Exposition : "Deux siècles de relations franco-afghanes"



une exposition présentée par la direction des Archives du ministère des Affaires étrangères

Issues d’un noyau initial de correspondances et de traités, conservés et classés dès le XVIIe siècle, les Archives diplomatiques se sont enrichies au fil des siècles par les versements réguliers des services centraux du ministère, ambassades, consulats et services culturels de la France à l’étranger, complétés par des achats en vente publique et dons d’anciens diplomates ou de leurs familles. De ce précieux patrimoine, ont été extraits des ouvrages, mémoires et photographies qui témoignent de l’ancienneté d’une relation franco-afghane d’amitié et d’intérêt partagé.

Cette page d’histoire s’ouvre au Premier Empire, où l’Afghanistan s’inscrit au cœur du rêve oriental de Napoléon, dont les regards, depuis l’Expédition d’Egypte, sont tournés vers l’Inde où l’Angleterre a pris durablement position. L’Empereur tente de se rallier durablement la Perse en s’appuyant, notamment, sur des troupes afghanes (traité de Finkenstein, 1807). Mais, sans plan d’action cohérent ni constance dans sa politique, il échoue dans cette entreprise et, en 1810, la présence britannique s’étend, de l’Inde à l’Afghanistan où un ambassadeur est envoyé en mission. Rédigé par un transfuge de la Compagnie anglaise des Indes, Jean Raymond, le Mémoire sur les Afghans (1810) prend acte de cette prééminence anglaise, qu’il présente comme un atout offert à l’Afghanistan pour se libérer de la menace de la Perse et affermir son organisation intérieure.

Traité de Finkenstein, 1807
Mémoire sur les Afghans, 1810

« Si vous parcourez des yeux une carte de l’Asie centrale, il est une contrée qui apparaît à la fois mystérieuse et attirante …. » : pour Henri Bouillane de Lacoste (diapo n°1), officier explorateur des confins asiatiques, chargé d’une mission de reconnaissance de la frontière afghane en 1906, le pays exerce toujours un fort pouvoir de fascination dû en partie au fait qu’il est réputé interdit aux étrangers. L’Emir Abdul Rahman a cependant accueilli, dès 1885, un ingénieur français, introducteur de machines agricoles. Les relations se sont aussi très tôt nouées avec les représentants diplomatiques de France en Perse, particulièrement l’un des plus célèbres d’entre eux, l’écrivain-diplomate Arthur de Gobineau, premier secrétaire et chargé d’affaires de la légation de France à Téhéran (1855-1857), puis ministre plénipotentiaire (1862-1863). L’auteur des admirables Nouvelles asiatiques (1876) évoque dans une dépêche adressée à Paris en janvier 1857 les excellentes relations qu’il entretient avec le neveu du prince de Kandahar, prince afghan et cartographe, auteur d’une carte des routes depuis Herat jusqu’au Pendjab (diapo n°2).

Rédigée en persan à partir d’une trame anglaise, traduite en français par l’interprète de la légation, la carte, dont la précision inédite est saluée par Gobineau, est jointe à la dépêche.

La première guerre mondiale marque un tournant décisif dans les relations entre la France et l’Afghanistan : des représentants afghans sont invités à la Conférence de la paix, prélude à l’établissement de relations diplomatiques avec des Etats occidentaux.

La documentation devient naturellement plus riche au moment de l’ouverture officielle des relations diplomatiques, qui s’incarnent, pour l’Afghanistan, en une personnalité remarquable, celle du penseur nationaliste, écrivain, journaliste, ministre des Affaires étrangères (1924-1927), Mahmoud Bek Tarzi, premier ministre plénipotentiaire d’Afghanistan en France, dont sont exposées les lettres de créances, remises au Président de la République le 6 novembre 1922 (diapo n°3).

Réciproquement, l’ouverture de la légation de France à Kaboul est évoquée à travers les archives photographiques de son premier représentant, Maurice Fouchet, que l’on voit dans un salon de la légation ou sur le seuil de la résidence, alors qu’il se prépare à présenter ses lettres de créance (diapo n°4). Accessoirement, est également donné à voir un échantillon d’un reportage photographique des années 1920 (Kaboul et région de Bamiyan (diapo n°5)), accompagné d’un guide illustré sur l’Afghanistan.

A l’origine et dans le développement de ces relations officielles (diapo n°6), l’archéologie a occupé une place majeure, soulignée ici par le premier accord concédant à la France le privilège des fouilles archéologiques en Afghanistan, signé le 9 septembre 1922.

1922/1923 est aussi la date de la fondation, sous l’impulsion de Mahmoud Tarzi, et sur le modèle des lycées français, de l’Ecole franco-afghane d’Amaniyeh (devenue collège Esteqlal en 1931), dont l’administration est partagée entre les deux pays (directeur et professeurs français, financement afghan). Accueillant une section pour jeunes filles dès 1928, l’établissement compte alors 539 élèves et dispense un enseignement bilingue, persan/français pour l’ensemble des disciplines. On jugera de l’excellence des résultats d’après de très émouvants petits cahiers d’élèves de la classe de 8e (diapo n°7).

La permanence de l’amitié franco-afghane est magnifiée par l’organisation de visites d’Etat des souverains et chefs d’Etat. Est ici évoquée particulièrement, le séjour à Paris en 1928 du Roi réformateur Amanullah Khan (1919-1929), accompagné de la son épouse Soraya (diapo n°8), dans le cadre d’un voyage d’information en Europe pour l’industrialisation et la modernisation de son pays. De même, est rappelé l’accueil par le Général de Gaulle en 1965 de Zaher Shah, dont les études à Paris aux lycées Janson de Sailly et Michelet ont fait un brillant connaisseur de la culture française.

L’exposition s’achève sur la première visite d’un Premier ministre français en Afghanistan, celle, en mai 1968, de Georges Pompidou (diapo n°9) à qui reviendra le soin de poser la première pierre du nouveau bâtiment du lycée Esteqlal.

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