Religion



Les manaqib de Sidi El Moubariq

d’après la notice 463, 23 : "les ‘Manaqib’ de Sidi el Moubarik, saint des Ida ou Zal", 1932

Avant propos de l’interprète civil Okbani

« Les “Manaqib” de Sidi El Moubarik constituent un recueil assez important d’une soixantaine de pages.

Nous avons divisé cette traduction, tout en conservant l’ordre du texte en quatre parties : la première comprend les “Manaqib” de Sidi El Moubarik ; la seconde, sa généalogie avec celle de ses parents ; la troisième, quelques miracles accomplis par le Saint Sidi M’hamed Ben Amer d’Asrir ; et la quatrième la suite des “Manaqib” de Sidi El Moubarik.

L’original des “Manaqib” de Sidi El Moubarik aurait été remis à Moulay Rachid (1667-1672), premier sultan de la dynastie filalienne, ce qui est tout à fait plausible puisque les Chérifs alawites comme les Saâdiens d’ailleurs, se sont particulièrement intéressés aux marabouts et aux saints morts ou vivants sur qui ils se sont appuyés pour consolider leur pouvoir.

Les “Manaqib” de Sidi El Moubarik comprennent, non seulement, les miracles proprement dits accomplis par le Saint de son vivant, mais aussi quelques prophéties assez curieuses et révélatrices de l’âme arabo-berbère, en particulier celles concernant les souffrances qu’endureront, à la fin du monde, les Berbères de la part des Arabes et le châtiment divin qui punira ces derniers de leurs méfaits. »

Traduction p.10-11 : « Un jour, Sidi El Moubarik - Que Dieu l’agrée - s’étant montré de mauvaise humeur, s’écria, d’une voix altérée : “je ne crains pour la tribu où je vis que (les ravages) de la peste. Lorsque le monde sera à son dernier déclin, une épidémie de peste sévira en Ida ou Zal. Des guerres intestines éclateront entre les tribus du Sous, les Arabes piétineront les Berbères et l’adultère et le brigandage deviendront monnaie courante. Malheur aux Berbères (des ravages que feront parmi eux) les Arabes. Mais malheur aussi à ces derniers. L’Emir El Mouminine, Mohamed Ben Abdallah El Fatimi les combattra tant qu’ils se conduiront en dépravateurs et en “coupeurs de route”. La disette et la famine seront en outre leur châtiment céleste et la Baraka (bénédiction divine) sera exclue de leurs actes jusqu’au jour où enfin, acculés, ils prendront la justice pour ligne de conduite. Ils reviendront alors à de meilleures mœurs et, avec pour chef, Ould Ali Chibani, ils serviront la cause de l’Emir. Mais malheur aux Souktana. Encerclés par les Arabes (ils seront complètement anéantis) et seuls, ceux que Dieu aura préservés pour avoir suivi fidèlement les préceptes de Sa religion, échapperont (au massacre).”

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Porte d’entrée de la Kheloua,
la retraite de Sidi Bel Abbes, 1950. Notice 465, 48.

Traduction p.30-31 : « Les signes caractéristiques de la fin du monde, continua-t-il, sont au nombre de huit. L’avènement de Mohamed el Fatimi sera le dernier.Les autres sont : l’apparition de la comète, les luttes entre berbères et arabes, le désordre qui règnera au Maghreb, l’apparition des “Roum” sur le rivage, l’exil des Andalous de leur pays et enfin les luttes de palais. Pendant longtemps (aussi), des combats meurtriers s’engageront. Ce sera la vengeance du Créateur. La famine sévira dans les citadelles et la disette au Sahara, alors que la prospérité règnera au Maghreb. C’est alors que (d’abord) à Marrakech et (ensuite) à Safi, au bord de la mer, apparaîtra Mohamed Ben Abdallah El Fatimi dont la “baraka” éblouira le monde. »

