Présentation



Données générales

Nom officiel : Ukraine Nature du régime : république Chef de l’Etat : M. Petro Porochenko (Président) élu le 25 mai 2014.

Données géographiques

Superficie : 603 700 km². Capitale : Kiev (2,8 M hab.). Villes principales : Kharkiv (1,5 M hab), Dnipropetrovsk (1), Odessa (1), Donetsk (1), Lviv (0,85). Langue officielle : ukrainien. Une loi adoptée en juillet 2012 donne le statut de « langue régionale » à certaines langues régionales ou de minorités ethniques, si elles sont parlées par au moins 10% des locuteurs. Langue courante : la population est très largement bilingue russe/ukrainien, le russe étant particulièrement utilisé à Kiev, ainsi que dans les régions de l’Est et du Sud. Monnaie : hryvnia (UAH) ; 1 euro = 25,5 hryvnias au 7 avril 2015 (contre 11 hryvnias le 12 décembre 2013). Fête nationale : 24 août.

Données démographiques

Population : 45,5 millions d’habitants (51,6 millions en 1991). Densité : 75 hab./km². Croissance démographique annuelle moyenne (2010-2015) : - 0,6% (UNDP). Espérance de vie (2013) : 68,5 ans (femmes : 74,4 ans ; hommes : 62,8 ans ; source : UNDP). Taux d’alphabétisation : 99,6%. Indice de développement humain : 78ème rang (classement PNUD 2013).

  • Religion(s) Environ 75% des Ukrainiens se disent croyants. 37,5% se réclament d’une confession. Parmi ces derniers, près de 40 % se réclament de l’Eglise orthodoxe ukrainienne-Patriarcat de Kiev, près de 30 % de l’Eglise orthodoxe ukrainienne-Patriarcat de Moscou, 14 % de l’Eglise gréco-catholique, 2,8 % de l’Eglise orthodoxe ukrainienne autocéphale, 2,4 % des Eglises protestantes, 1,7 % de l’Eglise catholique romaine, 0,6 % de l’Islam et 0,2 % du judaïsme.

Principales données économiques

Classement « Doing Business » 2015 (IFC/BM) : 96ème rang mondial (en hausse, + 28 places). Indice de perception de la corruption 2014 (Transparency International) : 142ème rang mondial/175. PIB (2014) : 131 Mds USD (sans la Crimée – source : FMI) (2013 : 177,4Mds USD). PIB par habitant (2014) : 2815 USD (2013 : 3960 USD/hab., avant la dévaluation de la hryvnia ; prévisions 2015 : 2 000 USD/hab.). Salaire moyen : 381 USD. Taux de croissance (2014) : - 6,8% (perspective 2015 : entre - 5,5% et - 7,5%). Taux de chômage (2014) : 8,8%. Taux d’inflation (2014) : 24,9% (45,8% fin mars 2015) Déficit budgétaire (2014) : - 4 % (sans compter celui de Naftogaz ; - 5,7% avec celui de Naftogaz ; 2013 : - 4,8%). Solde courant (2014) : - 2,7% du PIB (Banque mondiale). Dette publique (2014) : 72,7% du PIB (prévisions FMI 2015 : 94%).

  • Echanges commerciaux (source : DG Trésor) Principaux clients (2014) : UE (30% ; 2013 : 26,5%) – dont Pologne (5%) et Italie (4.5%) ; Russie (17% ; 2013 : 23,8%), Turquie (5% ; 2013 : 6%), Chine (5 % ; 2013 : 4,3%) et Egypte (5% ; 2013 : 4,3%). Principaux fournisseurs (2014) : UE (37,7% ; 2013 : 35,1%) dont Allemagne (10%) et Pologne (6%), Russie (23% ; 2013 : 30,2%), Chine (10% ; 2013 : 10,3%) et Biélorussie (7% ; 2013 : 4,7%).

Echanges commerciaux franco-ukrainiens (2014) : 1,3Mds€ (- 18% par rapport à 2013) avec un excédent commercial en faveur de la France de 242,6M€. Exportations de la France vers l’Ukraine (2014) : 772,6M€ (- 19% par rapport à 2013). Importations françaises depuis l’Ukraine (2014) : 529,9M€ (- 16% par rapport à 2013).

http://www.tresor.economie.gouv.fr/…

Consulat de France : Kiev. Communauté française en Ukraine : 940 personnes inscrites au registre.

