Genèse de l’Etat d’Israël à travers les archives diplomatiques françaises



une exposition présentée par la direction des Archives du ministère des Affaires étrangères
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Le calendrier des commémorations donne souvent l’occasion de présenter en ligne un échantillon significatif des fonds d’archives du ministère des Affaires étrangères. Cette fois, l’exercice n’était pas sans difficulté : comment évoquer, en un nombre restreint de documents, les origines et la naissance d’un Etat encore aux prises avec un conflit que les passions et les médias placent sans cesse au cœur de l’actualité ?

Notons d’emblée que la richesse des archives du Ministère ouvre la possibilité de s’affranchir des stéréotypes, notamment celui qui consiste à penser qu’Israël est né de la Shoah. Il a été facile de choisir, dans l’abondante Correspondance politique de l’époque ottomane, les dépêches remontant aux origines du sionisme politique, auquel Théodore Herzl, sous le choc de l’Affaire Dreyfus, donne son fondement théorique : les premiers congrès sionistes réunis à Bâle à partir de 1897 font l’objet de rapports consciencieux sous la plume des consuls de France en résidence dans cette ville, et, sur le terrain, les premiers établissements agricoles de Galilée fondés ou soutenus par le Baron E. de Rothschild suscitent l’intérêt du consul général de France à Jérusalem qui, vers 1903, en transmet la liste au Département.

Saluons aussi le fait qu’« ici, il n’y a pas eu de censure ! » : en présentant l’exposition au Président Shimon Peres lors de sa visite en France (10-14 mars 2008), M. Kouchner a insisté sur ce point. La sélection a été effectuée sans parti pris, avec honnêteté et sans chercher à effacer les sujets ou les événements les moins glorieux. Au début de l’exposition, figure ainsi le dossier de l’assassinat du Père Thomas (1840), que le consul de France d’alors laissa attribuer à des notables juifs de Damas, aussitôt emprisonnés et torturés, accréditant ainsi l’accusation de crime rituel. De ce tragique épisode, illustration évidente de la persistance d’un des pires préjugés antisémites, demeure un épais lot d’archives resté longtemps enfoui dans les cartons. Sans crainte également, publicité est donnée aux témoignages du consul général à Jérusalem sur quelques uns des épisodes les plus douloureux de la fin de l’époque mandataire : répression britannique, actions terroristes de l’Irgoun et du groupe Stern (attentat contre le siège du QG britannique à l’hôtel King David, assassinat de la population palestinienne du village de Deir Yassine), etc.

Certes, en près de 90 références seulement pour une période très longue (le prologue s’ouvre même sur de beaux ouvrages des XVIIe XVIIIe siècles où Jérusalem est déjà bien au centre du monde ….), l’exposition ne peut prétendre à l’exhaustivité [1], à la rigueur et aux nuances qui caractérisent le travail de l’historien. Tout en s’appuyant sur les ouvrages et conseils des spécialistes [2], on a seulement cherché à mettre en valeur les documents phares qui révèlent l’attention que la diplomatie française a accordée au projet sioniste puis le mouvement de sympathie qu’ont suscité, au lendemain de la seconde guerre mondiale, les efforts des immigrants pour rejoindre la terre d’Israël (affaire de l’Exodus). Enfin les documents permettent de replacer dans leur contexte la politique de la France au moment du vote du partage à l’ONU en novembre 1947 puis de la proclamation du nouvel Etat le 14 mai 1948.



[1] Comme pour toute exposition d’archives, il s’agit d’un choix, rendu indispensable par le nombre de documents conservés dans les archives ; il ne peut d’ailleurs être exclu qu’en raison de l’importance de ce nombre, un document paticulièrement significatif ait échappé à notre vigilance.

[2] Notamment : l’ouvrage de Catherine Nicault « La France et le sionisme, 1897-1948 ». Nous remercions également Maurice Vaïsse et Frédérique Schillo (« la France et la création de l’Etat d’Israël », Paris, Artcom, 1997), pour leurs conseils et suggestions.