2. La Première Guerre Mondiale



2.1. La mobilisation des Tchèques et Slovaques en France, 1914-1915

Dès le mois de juillet 1914, la communauté tchèque de Paris manifeste contre l’ultimatum adressé par Vienne à la Serbie. Après le déclenchement de la guerre, à l’appel des deux principales associations tchèques de Paris, la Rovnost et le Sokol, quelque trois-cents volontaires se font admettre dans la légion étrangère, lors de conseils de révision tenus le 22 août à l’hôtel des Invalides. Ils sont envoyés pour instruction à Bayonne. Transférés sur le front de Champagne le 23 octobre, ayant reçu le surnom de compagnie « Na Zdar », ils sont notamment engagés en Artois (combat de La Targette, 9 mai 1915), en Champagne, dans la Somme et à Verdun. Leurs pertes sont considérables.

A l’arrière, les aspirations à l’indépendance se précisent peu à peu au cours de l’année 1915.

Volontaires tchécoslovaques

Volontaires tchécoslovaques

Numéro 14 de la revue La Nation tchèque

Numéro 14 de la revue La Nation tchèque

Vœux de la colonie tchèque de France au président du Conseil Aristide Briand

Vœux de la colonie tchèque de France

Adresse de la société Sokol de Paris au président du Conseil Aristide Briand

Adresse de la société Sokol


2.2. Masaryk, Beneš, Štefánik, le Conseil national des pays tchèques et slovaque et les autorités françaises

Les différents mouvements d’opposition à Vienne apparus parmi les colonies tchèques et slovaques en Europe occidentale, en Russie et aux États-Unis se transforment peu à peu en une force politique organisée, capable de peser sur les décisions des gouvernements alliés. Les universitaires Tomáš Garrigue Masaryk et Edvard Beneš, qui ont quitté la Bohême respectivement en décembre 1914 et septembre 1915, et l’astronome slovaque Milan Štefánik, naturalisé français en 1912, en sont les trois principaux maîtres d’œuvre. Un manifeste du Comité d’action tchèque à l’étranger, publié le 14 novembre 1915, fixe pour objectif la création d’un État tchécoslovaque indépendant. Tandis que Masaryk réside d’abord principalement à Londres, Beneš et Štefánik mettent à profit leur connaissance de la France et de ses milieux intellectuels et politiques et c’est à Paris, rue Bonaparte, qu’est installé en 1916 le « Conseil national des pays tchèques », présidé par Masaryk, dont Beneš est le secrétaire général et Štefánik, vice-président. En février 1916, Masaryk est grâce à eux reçu par le président du Conseil et ministre des Affaires étrangères Aristide Briand. En janvier 1917, nouveau succès : Beneš obtient que la libération des « Tchéco-Slovaques » soit inscrite parmi les buts de guerre des Alliés, interrogés à ce sujet par le président Wilson.

Négociée depuis juin, la création sur le sol français d’une armée tchécoslovaque autonome, autorisée par décret du président Poincaré le 16 décembre 1917, constitue une étape décisive de la marche vers l’indépendance.

Masaryk

Tomáš Garrigue Masaryk

Benes

Edvard Beneš

Milan Rastislav Štefánik

Lettre autographe de Milan Rastislav Štefánik

Lettre autographe de Milan Rastislav Štefánik

Carte « La barrière anti-germanique »

Carte « La barrière anti-germanique »

Lettre du général Joffre à Aristide Briand

Lettre du général Joffre à Aristide Briand

Proclamation commune des puissances alliées (1)

Proclamation commune des puissances alliées

Messages de Štefánik et Beneš à Masaryk

Messages de Štefánik et Beneš à Masaryk


2.3. Le prix de la liberté : les légionnaires tchéco-slovaques sur le front occidental en 1918

Constituée en application d’une instruction signée le 7 février 1918 par Clemenceau et Beneš, l’armée tchécoslovaque autonome a pour commandant en chef le général Maurice Janin, assisté par Milan Štefánik. Jusqu’à l’armistice, trois régiments, les 21e, 22e et 23e régiments de chasseurs tchécoslovaques, sont formés en France, à Cognac et à Jarnac, atteignant un effectif total d’environ 11000 hommes.

