Le Quai d’Orsay dans la Grande Guerre



À l’occasion du centenaire de la Grande Guerre, le ministère des Affaires étrangères et du Développement international vous propose un éclairage sur le rôle de la diplomatie française durant cette période. Les Archives du ministère conservent en effet des documents tels que des dépêches, des télégrammes et des correspondances échangés par les diplomates pendant la Première Guerre mondiale, ainsi que certains traités et accords conclus pendant et après le conflit.

Ces archives témoignent des bouleversements engendrés par la Grande Guerre dans les relations internationales et de la nécessité pour la diplomatie française de se réinventer. Au cœur des négociations avant la guerre, les diplomates français se voient confier de nouvelles missions pendant et après la guerre. Il ne s’agit plus seulement de négocier, mais aussi de maîtriser l’information, de diriger une guerre économique et de préparer la place internationale de la France.

1914 : les négociations de la dernière chance

L’assassinat à Sarajevo de François-Ferdinand, l’héritier de l’empire austro-hongrois conduit l’Autriche-Hongrie à déclarer la guerre à la Serbie le 31 juillet 2014. En moins d’une semaine, du fait des alliances internationales, l’Allemagne déclare la guerre à la Russie, à la Belgique et à la France.

Une de Excelsior, 29 juillet 1917 : Déclarations de guerre. Carte de l'Europe et portraits des dirigeants européens.

Le Quai d’Orsay et les ambassadeurs français dans les capitales européennes déploient alors une grande activité pour essayer d’éviter le conflit, puis, après la déclaration de guerre de l’Allemagne à la Russie, à la Belgique et à la France, pour renforcer les alliances avec l’Angleterre et la Russie. L’ambassadeur de France à Londres pousse notamment le Royaume-Uni à agir auprès de l’Allemagne. L’État britannique entre finalement en guerre aux côtés de la France le 4 août.

Au cœur de la guerre : de nouveaux terrains de bataille pour le Quai d’Orsay

Pendant la guerre, la diplomatie s’inscrit dans un monde tripartite dans lequel les autres États sont alliés, ennemis ou neutres. Dans ce cadre, le Quai d’Orsay entend mener la coopération entre alliés, rallier les États neutres et lutter contre l’ennemi.

La guerre ne se joue pas seulement dans les tranchées et un « autre front » est ouvert à l’arrière, les populations civiles devant être associées à l’effort de guerre. Le ministère des Affaires étrangères participe alors pleinement à cette « guerre totale ».

Une guerre de l’information

Chaque pays belligérant développe un discours destiné à mobiliser sa population et à discréditer l’ennemi. En France, un nouveau service appelé « Maison de la presse » est créé au Quai d’Orsay en février 1916 par Philippe Berthelot, le directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères. Ce service est chargé de centraliser l’information civile et militaire et d’organiser la propagande française. Son action est relayée à l’étranger par les ambassades et les consulats qui justifient la position française et délégitiment celle de l’ennemi.

Aristide Briand, Théodore Tissier et Philippe Berthelot, directeurs de cabinet, Jules Cambon, Secrétaire général, 1916 [le rôle de P. Berthelot].

La naissance de la diplomatie économique

Le ministère des Affaires étrangères développe également une nouvelle mission sur le plan économique. Dès mars 1915, il coordonne le Blocus de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie en interdisant aux navires de commerce d’approvisionner l’ennemi. Le Quai d’Orsay réfléchit aux moyens qui permettront de développer les exportations françaises quand la paix sera revenue. L’expertise du diplomate Jacques Seydoux, personnage central de la diplomatie économique menée pendant la guerre, a une influence après la guerre : en 1919, un service consacré aux Relations Commerciales est créé au sein du Quai d’Orsay, témoignant de la nouvelle prise en compte des impératifs économiques dans la conduite des relations internationales. De 1915 au traité de Versailles : le retour à la diplomatie pour préparer la paix.

228QO/76 : Page de titre de la revue L'exportateur français, avril 1916 [développement du commerce français pour l'après-guerre]

L’impuissance de chaque pays à vaincre son adversaire sur le champ de bataille conduit à rechercher la fin du conflit par d’autres moyens. Or, depuis la déclaration de guerre, les relations diplomatiques entre la France et ses ennemis sont rompues. À partir de 1915, plusieurs offres de paix se succèdent, telles que la proposition du président des États-Unis Woodrow Wilson et celle du chancelier allemand Bethmann-Hollweg. Aucune de ces tentatives ne se concrétise et au cours de l’année 1916, dans le cadre de la coopération interalliée, la France est amenée à envisager les conditions de la paix en cas de victoire militaire.

Arrivée au Quai d'Orsay : Séance de la conférence dans le salon de l'Horloge. Conférence interalliée de Paris, 27-28 mars 1916

Le ministère des Affaires étrangères va alors jouer un rôle dans les négociations qui mèneront à la signature des traités de paix. Il reçoit d’abord plusieurs projets de paix émanant de particuliers disposant de compétences en droit international. Mais ce n’est qu’une fois l’armistice du 11 novembre 1918 signé que les diplomates façonnent véritablement les conditions de paix.

Une conférence de paix est organisée du 18 janvier au 29 juin 1919. Celle-ci se déroule au Quai d’Orsay où se réunissent diplomates, juristes, économistes et géographes qui étudient les conditions que les vainqueurs soumettront aux vaincus. Leurs travaux conduisent à la signature des traités de paix de 1919 et 1920.

affiche grand format : « tous vainqueurs », 26 décembre 1916 [affichée en Suisse suite au discours du chancelier Betmann Hollweg]