Santé de l’enfant adopté



Pré-adoption : santé de l’enfant avant l’adoption

1 - Dossier de l’enfant

L’état de santé de l’enfant est un élément important du dossier. Vu les conditions sanitaires de vie de beaucoup de pays d’origine, il est important de mesurer au mieux les incertitudes qui peuvent entourer l’état de santé des enfants.

La notice jointe à l’agrément permet aux candidats d’exprimer leurs souhaits ; cette question est aussi inévitablement évoquée dans le projet de mise en relation établi avec l’OAA ou la structure d’accueil de l’enfant dans le pays d’origine.

L’état de santé est mentionné dans le rapport contenant des renseignements sur l’identité de l’enfant, son adoptabilité, son milieu social, son évolution personnelle et familiale, son passé médical et celui de sa famille, ainsi que sur ses besoins particuliers :

  • article 16-1 et 30-1 de la Convention de la Haye de 1993 ;
  • article 24 du Décret n° 2002-575 du 18 avril 2002 relatif aux organismes autorisés et habilités pour l’adoption.

Il appartient bien sûr aux candidats à l’adoption d’obtenir communication des données médicales les plus précises avant de donner leur accord pour l’adoption. L’interprétation de ces données peut nécessiter les conseils d’un médecin.

Des études montrent qu’un examen clinique permet de diagnostiquer un trouble médical non suspecté pour un nombre croissant d’ enfants adoptés. Une consultation systématique du médecin de famille est à conseiller ; dès le retour en France de l’enfant ce médecin souhaitera avoir le plus de renseignements possibles sur les parents de naissance, le déroulement de la grossesse, les habitudes de vie et d’alimentation de l’enfant, les maladies qu’il a eu et ses vaccinations.

2 - Exemple de rapport médical pour un enfant proposé à l’adoption

La situation de chaque enfant adopté est singulière et évolutive ; il serait illusoire de vouloir lister l’ensemble des situations ou des pathologies.

Cette situation varie :

  • selon le pays d’origine du nord ou du sud, d’Europe, d’Asie, d’Amérique, d’Afrique…
  • selon qu’il s’agisse d’orphelins, d’enfants abandonnés, d’enfants retirés à leurs parents, d’enfants dont les parents ont consenti à l’adoption…
  • selon qu’ils aient été recueillis par leur famille, par une assistante maternelle, par une crèche ou un orphelinat, par un hôpital…
  • selon leur âge au moment de l’abandon, au moment de l’adoption, le temps de latence entre l’abandon et l’adoption…
  • selon l’état de santé et l’hérédité des parents de naissance…

L’exemple de rapport médical ci-après propose aux futurs parents adoptifs une trame indicative de questions à se poser avant qu’ils ne donnent leur accord à la proposition d’enfant. Ce rapport recense les questions à poser à l’institution qui a recueilli l’enfant, son intérêt est de faciliter l’ intégration et la prise en charge médicale de l’enfant après son adoption.

Il sera cependant généralement difficile voire impossible d’obtenir une réponse à l’ensemble de ces questions, la connaissance et la confiance faite à l’institution responsable de l’enfant et, le cas échéant, à l’intermédiaire qui travaille régulièrement avec elle seront alors un élément déterminant dans l’évaluation du risque pris.

Dans les pays d’origine : santé des voyageurs

La préparation du voyage à l’étranger des candidats à l’adoption devrait comprendre une consultation du médecin traitant qui permettra également de préparer une alimentation et un comportement adaptés au pays et aux caractéristiques de l’enfant.

Sites à consulter :

Post-adoption : accueil et suivi de l’enfant

Article du Dr J.J. Choulot - Chef de service de pédiatrie du Centre Hospitalier de Pau : "L’état de santé des enfants adoptés à l’étranger".

L’état de santé des enfants nés à l’étranger n’est pas sans poser des problèmes. Plusieurs études ont été consacrées à ce sujet. Certaines apportent des éléments inquiétants avec nombre de pathologies non diagnostiquées dans le pays d’origine, voire délibérément cachées. Il est certain que les risques doivent être appréciés différemment selon les pays d’origine.

Pour les enfants originaires des pays d’Europe de l’est, il n’est pas rare d’être confronté au diagnostic de séquelles de foetopathie de mère alcoolique chez les enfants les plus jeunes. La prévalence de l’hépatite B, voire de la syphilis chez certains nouveau-nés est loin d’être nulle. On sera particulièrement vigilant chez les enfants ayant fait de longs séjours en orphelinat ou en pouponnière avec tous les risques de séquelles neuropsychiques que peuvent comporter des séjours prolongés dans des établissements peu stimulants.