L’Italie, qui dans ses combats contre l’armée austro-hongroise a l’occasion de faire prisonniers de nombreux Tchèques, autorise à son tour la formation d’une armée tchécoslovaque autonome en mars 1918.

Avant l’envoi au front du 21e régiment tchécoslovaque a lieu à Darney, dans les Vosges, le 30 juin 1918, une importante cérémonie au cours de laquelle le président Poincaré, en présence de Beneš, remet aux volontaires un drapeau offert par la ville de Paris. A cette occasion, la France reconnaît le Conseil national comme « la première assise du gouvernement tchécoslovaque », entraînant, au cours de l’été, une reconnaissance semblable de la part de la Grande-Bretagne, des États-Unis et du Japon.

Les 21e et 22e régiments sont envoyés en Alsace puis s’illustrent, en octobre 1918, dans les Ardennes, notamment à Vouziers, Terron et Chestres.

Lettre d'E. Beneš au ministre français des Affaires étrangères

Lettre de Beneš au ministre français
des Affaires étrangères

Groupe de légionnaires tchèques au repos prenant connaissance de la revue La Nation tchèque

Groupe de légionnaires tchèques


2.4. L’odyssée sibérienne des légionnaires tchéco-slovaques en Russie

La présence dans l’Empire russe, principalement en Ukraine, d’environ 120000 Tchèques et Slovaques suscite, dès l’été 1914, la création d’un conseil des Tchèques de Russie et d’une unité militaire, qui sera peu à peu grossie par l’engagement de prisonniers de guerre austro-hongrois d’origine tchèque ou slovaque. A l’été 1916, Štefánik se rend en Russie, à la fois pour recruter un contingent tchèque appelé à combattre sur le front français et pour rétablir l’unité de ses compatriotes. Présent en Russie de mai 1917 à mars 1918, Masaryk y établit son autorité sur la colonie et la brigade tchécoslovaques. Celle-ci se distingue, le 2 juillet 1917, en remportant sur l’armée autrichienne la bataille de Zborov.

Face à la révolution bolchevique et au déclenchement de la guerre civile, Masaryk prône la neutralité, la priorité étant à la lutte contre Allemands et Autrichiens. Mais lorsque la Russie bolchevique puis la République ukrainienne entament des négociations de paix avec les puissances centrales (décembre 1917-mars 1918), les légionnaires tchécoslovaques (plus de 65000 hommes) peuvent craindre le pire. Ordre leur est donné, en février 1918, d’évacuer la Russie par le Transsibérien et le port de Vladivostok, pour revenir se battre en France. Au printemps 1918, les relations entre le pouvoir soviétique et les unités tchécoslovaques, échelonnées sur tout le trajet du chemin de fer, de la Volga au Pacifique, se dégradent et les légionnaires, qui contrôlent désormais le Transsibérien, deviennent, en dépit de leur épuisement et de leur impatience à regagner la patrie bientôt libérée, une force militaire indispensable aux armées blanches et aux tentatives d’intervention des Alliés.

Après les défaites et la chute de l’amiral Koltchak (février 1920), les derniers légionnaires embarqueront à Vladivostok en septembre 1920.

Territoires et stations du Transsibérien passés sous le contrôle d’unités tchécoslovaques de mai à début août 1918

Télégramme de Damien de Martel, chargé de mission en Sibérie

Télégramme de Damien de Martel, chargé de mission en Sibérie

Milan Štefánik parmi les troupes tchécoslovaques à la gare d'Ekaterinbourg

Milan Štefánik parmi les troupes tchécoslovaques