Une nécessaire transition sociale et écologique pour le post-2015 (07/01/2013) - par Frédéric APOLLIN pour AVSF et Groupe Initiatives



1. LA "CROISSANCE DURABLE ET INCLUSIVE" IMPOSE AVANT TOUT UNE RÉELLE TRANSITION ÉCOLOGIQUE ET SOCIALE

Une transition écologique et sociale s’impose pour un tout autre modèle de croissance au service d’un développement durable et équitable. Mais encore faudrait-il que nous mettions tous derrière les mots génériques de "croissance inclusive et durable" les mêmes objectifs et concepts. La "croissance verte" est par exemple une excellente opportunité pour certains acteurs privés, en particulier transnationaux, de recycler un modèle classique, extractiviste et inégalitaire de production sous couvert d’un "verdissement" de façade. "L’économie verte" peut également être une option ambiguë qui ne garantit pas le lien entre soutenabilité écologique et justice sociale. Cette économie qui organisera demain la rémunération des biens et services écologiques ne peut par ailleurs devenir le mode unique de rétribution de populations pauvres ou en voie d’exclusion dans des écosystèmes ruraux. Le changement de modèle de production et de technologie dans un sens plus écologique ne peut se faire par la monétarisation croissante du vivant et des écosystèmes et le non respect des droits fondamentaux et économiques des hommes et des femmes.

Cette autre croissance, inclusive, durable et équitable, que nous souhaitons est au service d’un développement mesurable à la lumière de quelques indicateurs clés :

  • 1. Le "mieux-vivre" pour toutes et tous et non pas seulement la croissance du PIB ;
  • 2. Le respect des droits fondamentaux des hommes et des femmes : droits de l’Homme, santé, éducation, égalité homme-femme, etc.. ;
  • 3. Le respect des droits économiques des hommes et des femmes, en particulier le droit à l’alimentation et le droit à l’emploi digne et décent pour toutes et tous ;
  • 4. L’existence de dispositifs de protection sociale minimale pour toutes et tous ;
  • 5. Une gestion économe et protectrice des ressources naturelles non renouvelables ;
  • 6. Des politiques fiscales et de redistribution de la richesse existantes et efficaces, en particulier dans les pays développés et les pays à revenus intermédiaires (PRI) où les inégalités sont les plus scandaleuses ;
  • 7. Une plus grande autonomie et souveraineté des territoires au niveau alimentaire et énergétique, pour une meilleure résilience et sécurité des pays les moins avancés (PMA), en particulier, (soumis aux aléas du commerce international et à la spéculation) et des populations les plus marginalisées.

Il s’agit donc bien de transformer le paradigme dominant sur la croissance, en la conditionnant aux principes :

  • 1. de préservation des biens communs et biens publics globaux (les ressources naturelles, la santé, l’éducation, le vivant, etc.), qui ne peuvent en aucun cas être gérés par les règles du marché et de la concurrence ;
  • 2. de sobriété dans l’usage des ressources naturelles (mais donc également dans nos modes de consommation en particulier dans les pays développés et émergents) ;
  • 3. d’une gouvernance des territoires plus démocratique, du local au global, qui s’appuie notamment sur les communautés d’usagers et les expériences déjà existantes de gestion des biens communs ;
  • 4. d’une lutte contre les inégalités et toutes les discriminations : féminine, en raison de l’orientation sexuelle, des jeunes sur le marché de l’emploi, etc.

2. AGRICULTURE FAMILIALE, AGROECOLOGIE, ÉCONOMIE POPULAIRE URBAINE INFORMELLE : 3 PRIORITÉS DES POLITIQUES DE DÉVELOPPEMENT

Les politiques de développement devront prendre en compte des enjeux différenciés et prioritaires :

• En milieu rural : le soutien des agricultures familiales et de l’agroécologie et la promotion des filières organisées de production locale en direction des marchés intérieurs et régionaux. Dans le domaine de l’emploi dans les PMA, il n’y a par pas d’autre choix possible que d’appuyer l’agriculture paysanne, plus grand pourvoyeur d’aliments et d’emploi en milieu rural et d’aliments, et des choix de production agroécologique, pour renforcer l’autonomie des familles, la qualité des aliments, et maintenir le diversité des écosystèmes cultivés.

• En milieu urbain : l’appui à la décentralisation, à de nouvelles politiques de la ville (gouvernance locale, accès aux services essentiels, etc.) et à l’économie populaire urbaine informelle, véritable lieu d’innovation et d’ingéniosité.

3. POUR UN NOUVEAU CONSENSUS SUR LE DÉVELOPPEMENT ET UN AGENDA POUR TOUS

Si nous partageons l’impérieuse nécessité d’une transition écologique et sociale pour tous, si nous considérons que la géographie du monde a changé - celle de la pauvreté notamment -, et si nous prenons en compte la fin de "l’oligopole traditionnel des pays du Nord" (inscrits CAD-OCDE) dans l’aide au développement avec l’entrée en force de nouveaux acteurs publics des pays émergents (Brésil, Chine, Inde, Afrique du Sud), il semble évident qu’il faille renouveler un consensus international et que l’agenda du développement ne peut qu’être unique pour tous, au Nord comme au Sud.

Il est tout autant nécessaire de réitérer une solidarité internationale forte et prioritaire vers les PMA, en matière d’aide publique au développement.

Enfin, sur la base des considérations précédentes, le Groupe initiative suggère de conforter l’engagement de la France en faveur de ce développement durable et solidaire dans un cadre législatif (loi de programmation).