Politique intérieure

La décision prise par le président Ianoukovitch, fin novembre 2013, à quelques jours du sommet du Partenariat oriental à Vilnius, de ne pas signer l’Accord d’association avec l’UE, a déclenché des manifestations massives dans tout le pays. Lors d’une visite à Moscou en décembre 2013, le président Ianoukovitch signe une quinzaine d’accords avec la Russie qui prévoient en particulier un accord sur les tarifs gaziers et l’octroi d’un prêt russe à l’Ukraine de 15Mds USd (dont seuls 3Mds USD seront effectivement versés). Les manifestations ont redoublé après l’adoption de lois restreignant les libertés publiques, le 16 janvier 2014 (restriction des libertés d’expression, d’association, de rassemblement).

Le 22 janvier 2014, la police ouvre le feu pour la première fois depuis le début du mouvement de contestation en novembre 2013 et provoque la mort de 12 personnes, ce qui aggrave la crise. Un nouveau cycle de violences débouche sur la perte de contrôle par Kiev d’une partie des pouvoirs régionaux, en particulier dans l’Ouest du pays. Le 28 janvier, le Premier ministre M. Azarov est acculé à la démission, et les lois « liberticides » sont abrogées. Le 20 février, les ministres polonais, allemand et français des Affaires étrangères se rendent à Kiev pour rencontrer les dirigeants de l’opposition puis le Président ukrainien. A l’issue d’une négociation qui dure toute la nuit, un accord est signé par le président et les trois dirigeants de l’opposition (Vitaly Klitchko, du parti OUDAR, Arséni Iatseniouk, de Batkivchtchyna, et Oleh Tyahnybok, de Svoboda).

Ce plan prévoit notamment :

  • Le retour à la Constitution de 2004 ;
  • La formation d’un gouvernement d’union nationale dans les 10 jours ;
  • Une réforme constitutionnelle d’ici septembre ;
  • Des élections présidentielles dès l’adoption de la nouvelle constitution ;
  • Une investigation sur les actes de violence, sous le contrôle conjoint des autorités, de l’opposition et du Conseil de l’Europe ;
  • La fin de l’état d’urgence et le renoncement à l’usage de la violence par toutes les parties.

Le 22 février 2014, la Rada rétablit la constitution de 2004 et décide l’arrêt des poursuites contre les manifestants et la libération de I. Timochenko. Le départ du président Ianoukovitch le 22 février et l’accélération des événements les jours suivants conduisent le 27 mars à l’investiture d’un gouvernement de transition dirigé par M. A. Iatseniouk. Le nouveau président de la Rada, M. Oleksandr Tourtchinov, assure les fonctions de chef de l’Etat par intérim.

L’annexion de la Crimée intervient rapidement après le départ du président Ianoukovitch. Dès le 27 février, des hommes armés pro-russes, cagoulés, en uniformes militaires sans insignes, s’emparent du siège du Parlement et du gouvernement à Simféropol. Le 1er mars, le Parlement russe autorise le président Poutine à recourir « aux forces armées russes sur le territoire de l’Ukraine ». Le 16 mars, un référendum organisé illégalement en Crimée entérine la victoire présentée comme écrasante – mais invérifiable – de la demande de rattachement à la Fédération de Russie. Le traité rattachant la Crimée et la ville de Sébastopol à la Fédération de Russie est signé le 18 mars à Moscou. Le 20 mars, un décret présidentiel russe institue deux nouveaux sujets de la Fédération de Russie.

Le 25 mai 2014, M. Petro Porochenko est élu président, avec 54,7 % des voix, au premier tour de l’élection présidentielle anticipée face à Ioulia Tymochenko et à Oleh Liachko. Il dissout la Rada le 25 août. Les législatives anticipées du 26 octobre 2014 permettent l’élection de 423 des 450 députés, l’annexion de la Crimée et le contrôle d’une partie du Donbass (régions de Donetsk et de Lougansk) ne permettant pas de pourvoir 27 des 225 sièges de députés élus au scrutin uninominal majoritaire de circonscription.