Pour les enfants originaires d’Asie, là encore, il est impossible de tracer un tableau général. Cependant, on sera particulièrement vigilant sur l’existence du risque de l’hépatite B. Actuellement, l’adoption internationale est en France la cause principale du portage chronique du virus B.

En Amérique du Sud, l’état de santé des enfants est souvent bon et généralement les enfants sont bien évalués sur le plan médical et sur le plan psychologique avec des dossiers médicaux qui paraissent le plus souvent tout à fait fiables. Nous craignons les séquelles de dénutrition sévère de la première année de la vie, ce risque est plus fréquent dans un pays, Haïti, où nous avons constaté plusieurs fois des enfants qui, bien que renutris, conservent un retard important du développement avec microcéphalie dont on peut penser qu’il est séquellaire de la profonde dénutrition de la première année de la vie. Dans ce dernier pays, la fréquence de la tuberculose est également importante.

En Afrique, on s’attachera particulièrement à rechercher des séquelles de dénutrition de la première année. On sera vigilant sur le risque d’hépatite B. Une électrophorèse de l’hémoglobine permettra parfois le diagnostic de drépanocytose.

1- Des maladies fréquentes mais bénignes

- La gale :

La gale est une maladie cutanée parasitaire, bénigne et très contagieuse. Les enfants soumis à une mauvaise hygiène y sont particulièrement exposés. La gale est une maladie uniquement cutanée. Elle se manifeste essentiellement par un prurit (besoin de se gratter). Ce prurit est permanent mais accentué la nuit, il peut manquer chez le nourrisson qui présente une gale. L’anomalie dermatologique se présente sous la forme de vésicules (petites bulles remplies d’eau) de nodules sous-cutanés, notamment au niveau des aisselles, de sillons grisâtres typiquement entre les doigts. La gale est très contagieuse. Il existe un traitement efficace : l’IVERMECTINE (STROMECTOL) Il convient également de traiter les autres membres de la famille et de prévoir un traitement désinfectant de l’environnement, notamment vêtements, literie par une bombe aérosol (par exemple APAR). Ce traitement est contre-indiqué chez la femme enceinte, ou allaitante et l’enfant de moins de 15 kg.

- L’impétigo :

L’impétigo est une maladie fréquente d’ailleurs non spécifique aux enfants adoptés. Il s’agit d’une infection cutanée due à un microbe. Il peut être associé à la gale. L’impétigo est contagieux et est très sensible à un traitement antibiotique et à des traitements désinfectants cutanés.

- Les poux :

Les poux peuvent être retrouvés dans la chevelure des enfants. Il faut dédramatiser cette situation fréquente et parfaitement traitable.

- La carence en fer :

La carence en fer est extrêmement fréquente pas seulement d’ailleurs chez les enfants adoptés. Elle est parfaitement guérissable par un traitement adapté (Fer par voie orale pendant plusieurs semaines).

- Le rachitisme :

Il est lié à la carence en Vitamine D. Il atteint plus particulièrement les enfants originaires de pays à faible niveau d’ensoleillement ou des enfants à la peau particulièrement foncée qui n’auraient pas été mis au soleil.

- Les parasites intestinaux :

Ils sont extrêmement fréquents et doivent être dépistés systématiquement par un examen parasitologique des selles, ceci quelle que soit la provenance géographique de l’enfant Un parasite se retrouve de manière particulièrement fréquente : les giardiases ou lambliases responsables de troubles de l’absorption digestive. Tous les pays d’origine sont concernés, y compris les pays d’Europe. Le traitement par FLAGYL est particulièrement efficace.

2- Des maladies graves à évolution chronique

Les séquelles neuropsychiques de l’hospitalisme ou de la maltraitance ne sont pas rares chez les enfants ayant été peu stimulés dans des pouponnières ou des orphelinats. Un certain nombre d’enfants peuvent avoir aussi été victimes de maltraitance dans leur famille d’origine ou dans une famille d’accueil. L’histoire de la vie de l’enfant avant l’adoption devra autant que possible être connue et permettra de dépister plus rapidement les troubles de ces enfants dont bon nombre sont rapidement améliorables après l’arrivée de l’enfant. Cependant des séquelles neuropsychiques de ces situations antérieures à l’adoption restent à craindre.

