Napoléon III et l’esquisse d’une nouvelle Europe



La paix est signée le 30 mars 1856. « C’est une grande et heureuse affaire accomplie, l’Europe va entrer dans une ère nouvelle » (comte de Viel-Castel) et la France, après quarante ans d’effacement, retrouve sa place en Europe. Le soir même, sur les boulevards illuminés et pavoisés, toute la population parisienne s’écrie dans un même souffle : Vive l’Empereur et vive la paix !

Le traité proclame l’intégrité de l’Empire ottoman, admis désormais à participer aux avantages du droit public et du concert européen, et met en place des dispositions relatives à la neutralisation de la Mer Noire et au statut des détroits du Bosphore et des Dardanelles. Constantinople semble désormais à l’abri et le lac russe devient une mer commerciale dédiée à des activités pacifiques.

Cependant, en plaçant sous la garantie collective des puissances l’autonomie de la Moldavie, de la Valachie, qui formeront par la suite la Roumanie, et de la Serbie, encore vassales de la Porte, le traité porte en germe leur indépendance, acquise plus tard, au congrès de Berlin (1878).

Non contents d’avoir ramené la paix, les diplomates ont aussi abordé la situation générale de l’Europe occidentale. Lors de la séance du 8 avril 1856, , Walewski donne la parole à l’artisan de l’unité italienne, le ministre Cavour, qui dénonce l’occupation autrichienne dans la péninsule. Ainsi se trouve admis, pour la première fois sur la scène internationale, le principe du respect des nationalités, cher à Napoléon III.

En la matière, l’Empereur a innové, dépassant largement les idées suggérées par son oncle dans le Mémorial de Saint Hélène. Loin d’un ethnicisme débridé (G-H. Soutou), il prône l’indépendance de grandes nationalités définies par une géographie, une histoire et des intérêts communs, premier pas vers la réalisation d’une Europe confédérale pacifiée et démocratique. C’est bien l’abolition de l’ordre mis en place au congrès de Vienne (1815) sur les décombres du 1er Empire que Napoléon III appelle de ses voeux, mais dans le cadre traditionnel du concert européen, cette concertation permanente entre puissances instaurée en 1815.

Les divisions de l’opinion, les pressions de son entourage vont cependant l’empêcher de maintenir le cap de sa politique. Successivement, il perd la confiance de ceux qu’il avait soutenus (Italie, Prusse), sans arriver à rallier ceux qu’il avait mécontentés (Autriche) et s’aliène de nouveau la Russie par la faveur qu’il accorde au soulèvement polonais. En 1867, l’image d’Epinal célèbre à nouveau Napoléon III accueillant en grande pompe les souverains étrangers comme Victoria en 1855. Apothéose en trompe l’œil, propagande trompeuse : de plus en plus isolée diplomatiquement, la France voit alors se profiler la menace d’un nouveau conflit.