Ce scrutin traduit la profonde recomposition politique en cours depuis février 2014. Les partis favorables à un rapprochement de l’Ukraine avec l’Union européenne et l’OTAN recueillent plus de 80 % des voix : Bloc Petro Porochenko, Front populaire (A. Iatseniouk), Auto-assistance (A. Sadoviy), Parti radical (O. Liachko) et Batkivchtchyna (I. Tymochenko). Une coalition formée de ces cinq partis rassemble 302 députés, ce qui permet en théorie de procéder à une réforme constitutionnelle (majorité des 2/3). Le Parti communiste d’Ukraine, qui n’est pas parvenu à franchir le seuil électoral des 5 %, n’est plus présent à la Rada, pour la première fois depuis l’indépendance en 1991. Le Bloc d’opposition, héritier du Parti des régions de l’ancien président Ianoukovitch, comprend 40 députés. Cette formation arrive en tête dans plusieurs régions du Sud et de l’Est du pays.

Le nouveau gouvernement, dirigé par M. Arseniy Iatseniouk, a été constitué le 2 décembre 2014. Ce gouvernement comprend trois ressortissants étrangers (américain, géorgien et lituanien) récemment naturalisés ukrainiens à la tête des ministères de l’Economie, des Finances et de la Santé.

Le conflit dans le Donbass

Le Sud-Est du pays est déstabilisé, depuis avril 2014, par des revendications séparatistes (proclamation des Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk). Le 11 mai 2014, les séparatistes organisent dans les régions de Donetsk et de Lougansk (15% de la population) des référendums entachés de nombreuses irrégularités qui ne sont reconnus ni par Kiev ni par la communauté internationale. L’autodétermination est approuvée par une large majorité à cette occasion. Les électeurs des deux Républiques auto-proclamées par la suite au sein de ces deux régions ont été appelés à élire le 2 novembre 2014 leur « président » et leurs « députés » dans un scrutin non reconnu.

Le conflit armé qui oppose depuis avril 2014 les forces armées ukrainiennes et les bataillons territoriaux d’une part, aux insurgés séparatistes soutenus par la Russie d’autre part a fait plus de 6 000 morts et de 15 000 blessés au 6 avril 2015 (selon l’ONU). Il a par ailleurs entraîné le déplacement de près de 2 millions de personnes vers les autres régions d’Ukraine (1,2M), vers la Russie (636 000) et vers la Biélorussie (80 000).

Situation économique

L’économie de l’Ukraine est la 3ème de la CEI (PIB : 131Mds$ en 2014). Le pays bénéficie d’un potentiel économique important : ressources minières et énergétiques, vastes et fertiles surfaces agricoles (« terres noires », 22% des terres arables en Europe, troisième exportateur mondial de maïs et cinquième exportateur mondial de blé), main d’œuvre qualifiée et peu coûteuse. L’Ukraine est également un pays industriel, le 8ème producteur mondial d’acier et l’un des 10 premiers exportateurs d’armes. Les seuls produits sidérurgiques représentent 27% des exportations. L’Ukraine dispose d’avantages comparatifs majeurs dans le secteur agroalimentaire (25% des exportations de biens). La croissance des années 2000 reposait cependant en grande partie sur des gains de termes de l’échange. La Russie compte encore pour 18% des exportations de biens contre 24% en 2013 (Source : DG Trésor).

L’économie ukrainienne souffre de plusieurs handicaps : faible diversification, dépendance marquée à l’égard des cours des métaux et du prix du gaz importé, surendettement du secteur privé, environnement des affaires dégradé, fragilité du secteur bancaire.

L’Ukraine a été durement frappée par la crise de l’automne 2008 qui a stoppé net une décennie de croissance forte : + 7.9% en 2007, + 2.1% en 2008, récession de – 5% en 2009. Le secteur bancaire n’a été sauvé de l’effondrement que par l’intervention des institutions financières internationales et l’effort de recapitalisation des filiales des banques étrangères. Les conséquences sociales de cette crise (chômage, baisse des salaires, endettement en devises) ont été importantes.