- Les séquelles de dénutrition de la première année :

Nous avons été plusieurs fois confrontés aux problèmes posés par ces enfants ayant une grave dénutrition surtout pendant les 6 premiers mois de la vie. Ce sont des enfants pris en charge dans la première année de vie par une structure sanitaire alors qu’ils étaient extrêmement dénutris. Le cerveau connaît une phase de croissance intense particulièrement dans les 6 premiers mois de vie et une renutrition calorique ultérieure n’est pas toujours suffisante pour supprimer les séquelles neuropsychiques de cette dénutrition.

- Les séquelles de la foetopathie de mère alcoolique :

Un alcoolisme important pendant la grossesse peut être générateur d’un petit poids, d’une petite taille et d’un petit périmètre crânien de naissance. Quelques anomalies du visage peuvent exister mais ne sont pas forcément facilement dépistables, surtout chez les enfants très jeunes. Ces enfants sont exposés à des séquelles intellectuelles définitives.

- Le saturnisme :

Certains pédiatres ont attiré l’attention sur le risque provoqué par l’intoxication au plomb (ingestion accidentelle de peinture au plomb dans des pays où l’utilisation du plomb n’est pas interdite dans la fabrication des peintures, contamination par des eaux de boisson ou par la pollution industrielle). Le saturnisme peut provoquer des séquelles neuropsychiques. Un traitement est indiqué en présence des intoxications les plus importantes. Il peut être utile de dépister le saturnisme par le dosage de plomb dans le sang à l’arrivée de l’enfant. Cette anomalie ne nous paraît pas être très fréquente.

- L’hépatite B :

Les enfants originaires d’Asie, d’Europe de l’Est ou d’Afrique sont particulièrement exposés au risque de portage chronique du virus B. Ce dépistage doit être fait systématiquement chez tous les enfants adoptés. Il ne faut pas se contenter de les vacciner mais rechercher à l’arrivée de l’enfant l’antigène HBs et les anticorps anti HBs. Nous avons été confrontés plusieurs fois à des faux négatifs, soit que dans certains pays cette recherche soit peu fiable, soit que l’enfant ait été en phase d’incubation lors du premier prélèvement. Nous recommandons vivement la vaccination contre l’hépatite B chez les parents adoptifs et la fratrie. Nous avons observé des situations de contamination intra-familiale dont un enfant adopté était à l’origine.

- La drépanocytose :

La drépanocytose est une maladie grave de l’hémoglobine, non guérissable, qui entraînera un handicap physique chronique pendant toute l’enfance et l’âge adulte. Les enfants exposés sont les enfants d’origine africaine, surtout les enfants originaires d’Afrique noire et de Haïti. L’électrophorèse de l’hémoglobine permet de dépister cette maladie.

- Le sida :

Il s’agit d’une maladie qui fait peur aux parents adoptifs mais qui dans notre expérience a été rarement diagnostiquée. Nous n’avons jamais été confrontés à des faux négatifs concernant la sérologie HIV mais il est bien évident que cela peut exister. Certains pays ne pratiquent pas la sérologie HIV avant l’adoption. Nous recommandons une sérologie HIV à l’arrivée de l’enfant.

3- Des maladies graves mais guérissables

- La tuberculose :

La tuberculose n’est pas rare dans les pays pauvres. Elle doit être systématiquement dépistée chez l’enfant à l’arrivée en France. Radiographie de thorax et intra-dermo réaction à 10 Unités sont indispensables, ce d’autant qu’il s’agit d’une maladie parfaitement guérissable.

- La syphilis congénitale :

La syphilis congénitale est une maladie qui doit être dépistée chez les enfants les plus jeunes. Il s’agit d’une pathologie très grave si elle n’est pas traitée. Un traitement antibiotique est particulièrement efficace. Le test sérologique doit être réalisé chez tous les nourrissons adoptés en France, voire chez les enfants plus grands qui auraient pu être victimes d’abus sexuels. Les nourrissons ont eu généralement une contamination maternelle, il s’agit alors d’une syphilis congénitale.

