Voeux du Secrétaire général au Ministre (16 janvier 2013)



Monsieur le ministre,

Mesdames et Messieurs les ministres délégués,

J’ai le privilège de vous exprimer les vœux de votre administration, le ministère des affaires étrangères, et de ses agents à Paris, à Nantes, à l’étranger, qui ont eu l’honneur de vous accueillir à leur tête au mois de mai dernier.

Des vœux très chaleureux pour chacun de vous, vos familles et vos proches, pour vos projets, et pour vos ambitions.

Ces ambitions, nous souhaitons, pour ce qui dépend de nous, vous donner les moyens de les accomplir. Pas seulement par devoir de fonctionnaires, mais surtout parce que nous sommes convaincus que ce ministère et l’action diplomatique ont un rôle décisif à jouer pour notre pays, dans un moment particulièrement difficile comme l’a souligné le Président de la République dans ses vœux aux Français.

Il l’est encore davantage aujourd’hui, alors que notre pays et son armée sont engagés au nom des principes, des valeurs et des intérêts qui sont au cœur de notre diplomatie et lui valent reconnaissance, approbation et consensus pour sa prompte résolution.

Au-delà de ces évènements, la toile de fond reste la faiblesse, voire l’absence de croissance, en France et en Europe, qui accélèrent la redistribution des cartes, modifient les rapports de forces, exacerbent la compétition à l’échelle du monde. Elles affectent aussi nos moyens d’action, risquent d’accentuer ici ou là l’écart entre volonté d’agir, d’aider, d’accueillir, de rayonner, et notre capacité à concrétiser cette volonté ou parfois à simplement honorer nos engagements.

Plus gravement peut-être, la persistance de ces difficultés fait grandir chez beaucoup de nos compatriotes un sentiment de doute, d’impuissance, de désarroi même, face à des évolutions du monde qui seraient toutes porteuses d’affaiblissement du pays et de précarisation de la situation de chacun.

Notre action diplomatique, sous votre autorité, a une première mission : combattre ce pessimisme auquel cède trop souvent notre Nation.

D’abord, en confondant les Cassandre : il y a un an, l’Europe était promise à la débacle, l’euro à la disparition. Si rien de tel ne s’est réalisé, si la situation tout en restant fragile s’est améliorée, c’est bien grâce à la volonté politique et à l’action diplomatique.

Ensuite, par un effort continu d’analyse et d’explication, tant ce pessimisme accablé procède souvent de l’incompréhension.

Tout n’est pas confusion et convulsions dans les évolutions du monde. Chacune a sa logique, démographique, économique, idéologique, culturelle. Les nouvelles alliances comme les anciens conflits, les rapports de forces qui s’établissent aujourd’hui, correspondent à des statégies, à des intérêts, à des données objectives. Le travail quotidien des postes est de les identifier et de les analyser, celui des directions de rassembler cette information et de l’ordonner pour en faire la base de la décision politique.

Vous avez confirmé, Monsieur le ministre, le caractère stratégique à cet égard du projet de mise en place d’un nouveau portail pour le traitement et la diffusion de l’information, en décidant d’y consacrer les moyens nécessaires. De sa réussite dépend notre capacité à faire partager la richesse des données et des analyses rassembées et produites quotidiennement par cette maison, pour permettre à l’ensemble de l’Etat, et aussi à nos entreprises, d’en tirer profit pour anticiper et agir à bon escient.

Donner à comprendre, c’est aussi cet effort permanent pour replacer l’évènement dans le temps long, pondérer l’émotion de l’instant par l’appréciation exacte de la tendance ou des invariants, distinguer entre les situations locales dans un mouvement d’ensemble. C’est ce que nous devons continuer à expliquer à propos des transitions démocratiques dans le monde arabe, de la montée en puissance globale de l’Asie, de la complexité des crises africaines dans un continent qui est aussi en plein essor. Mais aussi en expliquant la portée d’une étape, qui peut parfois apparaitre décevante, dans un processus de régulation multilatéral qui prospèrera dans la durée, ou bien le sens d’une initiative, qui peut paraitre limitée, mais s’inscrit dans une stratégie d’ensemble.

Cependant, cette compréhension n’est utile, le fatalisme ne peut être combattu que si l’analyse et le discours sont sous-tendus par un cap et orientés vers l’action. La diplomatie et ce ministère ont besoin d’une direction, et c’est bien celle que vous incarnez, Monsieur le ministre, par votre personnalité, la clarté de vos choix, l’autorité de votre statut singulier.

La priorité que vous avez d’emblée entendu donner à la diplomatie économique s’impose d’évidence dans la situation du pays que je rappelais il y a un instant. Il n’est d’impératif plus pressant pour toute notre action publique que la restauration de nos équilibres financiers, le redressement de notre balance commerciale, le retour de la croissance et de l’emploi. Même si notre pays continue à jouir d’atouts politiques et stratégiques essentiels, on ne saurait nier que l’influence est aussi corrélée à la performance économique, que l’attractivité de ce que la France et l’Europe représentent ne résisterait pas à une stagnation de longue durée.

Le soutien à nos entreprises sur les marchés extérieurs, la promotion de l’investissement étranger en France, les négociations sur la régulation économique étaient déjà le quotidien des postes et du ministère. Mais l’accent spécial que vous avez entendu leur donner a la vertu de placer le Quai d’Orsay au cœur des priorités de l’Etat, d’affirmer sa vocation de pilotage de toutes les actions extérieures contribuant au développement économique, de conférer à chacun d’entre nous, à sa place, une responsabilité spéciale face à cet impérieux défi.