Un accord de confirmation (« Standby arrangement ») octroyé par le FMI dès novembre 2008 a permis au pays de passer la crise. Suspendu en novembre 2009 pour non-respect des conditionnalités (relèvement du prix du gaz notamment), il a finalement été annulé. Un nouvel accord de confirmation de 14,9 Mds$ octroyé en juillet 2010 a dû également être suspendu. Le FMI a adopté le 30 avril 2014 un accord de confirmation de 17 Mds$ sur 24 mois (le premier versement a été effectué en mai, le deuxième en août). Face au sérieux risque de défaut de l’Ukraine, le FMI a décidé (11 mars 2015) d’un nouveau programme de 17,5Mds$ pour 2015-2018 dans le cadre d’un effort de la communauté internationale évalué à 41Mds$ sur cette période (Extended Fund Facility – EFF – en remplacement du SBA). Les conditionnalités FMI portent notamment sur la politique monétaire, la consolidation budgétaire et les réformes structurelles (en particulier la lutte contre la corruption et la réforme du secteur énergétique). Dans ce cadre l’UE, 1er contributeur financier net à l’Ukraine en 2014 a décidé le 31 mars mars 2015 d’apporter une troisième assistance macro-financière de 1,8Md€ à l’Ukraine, en plus des 1,61Md€ déjà accordés (AMF I et II).

Le bilan économique de l’année 2014, marqué par la guerre dans l’est du pays, région la plus riche et qui représentaient environ 20% du PIB ukrainien, est préoccupant : récession (-6,8%), envolée de l’inflation (25%), creusement des déficits et de la dette publique (respectivement 4,6% et 72% du PIB), fragilisation accrue du secteur bancaire et forte dépréciation de la hryvnia (chute de 49% face au dollar en 2014 et 31% depuis début 2015). En revanche, la récolte de céréales et d’oléagineux a été très bonne.

Politique extérieure

Processus de Minsk et participation de l’Ukraine aux négociations en format Normandie

Un Protocole, qui prévoit un cessez-le-feu et 11 autres points pour une sortie de crise, est signé à Minsk le 5 septembre par la Russie, l’Ukraine, des représentants des séparatistes et la présidence suisse de l’OSCE. Un mémorandum précisant les modalités de mise en œuvre du cessez-le-feu est agréé à Minsk le 19 septembre. Le cessez-le-feu est alors régulièrement violé en plusieurs localités du Donbass (Donetsk, Debaltsevo, Chtchastié notamment). Les négociations se poursuivent cependant dans le cadre du groupe trilatéral Ukraine-Russie-présidence suisse de l’OSCE avec la participation, dans certains cas, des responsables séparatistes. Un nouveau cessez-le-feu est approuvé le 9 décembre 2014.

La dégradation de la situation au début de l’année 2015 (intensification des combats autour de l’aéroport de Donetsk et de Debaltsevo ; bombardement de Marioupol le 24 janvier, etc.) a appelé une relance du processus de règlement de crise.

Aux côtés du président de la République, de la chancelière Angela Merkel et du président Poutine, le président Porochenko s’est engagé à Minsk le 12 février 2015 dans un processus de résolution de crise. Un « Paquet de mesures pour la mise en œuvre des accords de Minsk » a été signé par les séparatistes, la Russie, l’Ukraine et l’OSCE. Ce document a été endossé par une déclaration conjointe des quatre chefs d’État ou de gouvernement du format dit « de Normandie » (France, Allemagne, Russie, Ukraine). La résolution 2202 du Conseil de sécurité des Nations Unies, adoptée le 17 février, a appelé à la pleine mise en œuvre de ce « Paquet ».

Sur la forme, le « Paquet de mesures » fixe une feuille de route pour la résolution de la crise avec trois lignes directrices :

  • Le Paquet traite à la fois de la situation sur le terrain (cessez-le-feu, retrait des armes lourdes, contrôle de ce processus par l’OSCE et, à terme, rétablissement du contrôle de l’Ukraine sur sa frontière avec la Russie) et du processus politique nécessaire à la résolution de la crise (statut spécial, décentralisation, amnistie, élections).
  • Il fixe une séquence pour le respect des engagements de chacune des parties, dont le point de référence est le début du retrait des armes lourdes.
  • Un mécanisme de suivi en format Normandie est prévu pour résoudre les difficultés d’application du Paquet et veiller à sa stricte mise en œuvre par l’ensemble des parties. Annoncé par la déclaration conjointe de la chancelière et des présidents français, russe et ukrainien, ce mécanisme a été mis en place au niveau des vice-ministres/directeurs politiques. Deux réunions ont eu lieu à ce jour : le 6 mars à Berlin et le 25 mars à Paris.