La zaouïa (établissement religieux) de Sidi Bel Abbès à Marrakech

d’après la notice 465, 48 : "zaouia de Sidi bel Abbès à Marrakech", 1950

Biographie de Sidi Bel Abbes

L’histoire du Saint est rapportée par le lieutenant-colonel de Castries dans la revue Hespéris, 1924 : « De son vrai nom Abou El Abbes Ahmed Ben Djafar El Khezradji, Sidi Bel Abbes naquit à Ceuta en 524 (1130 ap. JC). Orphelin de père, sa mère dénuée de ressources voulut lui faire apprendre le métier de tisserand. Mais l’enfant s’évadait de l’atelier pour aller entendre les leçons d’Abou Abdallah El Fekhar, un disciple du cadi Ayad El Fekhar.
A 16 ans Sidi Bel Abbes savait déjà le Coran de mémoire et était très avancé dans les études islamiques, mais il se faisait surtout remarquer par la pratique de la vertu qui devait dominer sa vie : la confiance en Dieu. Renonçant à tout, il quitta Ceuta, voyageant par les chemins à la grâce de Dieu.
C’est ainsi qu’il arriva en 540 près de Marrakech, alors assiégée par les Almohades. Ceux-ci avaient bâti une ville au pied du djebel Guéliz. Ce fut là que s’arrêta Sidi Bel Abbes. Retiré dans la montagne, il y vécut pendant 40 ans dans l’ascétisme.
Cependant l’attention de la population avait été attirée sur le reclus du Guéliz dont on racontait les miracles. Peu de temps après son avènement, le sultan Yacoub El Mansour (580-595) alla en grande pompe le visiter ; il insista pour le faire venir à Marrakech, où il lui donna en habous une maison et une médersa pour y enseigner. Sidi Bel Abbes quittant sa kheloua vint habiter la ville au lieu dit Fondouk Moquehel, dans le quartier d’Agadir. Il y enseignait les sciences et touchait un traitement qu’il abandonnait aux étudiants nécessiteux. En dehors du temps consacré à ses leçons il allait par la ville vêtu d’un simple pantalon de laine, un bâton à la main, tantôt il s’arrêtait au coin des rues pour réciter des versets du Coran, tantôt il fustigeait de son bâton les gens qui ne faisaient pas leurs prières aux heures réglementaires, employant toujours dans ses admonestations les termes les plus libres, parfois les plus obscènes.
Pour les masses, Sidi Bel Abbes est l’apôtre de la charité et cette réputation lui a acquis la clientèle de tous les miséreux. C’est en invoquant son nom que les mendiants et infirmes font appel à Marrakech à la générosité des passants.
Il mourut en 601 (1207) et fut enterré en dehors des remparts près de Bab Taghzout. »

Visite de la zaouïa

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L’entrée de la "Mjedlia",
1950. Notice 465, 48.

La zaouïa de Sidi Bel Abbes est située à 100m, au nord de la porte de Bab Taghzout. Si l’on franchit cette porte, on trouve immédiatement à main droite une kissaria appelée “Mjedlia” car autrefois s’y tenaient les cordeliers qui avaient choisi le Saint pour patron. Il faut franchir la porte de sortie et passer sous une chaîne marquant la limite du “horm”, l’enceinte sacrée pour se trouver dans la zaouïa.
On traverse d’abord une cour qui va en se rétrécissant, sur laquelle donnent des maisons d’habitation. A droite un passage couvert dit “Saba” vers le derb Taht Sour, à gauche une ruelle conduisant à Bab Taghzout.
Si l’on franchit l’étranglement, on pénètre dans une autre cour et l’on a à main gauche le mur est de la mosquée de Sidi Bel Abbes, à main droite des maisons particulières. De part et d’autre du chemin des mendiants aveugles ou estropiés sont assis, attendant l’obole des passants. Au fond de la cour, un passage couvert au-dessus duquel une pièce sert d’école coranique.
Au-delà du passage on pénètre dans une cour appelée le “petit Doess”, car le sol est recouvert d’un mortier de chaux lissée.

