Françoise Watel - Jean-Guillaume Hyde de Neuville (1776-1857), conspirateur et diplomate



Préface de l’ouvrage par Jean Tulard, membre de l’Institut, professeur à la Sorbonne



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Écrire ses mémoires est le plus sûr moyen de s’épargner des biographes. Si l’observation n’est pas toujours confirmée, elle vaut pour Hyde de Neuville.

Rédigés après 1830 sous forme de notes mises en ordre par la famille de l’auteur, les Mémoires et souvenirs du baron Hyde de Neuville n’ont été publiés en trois volumes qu’en 1888, mais cette compilation a suffi à décourager le zèle des biographes. Seul Eugène-Melchior de Vogüé consacra en 1892 dans la Revue des deux mondes un long article à Hyde de Neuville ; aucun livre, avant celui de Françoise Watel, ne prit pour thème la vie de celui que Chateaubriand qualifie dans ses Mémoires d’outre-tombe de "fidèle ami".

Et pourtant quel beau roman pourrait inspirer la destinée de cet invétéré conspirateur, grande figure de la contre-révolution, qui n’hésita pas à organiser sous le Consulat une contre-police et mit en échec Fouché lui-même. Le 21 janvier 1800 au matin, jour anniversaire de l’exécution de Louis XVI, il fit tendre un drap noir sur l’entrée de la nouvelle église de la Madeleine. Sur le velours sombre était épinglée une copie du testament du roi.

Cet exploit a frappé les contemporains et lui a valu la paternité -qu’il récusa- de l’explosion de la machine infernale en décembre de la même année.

L’insaisissable conspirateur s’est doublé sous la Restauration d’un député ultra peu porté aux concessions, même quand elles desservaient son camp, et d’un exécuteur testamentaire de Chateaubriand qui lui confia la publication de ses mémoires.

Le conspirateur et l’ultra ont fait oublier le diplomate. Or, comme ministre de France aux États-Unis de 1816 à 1821 (un poste qu’avait failli occuper Fouché en 1815, avant d’être envoyé en Saxe), ou au Portugal en 1823, il joua un rôle trop négligé. C’est le grand mérite de Françoise Watel d’avoir étudié de façon approfondie, grâce aux archives du quai d’Orsay, les missions de ce zélé royaliste.

Zélé royaliste ? De l’ouvrage de Françoise Watel émerge un portrait plus nuancé du personnage. Zélé certes, mais toujours lucide en 1799 comme en 1814, en 1815 comme en 1830. Hyde de Neuville ne fut nullement la tête brûlée que les historiens ont tendance à décrire. Il avait l’étoffe d’un grand homme d’État, d’un homme à principes surtout, dans un paysage politique peuplé de girouettes.

Ce sont les girouettes qui ont eu le dernier mot.

J. Tulard