Sur le fond, les orientations fixées par le « Paquet de Mesures » sont le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, le lancement d’un dialogue entre Kiev et les représentants séparatistes, la mise en œuvre d’une décentralisation du pays et d’un statut spécial pour certaines zones des régions de Donetsk et Louhansk et la réhabilitation socio-économique de ces zones. La France et l’Allemagne s’engagent en faveur du dialogue entre l’UE, la Russie et l’Ukraine sur les difficultés liées à l’Accord d’association et en faveur d’un mécanisme financier entre les régions séparatistes et le reste du pays.

Relations Ukraine-OTAN

L’Ukraine est membre du partenariat pour la Paix depuis 1994. Elle bénéficie en outre d’un cadre de partenariat privilégié avec l’Alliance, la Commission OTAN-Ukraine, créée en 1997.

Au sommet de Bucarest d’avril 2008, l’Ukraine s’était vu offrir une perspective d’adhésion [1]. Cependant, le président Ianoukovitch avait souhaité, dès son élection en février 2010, renoncer à cette perspective, ce qu’a confirmé le vote par le Parlement ukrainien, en juillet 2010, d’une loi conférant à l’Ukraine un statut « hors blocs » interdisant toute participation à une alliance militaire. Dans le contexte de la crise russo-ukrainienne, la coalition gouvernementale issue des élections législatives d’octobre 2014 a indiqué vouloir « relancer la politique en vue d’une adhésion à l’OTAN ». Le président Porochenko a notamment annoncé le 24 novembre sa volonté d’organiser un référendum national à ce sujet et une loi annulant le statut hors-bloc de 2010 a été adoptée par la Rada le 24 décembre 2014.

Lors du sommet de l’OTAN au Pays de Galles (4 et 5 septembre 2014), une réunion de la Commission OTAN-Ukraine a donné lieu à une déclaration qui n’évoque pas la question de l’adhésion et confirme le soutien de l’Alliance à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine. De manière générale, il a été décidé de renforcer la coopération entre l’OTAN et l’Ukraine dans plusieurs domaines : intensification des contacts politiques, formations, exercices et entraînement en commun, soutien à la réforme du secteur de la défense, facilitation de la participation de l’Ukraine aux activités de l’OTAN ouvertes aux partenaires.

La Commission OTAN-Ukraine s’est à nouveau réunie le 26 janvier, à titre exceptionnel, à la demande de l’Ukraine (au titre de l’article 15 de la Charte OTAN-Ukraine, qui prévoit la possibilité de consultations en cas de « menace pour l’intégrité territoriale, l’indépendance ou la sécurité » de l’Ukraine). Les Alliés ont fermement condamné l’offensive des séparatistes, souligné la responsabilité de la Russie dans la situation actuelle, et rappelé leur soutien à l’intégrité territoriale et à la souveraineté de l’Ukraine à l’instar de la France. De nombreux Alliés ont, une nouvelle fois, rappelé qu’il ne pouvait y avoir de solution militaire à la crise, et que les efforts en vue d’une solution négociée devaient se poursuivre.

Relations Russie-Ukraine

Les relations avec la Russie étaient, depuis l’indépendance en 1991, très denses pour des raisons géographiques, historiques, linguistiques et culturelles, communautaires (8 M de « Russes ethniques » en Ukraine) et économiques (premier partenaire commercial). Elles sont encadrées par le Grand traité d’amitié et de coopération, reconduit le 1/10/2008 pour 10 ans, dans lequel s’inscrit un calendrier fourni de rencontres diplomatiques.

Ces relations se sont particulièrement tendues pendant le mandat de Viktor Iouchtchenko (2004-2010) sur tous les sujets : stratégiques (Otan, flotte de la mer Noire), commerciaux (gaz), historiques et mémoriels (grande famine de 1932-1933 ; appréciation du rôle de l’OuPA (Armée insurrectionnelle ukrainienne) dans les années 1941-1954). L’évolution de la politique extérieure russe depuis 2008 (intervention en Géorgie et reconnaissance des entités séparatistes, politique de « zone d’influence », loi sur les interventions extérieures) a été ressentie comme une menace.