Cette responsabilité est exigeante. Elle doit, je crois, inclure aussi un devoir d’alerte vis-à-vis d’attitudes, de discours, de stratégies ou de pratiques dommageables, y compris lorsqu’ils émanent des pouvoirs publics.

Pour y répondre une nouvelle organisation est en cours de mise en place au sein de notre administration centrale, les procédures d’élaboration des plans d’action des ambassades ont été revues, les dispositifs interministériels dont le département assure le pilotage ont été mobilisés, surtout un état d’esprit a été suscité, qui devra être constamment entretenu.

Cet état d’esprit caractérise aussi la politique européenne que vous avez définie et mise en œuvre avec Bernard Cazeneuve : défense de nos intérêts propres, mais aussi de ceux de l’Europe face à ses concurrents ; affirmation des principes de réciprocité et de solidarité tant entre les Etats membres que vis-à-vis du monde ; recherche en tous domaines, avec les difficultés que nous connaissons, de l’affirmation d’une identité européenne.

Plus que d’autres encore, le champ européen appelle pédagogie et conviction vis-à-vis de nos concitoyens comme du reste du monde. Vous avez démontré tous deux que la France, sous l’autorité du Président de la République, reste inspiratrice en Europe, qu’elle cherche à associer vision de long terme et gestion des urgences du moment, qu’elle demeure à la fois fidèle à ses engagements et pourvoyeuse d’idées et de concepts.

Cette propension et cette capacité à proposer, à inspirer et à réunir sont vitales pour notre influence à long terme comme pour nos intérêts. Continuons à les cultiver et à en nourrir notre diplomatie. Ainsi, le concept de "colocalisation industrielle", dans nos relations avec les pays du Maghreb notamment, peut se révéler fécond, comme celui de la "couverture sanitaire universelle", promu par Pascal Canfin, illustre la pertinence de faire converger développement économique et développement durable, rôle de l’Etat et responsabilité de la société civile.

Nous devons enfin continuer à mobiliser nos atouts les plus précieux, et à investir sur eux, pour reprendre l’expression du Président de la République :

Investir sur des communautés françaises à l’étranger qui poursuivent leur expansion, indépendamment de certains mouvements individuels erratiques ; la réorganisation de leur représentation, entreprise par Madame Conway-Mouret, vise à nous permettre de mieux répondre à leurs aspirations, mais aussi à développer un esprit d’action commune, dans le respect des responsabilités de chacun.

Investir sur la vitalité d’une autre communauté, celle de la Francophonie, que Madame Benguigui a entrepris d’accompagner vigoureusement, avec un plan d’action qui vient d’être diffusé.

Investir sur l’attente de France, palpable, concrète, qui existe presque partout dans le monde et que nous devons essayer de ne pas décevoir par une offre d’enseignement, l’accueil d’étudiants, une présence culturelle, une politique des visas capable de discernement en conjuguant sécurité et attractivité.

Investir enfin sur cette capacité, qui est le propre du message de la France et de sa diplomatie, à réunir sans les opposer ni les confondre intérêts, valeurs et principes. Comme vous l’avez rappelé, Monsieur le ministre, chercher à conquérir des marchés n’est pas mettre sous le boisseau les Droits de l’Homme ; prendre le monde tel qu’il est ne peut être l’alibi d’une résignation, en Syrie ou ailleurs ; engager une campagne pour l’abolition universelle de la peine de mort implique de ne pas renoncer à livrer cette bataille y compris auprès de nos alliés les plus anciens ou des partenaires les plus proches ; souligner les synergies entre présence culturelle et intérêts économiques ne revient aucunement à asservir la création à des enjeux mercantiles.

Et poursuivre la rénovation de notre politique africaine n’est pas éluder, bien au contraire, l’engagement au nom de nos responsabilités.

Notre diplomatie se reconnait dans cette complexité, cette exhaustivité, cette ambition. Ses agents ont la capacité de les affronter. Ils sont conscients que cette exigence suppose réactivité, adaptation continue de nos formes de présence et d’action, mobilité à la fois physique, intellectuelle et professionnelle. Ils sont prêts à en assumer les risques, parfois les dangers, l’Etat leur devant le maximum de sécurité et de protection, comme en témoignent les arbitrages que vous avez rendus pour notre budget, et qui devront être immédiatement mis en œuvre dans les circonstances que nous connaissons.

Monsieur le ministre,

Vous nous avez gratifié pendant quelques mois d’un accrochage de quelques toiles prêtées par le musée d’Orsay. J’y ai vu pour ma part, une triple allégorie de la diplomatie.

D’abord parce que cette peinture de la fin du second Empire et des débuts de la IIIème République est à la fois ancrée dans son époque, celle de ce bâtiment lui-même, et précurseur des évolutions à venir. La diplomatie doit elle aussi "être de son temps", comme disait Manet, et ouvrir des éclairs sur l’avenir.

Ensuite, l’unité de style et la présence de quelques peintres parisiens mais venus d’ailleurs, témoignaient d’une tradition de l’art français qui peut également inspirer notre diplomatie : la fidélité à notre génie propre tout en pratiquant le tamisage et l’assimilation sélective.

Enfin, ces années de la fin du XIXème siècle ont été l’un des plus grands moments de foisonnement, d’embellie, de rayonnement de l’art français. Efforçons nous d’en retrouver l’élan dans notre action diplomatique d’aujourd’hui, c’est le vœu que je formule pour elle.

Très bonne année à tous.