Illust: La fontaine, 16.9 ko, 150x205
La fontaine

A gauche une pièce attenante au minaret sert de mosquée pour les femmes. Au-delà du minaret un passage conduit au “grand Doess”. A droite se trouve plusieurs chambres où sont enfermés les délinquants ou criminels qui ont cherché refuge à la zaouïa - les Mzaugins -, en vertu du droit de sanctuaire, selon lequel un saint trépassé doit protection à toute personne qui franchit le seuil de son sanctuaire ou prend contact avec ses limites ; puis une fontaine d’un beau travail, enfin les W.C.
Sur la face nord de la cour, donne la khoubba qui abrite le tombeau de Sidi Bel Abbes. On y pénètre par une porte sculptée donnant sur une pièce où se tiennent les tolbas aveugles. La khoubba a approximativement 15×15m et 5 à 6m de hauteur de murs. Le toit à 4 faces est recouvert de tuiles vertes et surmonté d’un “djamur” composé d’une grosse boule dorée et d’une petite.
Le tombeau est situé dans la partie ouest de la koubba. Plusieurs candélabres de cuivre de grande taille offerts par les sultans Moulay Hassan et Moulay Youssef entourent le tombeau. Sur le devant un coffre métallique où sont déposées les offrandes. Aux murs de nombreux ex votos, notamment des pendules offertes par les marins venus remercier Sidi Bel Abbes, qui apparaît dans certaines régions du Maroc comme une sorte d’Eole, dispensateur des vents et des tempêtes.

Illust: Le grand Doess, (...), 15 ko, 150x226
Le grand Doess, la koubba
et la mosquée, 1950. Notice 465, 48.

La face sud de la koubba s’ouvre par une fenêtre sur une pièce où se tiennent les femmes et les hommes qui ne se sentent pas dignes de pénétrer dans le sanctuaire. Au travers d’une grille aux barreaux épais, ils peuvent apercevoir le tombeau, et déposer leur obole dans une cassette placée tout près à cet effet. A la grille sont noués des bouts de chiffons, et accrochés des cadenas placés par les pèlerins pour que le Saint n’oublie pas d’exaucer leurs vœux.

C’est sur le petit Doess que se tiennent les aveugles, mendiants et estropiés qui sollicitent la générosité de ceux qui vont rendre visite au Saint.
Si l’on pénètre dans le grand Doess, on a à main gauche la mosquée et sa porte principale. Par elle on peut voir la cour intérieure plantée de quelques arbres, et la salle de prière aux multiples colonnes recouvertes de motifs ornementaux en plâtre.
A main droite on trouve une sorte de préau couvert. C’est le “Sqaïf”, lieu où se tiennent les aveugles par canicule ou mauvais temps. Un peu plus loin une porte donne sur l’abattoir. Sur la face nord s’ouvre une sorte d’hôtellerie comportant 25 chambres où habitent les familles des aveugles.
La face ouest du Doess ne comporte pas de bâtiments. Une porte s’y ouvre sur la souika du quartier Sidi Bel Abbes.

Organisation et coutume de la zaouïa

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Le tombeau de Sidi Bel Abbes,
1950. Notice 465, 48.

La zaouia comprend actuellement (1950) un millier d’aveugles et d’estropiés organisés hiérarchiquement. A la tête se trouvent deux moqaddmins nommés par dahir du sultan. Ils sont chargés de la discipline, et de l’ordre général, on les appelle pour cela “moqaddmins alâ jmiâ”. A ce titre ils détiennent les clefs des chambres où sont enfermés les réfugiés “mzaugin”. Ils répartissent aux aveugles l’argent des offrandes ou ziaras recueilli dans les différentes caisses.

Les pensionnaires de la zaouïa sont répartis en trois groupes. Le premier groupe, celui des tolbas, comprend environ 50 aveugles, la plupart ayant appris chez eux des rudiments du Coran puis venus vivre à la zaouïa - les nouveaux arrivés passent un petit examen d’entrée. Le second groupe, celui des vagabonds “Haouam” comprend 160 familles dont 15 de boiteux et 15 d’estropiés divers. La règle veut qu’il n’y ait pas de célibataires parmi les “Haouam”. Si l’un d’eux divorce il doit renvoyer son ex-femme et en prendre une autre, sinon il est expulsé. Enfin le troisième groupe, le plus important, est celui des “Sqaïf”ainsi nommés parce qu’il se compose de tous ceux qui sont venus se mettre sous la protection du Saint, en se réfugiant sous le préau ou “Sqaïf” attenant à la koubba. Les “Sqaïf” célibataires qui se marient peuvent entrer chez les “Haouam”, l’“Haouam” qui divorce et devient célibataire passe chez les “Sqaïf”.

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