Ayant promis de faire retomber la tension, V. Ianoukovitch avait opéré un certain rapprochement avec Moscou : reconduction du bail de la flotte russe à Sébastopol (la date d’expiration fixée par l’accord de 1997 à mai 2007 a été repoussée à 2042 par l’accord de Kharkiv dit « base contre gaz » du 21 avril 2010 : le loyer dérisoire de la base 98 M$/an n’est pas renégocié mais une ristourne évaluée à 40 Mds$ sur 10 ans est accordée sur l’achat de gaz), abandon de la demande d’adhésion à l’Otan, accord sur la démarcation des frontières terrestres (1576 km, signé en mai, ratifié en juillet 2010), suppression réciproque des listes de « persona non grata », abandon de la rhétorique hostile sur des sujets historiques et culturels. Les travaux de la Commission intergouvernementale bilatérale étaient relancés, les présidents se rencontraient fréquemment. Néanmoins, des désaccords subsistaient : les négociations perdurent sur le dossier gazier (prix et volume du gaz importé de Russie, niveau des taxes de transit gazier, projet russe South Stream contre modernisation du système de transport gazier ukrainien) ; l’Ukraine ne reconnaît pas les entités séparatistes géorgiennes ; si l’Ukraine a ratifié en juillet 2012 l’Accord sur la zone de libre-échange de la CEI, elle n’a pas rejoint l’Union douanière Russie-Biélorussie-Kazakhstan. Les relations demeurent difficiles comme en témoigne la crise commerciale du mois d’août 2013, durant laquelle la Russie a renforcé les contrôles douaniers à la frontière russo-ukrainienne, bloquant de fait les exportations ukrainiennes. Les présidents russe et ukrainien ont signé le 17 décembre 2013 une quinzaine d’accords et l’Ukraine s’est vu attribuer un prêt de 15 Mds de dollars. Cet accord est désormais caduc.

En 2014, les relations avec la Russie se sont très fortement dégradées lors de l’annexion de la Crimée par Moscou et le conflit dans le Donbass. L’Ukraine dénonce l’approvisionnement des insurgés en armes, munitions et combattants venus de Russie. Les échanges commerciaux bilatéraux baissent fortement, et la Russie a interrompu ses livraisons de gaz à l’Ukraine du 16 juin au 10 décembre 2014. Grace à une médiation de la Commission européenne, un accord (« paquet d’hiver ») est obtenu à l’automne 2014 et les livraisons russes reprennent. La décision prise fin février par Moscou d’approvisionner directement les territoires séparatistes ravive les tensions et les négociations énergétiques entre les deux pays sous l’égide des institutions européennes se poursuivent avec la signature d’accords en mars et en avril 2015.

Les efforts de règlement politique du conflit dans le Donbass se poursuivent depuis le printemps 2014, en particulier dans le cadre du Groupe de contact Ukraine-Russie-OSCE et en format dit « de Normandie » (France, Allemagne, Ukraine, Russie) (cf. supra). L’Ukraine reste très endettée à l’égard de la Russie et souhaite renégocier sa dette dans le cadre du Club de Paris.

Courant 2014, la relation énergétique entre la Russie et l’Ukraine s’est fortement dégradée. L’Ukraine consommait chaque année 50 à 55 Mds m3 de gaz. Sa production gazière est d’environ 20 Mds m3. L’Ukraine devait acheter en moyenne chaque année environ 30 à 35 Mds m3 de gaz mais ces volumes ont été en net recul en 2013 et 2014 et se situent autour des 22 Mds de m3.

La Russie avait cessé ses fournitures de gaz à l’Ukraine depuis l’échec des négociations UE/Russie/Ukraine, le 16 juin 2014. Russes et Ukrainiens ne sont pas parvenus à s’entendre sur le compromis proposé par l’UE reposant sur le paiement par l’Ukraine de sa dette suivant un échéancier précis. L’essentiel de la négociation porte sur le prix du gaz russe :

  • la position russe : le prix normal est de 485 USD pour 1000 m3, mais les autorités russes sont prêtes à renoncer à la taxe d’exportation sur les exportations de gaz, ce qui ramène le prix à 385 USD qui serait le prix moyen sur l’ensemble de l’année. Il s’agit d’un engagement à discrétion du gouvernement russe, que les Ukrainiens, qui souhaitent voir le prix inscrit dans un contrat, n’acceptent pas.
  • la position ukrainienne : l’Ukraine ne peut accepter un prix normal de 485 USD qu’elle juge « politique » et propose une « approche à la fois économique sur le fond et européenne », à savoir un prix de haute saison de 385 USD, un prix de basse saison de 300 USD, ce qui reviendrait à un prix moyen sur l’année de 340 USD.

