avant 2007-2008 que les progrès mondiaux en matière de réduction de la faim ont été réalisés. Ils ont ensuite accusé un ralentissement et un tassement, en raison de la flambée des prix alimentaires en 2008.

Les différences entre régions et pays restent considérables. En Asie et en Amérique latine, le nombre de personnes sous-alimentées a régressé, alors qu’il a augmenté en Afrique sub-saharienne.

Au-delà de cette situation chronique qui appelle des réponses structurelles, une centaine de millions de personnes est affectée chaque année par des crises alimentaires et nutritionnelles aiguës du fait de catastrophes naturelles, de crises politiques, de conflits ou de la dégradation de leurs conditions d’existence et 5 millions d’enfants meurent chaque année de causes liées à la malnutrition.

L’Aide alimentaire programmée (AAP)

Pour répondre aux situations les plus graves, là où la vie des populations est en jeu, le ministère des Affaires étrangères mobilise l’Aide alimentaire programmée (AAP), complémentaire de l’aide d’urgence mise en œuvre par le centre de crise (CDC).La mise en œuvre de l’AAP s’inscrit dans le cadre des conclusions du Conseil de l’Union européenne (UE) du 10 mai 2010 sur l’assistance alimentaire humanitaire.

Cette aide permet de répondre aux besoins alimentaires et nutritionnels les plus urgents, tout en contribuant à la sauvegarde et à la réhabilitation des conditions de subsistance des populations concernées. Elle permet aussi de renforcer la résilience des populations, c’est-à-dire leur capacité à faire face aux risques de chocs, à y répondre, ainsi qu’à récupérer et à s’adapter de manière durable.

L’AAP promeut l’utilisation d’instruments diversifiés (aide alimentaire en nature, mais aussi transferts d’argent, coupons, produits nutritionnels spécifiques, appui aux moyens d’existence, distribution d’outils, formations, etc.) qui permettent de satisfaire au mieux les besoins des bénéficiaires. Cette diversification marque le passage d’une approche fondée sur l’aide alimentaire en nature vers le concept d’assistance alimentaire.

L’AAP s’inscrit par ailleurs dans le cadre des engagements pris par la France au titre de la Convention internationale relative à l’aide alimentaire. Cette convention, seul texte international sur l’aide alimentaire, en vigueur depuis 1967, fixe l’engagement minimal des pays signataires et codifie certaines modalités de l’aide alimentaire. Dans ce cadre, la France s’est engagée à mobiliser, sur une base prévisible et quelles que soient les fluctuations de prix, l’équivalent de 200 000 tonnes équivalent céréales (TEC) par an.

Cette convention a été renégociée afin de disposer d’un texte modernisé reflétant l’évolution vers la notion plus large d’assistance alimentaire. Une nouvelle Convention est entrée en vigueur le 1er janvier 2013. Tout en répondant aux urgences, elle entend contribuer à l’amélioration à long terme de la sécurité alimentaire, et promouvoir les capacités de résistance des populations, par des activités de développement de long terme des agricultures locales, notamment par la promotion des achats locaux ou régionaux. La palette des outils éligibles au titre de la Convention a été élargie (semences, interventions vétérinaires). La nouvelle Convention permettra aussi de faire évoluer la nature des engagements et exprimer ceux-ci en valeur monétaire plutôt qu’en nature.

L’AAP contribue ainsi à la réalisation de deux objectifs de la stratégie sectorielle du comité interministériel sur la coopération internationale et le développement (CICID) pour l’agriculture et la sécurité alimentaire :

  • prévention et gestion des crises alimentaires (y compris réhabilitation post-crise) ;
  • soutien aux populations vulnérables sur le plan nutritionnel menacées par la détérioration de leurs conditions d’existence.

Ciblage géographique de l’aide alimentaire française

En 2012, 19 pays ou territoires ont bénéficié de l’AAP (22 en 2011), dont 12 en Afrique sub-saharienne. Les 10 premiers bénéficiaires (Niger, Tchad, Territoires palestiniens, Mauritanie, Mali, Haïti, Afghanistan, Burkina Faso, Madagascar, République démocratique du Congo) représentent plus de 75% du budget, ce qui indique une claire concentration des ressources sur un nombre limité de pays.