- Le problème des vaccins :

Il est fréquent que l’on n’ait pas d’informations sur la situation vaccinale des enfants, ou que ces informations soient inexactes. Dans ces conditions, deux solutions s’offrent aux parents et au médecin : tout d’abord recommencer les vaccinations comme si l’enfant n’était pas vacciné, ce choix est tout à fait possible et n’entraînera aucun effet nocif chez l’enfant s’il avait été correctement vacciné. L’autre solution consiste à faire un dosage des anticorps anti-tétaniques et si les anticorps sont négatifs ou à un taux très bas revacciner l’enfant.

- Les pubertés précoces :

Le problème des pubertés précoces chez les petites filles adoptées a été particulièrement évoqué, avec la séquence dénutrition - renutrition et avance pubertaire. Dans notre expérience, cette situation nous semble tout à fait exceptionnelle. On peut tout au plus être confronté à un problème de puberté avancée avec développement des seins vers l’âge de 7 ou 8 ans ne nécessitant en général aucun traitement. Le plus souvent dans notre expérience, il ne s’agit pas de puberté précoce mais d’une incertitude, voire d’une tricherie délibérée sur l’âge, la petite fille pour être plus facilement adoptable ayant eu un âge minoré avant l’adoption. Il ne faut pas s’étonner que l’on ait alors une fausse impression de puberté précoce. Il faut avoir également à l’esprit que dans bon nombre de pays l’état civil n’est pas fiable ou que les enfants dans les familles les plus pauvres n’aient pas eu de déclaration au moment de la naissance.

Conclusion :

L’état de santé des enfants adoptés dans un pays étranger est souvent médiocre. Les problèmes de santé sont extrêmement fréquents. Bon nombre sont guérissables et doivent être dépistés ; malheureusement un certain nombre d’entre eux seront générateurs de séquelles définitives.

Les examens nécessaires seront déterminés par le médecin. Nous recommandons cependant au minimum :

  • test sérologique pour dépister hépatite B, syphilis et sérologie HIV
  • recherche d’une carence en fer
  • dépistage d’une tuberculose par radiographie de thorax et intra-dermo réaction à la tuberculine
  • examen parasitologique des selles.

Il faut toujours garder à l’esprit que aucun examen clinique ou biologique n’est capable de dépister tous les problèmes de santé, ce d’autant que, assez souvent, les antécédents personnels et familiaux sont peu ou pas connus.

Les Consultations d’Orientation et de Conseils en Adoption : un dispositif original français

A partir d’expériences pionnières menées dans les années 90 par des pédiatres également parents adoptifs, la nécessité d’un suivi médical adapté pour les enfants adoptés a été identifiée et les Consultations d’Orientation et de Conseils en Adoption (COCA) se sont développées, répondant ainsi à un besoin de santé publique.

L’objectif de ces consultations spécialisées est de conseiller les futurs parents avant et au moment de l’apparentement puis de les accompagner dès l’arrivée de l’enfant et aux différentes étapes de son développement. Grâce à une approche multidisciplinaire (pédiatres, pédopsychiatres, psychologues, parasitologues…) ces consultations ont un rôle d’expertise et d’orientation pour comprendre et répondre aux besoins de santé spécifiques de l’enfant adopté en lien avec le praticien de proximité qui le suit qu’il soit médecin généraliste (médecin de famille), médecin de PMI ou pédiatre libéral. Ces consultations assurent également un soutien à la parentalité lorsque des difficultés se présentent (intégration scolaire difficile, questionnement identitaire à l’adolescence…).

  • Note sur les Consultations d’Orientation et de Conseils en Adoption (COCA) :

Étude de la MAI et du Service Social International (SSI)

Si la santé des enfants adoptés est une question centrale et légitime dans toute histoire d’adoption, elle reste pourtant peu traitée par la littérature et la recherche spécialisées. Partant de ce constat, la Mission de l’Adoption Internationale (MAI) du Ministère français des Affaires étrangères a proposé au Centre international de Référence pour les Droits de l’enfant privé de famille (CIR) / Service Social International (SSI) de conduire ensemble une étude sur ce thème.

Il convient d’emblée de préciser que l’étude n’a pas pour but de dresser un bilan des différentes pathologies dont les enfants adoptés peuvent être affectés, ni d’étudier la manière dont les enfants sont suivis médicalement après leur adoption. Il s’agit plutôt ici d’examiner quelle est la place donnée dans le processus adoptif aux questions liées à la santé de l’enfant et quelle est l‘organisation de la prise en charge sanitaire.

  • Lire l’étude sur la place de la santé de l’enfant dans le processus de l’adoption (PDF, 205.19 Ko)