Toutefois, un accord, qui est arrivé à échéance le 31 mars 2015, est intervenu au mois d’octobre 2014. L’Ukraine a commencé le 9 décembre à recevoir les premières livraisons de gaz russe depuis leur interruption en juin, à un prix compris entre 340 et 380,00 USD, soit avec une réduction de 100,00 USD et sans application de la clause take or pay. Cette reprise est intervenue suite i/ au versement par Naftogaz de 1,45 Mds USD à Gazprom au titre de la première tranche de la dette conformément à l’accord trilatéral signé fin octobre 2014 et ii/ au paiement par avance de 378 M. USD début décembre pour la livraison d’ 1 Md de m3 de gaz environ. Conformément à ses engagements, la compagnie ukrainienne Naftogaz a versé le 23 décembre 2014, 1,65 Mds USD correspondants à la deuxième tranche de remboursement des 3,1 Mds USD de dette envers la société Gazprom (Gazprom évalue le total des arriérés de Kiev à 5,3 Mds USD mais a accepté de s’en remettre à une cour l’arbitrage pour les 2,4 Mds USD restants). La Russie a confirmé la reconduction des conditions de cet accord pour trois mois, jusqu’à la fin juin, date à laquelle les parties devraient se retrouver afin d’examiner notamment la question des stockages ukrainiens. La reprise des livraisons de gaz à l’Ukraine a eu lieu 1er avril, au prix de 248 USD/1000 m3. Ce prix, inférieur au prix payé à partir d’octobre 2014, s’explique par la baisse des prix du pétrole.

Depuis la mi-2014, l’Ukraine a pu bénéficier des flux rebours, sur la base de contrats court terme, depuis la Pologne, la Slovaquie et la Hongrie, qui ont mobilisé des entreprises telles que GDF Suez, E.ON, RWE, Statoil et tout récemment Shell ainsi que des traders.

La Russie a multiplié les déclarations, suite à l’abandon du projet de gazoduc South Stream en décembre 2014, selon lesquelles elle souhaitait s’affranchir du risque de transit à travers l’Ukraine à l’expiration de l’accord de transit gazier en 2019. La Russie a proposé à l’UE son alternative, le projet Turkish Stream, qui suppose que les compagnies européennes construisent les infrastructures afin d’aller chercher le gaz à la frontière gréco-turque.

Intensification des relations avec les pays émergents

La montée en puissance des pays émergents en Ukraine est une tendance lourde : Chine (devenue le 3e partenaire commercial en 2009, 13 accords de coopération signés en septembre 2010, promesse de 4 Mds$ d’investissements), Inde (doublement du commerce bilatéral, à 3 Mds USD entre 2010 et 2012 ; accords dans les secteurs du nucléaire civil, des sciences et technologies, de la défense et de l’industrie d’armement), Brésil (coopération pour le lanceur « Cyclone IV », circulation sans visas), Turquie (devenue le quatrième partenaire commercial de l’Ukraine), Israël (accord de circulation sans visas)…

Dimension régionale

Les voisins européens de l’Ukraine (Pologne, Slovaquie, Hongrie, Roumanie) soutiennent ses aspirations à l’intégration européenne, même si leurs relations se sont parfois tendues sur les questions des visas (application des règles Schengen en 2007), du gaz (crise de janvier 2009), du commerce (mesures protectionnistes ukrainiennes), des minorités (magyarophones notamment).

A signaler au titre des accords et engagements régionaux et internationaux : l’Ukraine est membre du GUAM (Secrétariat à Kiev), participe à la « Synergie de la mer noire », fait partie du Processus 5+2 de résolution de la question de la Transnistrie. L’Ukraine a annoncé le 19 mars 2014 qu’elle mettait fin à sa présidence de la CEI et qu’elle se réservait le droit de revenir sur sa participation à la CEI dont elle est membre observateur. Le ministre Klimkine a toutefois précisé en janvier 2015 qu’il n’envisageait pas de retrait de la CEI à ce stade.

Membre de l’ONU depuis 1945, du FMI (septembre 1992), de l’OSCE (janvier 1995) - l’Ukraine en a assuré la présidence en 2013 -, du Conseil de l’Europe (novembre 1995), l’Ukraine a le statut d’observateur à l’OIF (29/9/2006), a rejoint l’OMC (16/5/2008), a signé (20/1/2000) mais pas ratifié l’accord instituant la CPI, a ratifié (12/4/2004) le Protocole de Kyoto.

Mise à jour : 21.04.15