La part du budget allouée à l’Afrique sub-saharienne, priorité affichée de l’AAP française, se situe à un peu moins de 70%, après avoir atteint un point bas en 2010.

La France s’est mobilisée, dès décembre 2011, pour répondre au défi de la crise alimentaire au Sahel en allouant 10 millions d’euros d’aide aux pays de la région parce que la prévention est dix fois plus efficace et moins coûteuse que le traitement des conséquences des crises alimentaires. Cette mobilisation s’est maintenue et renforcée tout au long de l’année 2012, pour atteindre un total de près de 41% de l’AAP.

Ailleurs, à l’instar des opérations en Afghanistan, en Haïti, à Madagascar et dans les territoires palestiniens, l’aide alimentaire respecte une continuité de financement, pour privilégier les actions de long terme.

Enfin, le ciblage du budget vers les pays les moins avancés (PMA) est de près de 80%, conformément aux orientations de la stratégie française en matière d’AAP.

Opérations soutenues par la France

La part relative des opérations d’urgence dans le budget de l’AAP 2012 (58%) est majoritaire, compte tenu de la crise alimentaire au Sahel en 2011-2012. Pour autant, une part conséquente des actions soutenues relève toujours des situations de crise prolongée et de réhabilitation (42% du budget) orientées vers des pays qui connaissent des "crises oubliées" telles que la République démocratique du Congo (RDC), le Soudan, la République centrafricaine et le Yémen. Le manque de visibilité de ces crises entraîne souvent un manque de financement des programmes d’aide, ce qui renforce l’intérêt de nos interventions.

La part consacrée aux opérations de nutrition maternelle et infantile représente près de la moitié des activités en 2012, contre 15% du budget en 2011. Cette évolution s’explique par l’augmentation des interventions d’urgence lors de la crise alimentaire et nutritionnelle au Sahel. Le soutien aux moyens d’existence correspond aux interventions dans des contextes de crises prolongées ou de réhabilitation. La diversification des actions soutenues correspond quant à elle à l’évolution de l’utilisation du budget vers l’assistance alimentaire.

L’aide alimentaire française étant totalement déliée (non conditionnée à l’acquisition des produits en France), et la France promouvant les achats locaux et régionaux, ceux-ci représentent toujours une part importante des sources d’acquisition des produits : 23% des achats effectués par les organisations partenaires sont locaux, 8% régionaux et 69% internationaux. Afin que ces achats bénéficient aux petits producteurs, la France soutient les programmes "achats pour le progrès" (Purchase for Progress) du programme alimentaire mondial (PAM) dans plusieurs pays.

Quelques exemples de projets soutenus par la France

Birmanie : 0,8 M euros - Aide pour le redressement des zones affectées par les cyclones Nargis et Giri

  • Distribution de rations familiales aux populations ciblées, en particulier les femmes, les enfants, les personnes âgées, les orphelins et les personnes handicapées. Bénéficiaires : 20 000 personnes.
  • Appui au programme d’amélioration de la sécurité alimentaire dans les zones rurales de l’état de Chin, à travers des activités de vivres contre travail. Bénéficiaires : 2 536 personnes.

Mali : 2 595 593 euros

  • Suppléments nutritionnels à 39 000 enfants ainsi qu’un appui alimentaire à 7 500 femmes enceintes et allaitantes pendant 3 mois. Bénéficiaires : 46 500 personnes.
  • Projet CICR conjoint Mali/Niger.
  • Appui au programme de renforcement de la sécurité alimentaire des populations nomades au Nord Mali dans un contexte de post crise alimentaire et en situation de crise sécuritaire, de juillet à novembre 2012. Bénéficiaires : 15 000 personnes.
  • Fourniture d’un accès immédiat à la nourriture aux populations vulnérables de la région de Gao et soutien à la reconstitution de leurs moyens d’existence par la distribution de vivres pendant la période de soudure. Bénéficiaires : 12 000 personnes pendant 7 mois.
  • Programme de distribution de kits alimentaires d’urgence en zone rurale, renforcement des capacités de production des populations paysannes et distribution de céréales aux banques de céréales. Bénéficiaires : 8 000 personnes dont 5 600déplacées pendant3 mois (août-octobre 2012).

Territoires palestiniens : 3,3 M euros - Poursuite des appuis apportés aux actions du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l’office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) en faveur des réfugiés et des populations palestiniennes vulnérables

  • La contribution française couvre les besoins en farine pour 3 semaines de 207 000 bénéficiaires, ainsi que les besoins en biscuits fortifiés fourrés aux dattes pour 8 semaines de 7 000 bénéficiaires. Bénéficiaires : 214 000 personnes.
  • Réduction de l’insécurité alimentaire grâce à la fourniture d’une aide alimentaire en nature aux réfugiés palestiniens au cours de 2012. Bénéficiaires : 145 658 personnes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.
  • Achats locaux de biscuits fortifiés distribués aux enfants des écoles primaires publiques des 5 gouvernorats de la Bande de Gaza. Bénéficiaires : 80 000 enfants.
  • Réduction de l’insécurité alimentaire grâce à la fourniture d’une aide alimentaire en nature aux réfugiés palestiniens au cours de 2013. Bénéficiaires : 150 756 personnes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.
  • Distribution d’une collation à des enfants dans 145 écoles primaires publiques des 5 gouvernorats de la Bande de Gaza durant un mois et demi. Bénéficiaires : 80 000 enfants.

Haïti : 2,5 M euros

  • Relance du programme d’achats locaux en céréales initié en 2005 par l’intégration de la production locale favorisant la relance de la production agricole. Les vivres sont distribués au Programme alimentaire mondial (PAM) pour soutenir son programme national des cantines scolaires. Ces achats ont permis la distribution de 8241 667 repas entre le 15 avril 2012(début des achats locaux)et le 31 janvier 2013, soit pendant 130 jours scolarisés. Bénéficiaires : 63 400 élèves du primaire entre 4 et 14 ans.
  • 2,5 millions de repas servis entre le 1er octobre 2012et le 31 janvier 2013 soit pendant 77 jours scolarisables. Bénéficiaires : 32 470 élèves du primaire entre 4 et 14 ans.

Leçons tirées et orientations pour 2013

La convocation d’un premier Comité Interministériel d’Aide Alimentaire (CIAA), le 9 décembre 2011, a permis la programmation d’une enveloppe de 10 millions d’euros pour le Sahel, de sorte que l’AAP a été mobilisée dès le début de la crise sahélienne. Ce mécanisme sera reconduit à l’avenir, lors de crises alimentaires qui appellent une réponse rapide.

Le CIAA de janvier 2012 a programmé une tranche de 10 millions d’euros et celui de juin 2012 de 15,19 millions d’euros.

Une coordination étroite avec le centre de crise du ministère des Affaires étrangères a permis d’établir des analyses communes et une concertation étroite pour la réponse à la crise au Sahel. En revanche, les différences dans les modalités de mise en œuvre des interventions n’ont pas permis de coordonner l’AAP avec les instruments de l’AFD en appui aux ONG.

La coordination étroite avec les autres donateurs de l’assistance alimentaire, en premier lieu la Commission européenne, s’est poursuivie, au travers de consultations régulières et de cofinancements.

La mise en œuvre de la stratégie française de l’aide humanitaire permettra une plus grande complémentarité et une meilleure coordination entre les différents instruments humanitaires gérés par le ministère des Affaires étrangères, ainsi qu’avec les interventions de sortie de crise.

Conformément à la nouvelle Convention d’assistance alimentaire, l’aide alimentaire programmée doit permettre le renforcement de la résilience des populations. Tout en répondant aux urgences, il s’agit de contribuer à l’amélioration à long terme de la sécurité alimentaire et de promouvoir les capacités de résistance des populations, par des activités de développement des agricultures locales. La nouvelle Convention permettra l’éligibilité d’un plus grand nombre de modalités de réponse (transferts monétaires, bons alimentaires, actions nutritionnelles, …), ce qui renforcera l’adaptation des interventions aux contextes opérationnels et aux besoins des bénéficiaires et donc leur efficacité.

Enfin, le nombre croissant de crises alimentaires et humanitaires ne doit pas entraîner une dispersion de notre aide, qui réduirait son efficacité. Il convient de porter une attention constante aux crises "oubliées" sous-financées où notre valeur ajoutée est importante, tout en étant vigilants sur les situations d’urgence.

Pour en savoir plus :

Mise à jour 22.05.13