Bilan de la semaine d’ouverture de la 67ème session de l’AGNU (2 octobre 2012)



Il faut retenir trois grandes séries de remarques, en guise de résumé de cette 67e Assemblée générale des Nations unies.

Une modernisation nécessaire des Nations unies

Première série de remarques, cette semaine aura permis à la France, par la voix du président de la République et par celle du ministre des Affaires étrangères de marquer notre attachement au système multilatéral de manière générale, à l’Organisation des Nations unies de manière particulière.

Cette semaine aura permis de marquer également que face à la multiplication des crises auxquelles nous sommes aujourd’hui confrontés et en dépit ou à cause des difficultés que connaît l’Organisation, il est aujourd’hui nécessaire de moderniser les Nations unies de façon à renforcer à la fois sa légitimité et son efficacité. Le ministre des Affaires étrangères a fait un certain nombre de propositions en ce sens, dans une tribune parue la semaine dernière dans Le Figaro : proposition d’élargissement du Conseil de sécurité, proposition de code de conduite sur l’utilisation du veto, propositions sur une agence de l’environnement, sur un renforcement des liens avec les émergents, etc.

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Intervention du Président de la République devant l’Assemblée générale des Nations unies

Les grands sujets internationaux : Sahel, Syrie et Iran

Deuxième série de remarques sur les grands sujets internationaux du moment qui ont focalisé l’attention à New York cette semaine.

Sahel et Mali

  • Le premier concerne le Sahel et le Mali. La perspective d’une convocation rapide du Conseil de sécurité s’est précisée et devrait permettre l’adoption d’une résolution en réponse à la demande des autorités maliennes de déploiement d’une opération africaine permettant de libérer le Nord Mali de l’emprise des groupes terroristes, Aqmi, et de restaurer l’intégrité territoriale du pays.

S’est tenue une très importante réunion le 26 septembre, mercredi matin, qui a permis de mobiliser la communauté internationale au plus haut niveau. Le président de la République y a participé. J’en retiens une vraie prise de conscience aujourd’hui de la gravité de la situation au Mali et des risques que cela fait peser, non seulement sur le pays, mais sur la stabilité régionale des pays limitrophes et au-delà. Donc prise de conscience du risque, prise de conscience de l’urgence à régler ce problème. La France a réitéré sa disponibilité à apporter un appui logistique à cette opération une fois qu’en aura été défini par les Maliens eux-mêmes, en coopération avec la CEDEAO, le cadre politique et stratégique. En d’autres termes, lorsque le besoin aura été défini précisément, nous-mêmes définirons également précisément quel type d’appui logistique nous serions susceptibles de lui apporter.

La première échéance est une série de discussions qui se tiendront dès jeudi 4 octobre à New York dans différents formats impliquant les membres du Conseil de sécurité des Nations unies, et cela conformément à la demande du président de la République et du ministre des Affaires étrangères qu’on aille vite.

Syrie

  • Le deuxième grand sujet qui était dans tous les esprits et dont les ministres et chefs d’Etat ont beaucoup parlé est la Syrie. J’en retiens deux principales idées. D’une part, l’intérêt croissant suscité parmi nos partenaires par l’initiative française en direction des zones libérées. Nous tenons particulièrement à saluer les déclarations faites par les États-Unis en la personne Hillary Clinton à ce sujet.

J’en retiens ensuite les appels pressants à l’opposition syrienne à se rassembler et inclure en son sein toutes les communautés qui composent la Syrie.L’objectif reste pour nous la constitution le plus vite possible d’un gouvernement qui pourrait être reconnu.

Iran

  • Le troisième grand sujet est l’Iran. Trois mots pour résumer cette semaine sur ce sujet. Le premier mot, c’est l’unité du P5+1. Unité dans son refus de voir l’Iran accéder à l’arme nucléaire. C’est d’ailleurs une position qui intervient dans la ligne des précédentes résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et dans la ligne, pour n’en citer qu’une, de la résolution du mois d’août 2012 du Conseil des gouverneurs de l’AIEA.

Le deuxième mot, c’est la pression continue qui doit s’exercer sur le régime iranien pour qu’il se conforme à ses obligations internationales. A défaut de s’y conformer, les sanctions seront à nouveau renforcées. C’est un point qui est à l’ordre du jour du prochain Conseil Affaires étrangères pour ce qui concerne les Etats européens, le 15 de ce mois, là aussi dans la lignée de ce qui avait été discuté par ces mêmes Etats, lors du dernier "Gymnich".

Troisième mot, c’est l’ouverture au dialogue selon la double approche définie et suivie depuis plusieurs années, ouverture au dialogue avec le régime iranien dès lors qu’il coopèrerait pleinement avec l’AIEA et qu’il aurait fait toute la lumière sur la nature de son programme nucléaire.

Donc unité, pression, ouverture sur l’Iran.

Les priorités de la diplomatie française

Troisième grand bloc de remarques, ce sont des sujets qui figurent au nombre des priorités fixées par Laurent Fabius.

  • La première priorité, c’est tout ce qui touche à la diplomatie économique. Laurent Fabius a notamment eu l’occasion de visiter deux entreprises françaises installées à New York qui rencontrent un succès impressionnant dans le domaine du numérique d’une part, et d’autre part de participer à un déjeuner de promotion de la gastronomie française. C’étaient deux volets très différents mais qui illustrent bien la diversité du savoir-faire français : le high-tech numérique d’une part, et d’autre part la gastronomie.

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Matinée "diplomatie économque" : Laurent Fabius rend visite à la société OLX spécialisée dans les annonces publicitaires sur Internet.

  • La deuxième grande priorité, c’est l’abolition de la peine de mort et la campagne qu’a souhaité lancer le ministre pour permettre qu’un maximum d’États abolissent la peine de mort. Cela a pris deux formes : une réunion organisée avec une cinquantaine d’États au siège des Nations unies, en coprésidence française et béninoise, d’une part. D’autre part, une rencontre très émouvante, pour y avoir assisté, entre le ministre des Affaires étrangères et une personnalité assez exceptionnelle, Kirk Bloodsworth qui est un condamné à mort américain. Il a passé dix ans en prison aux États-Unis avant d’être innocenté sur la base de tests ADN. C’est le premier Américain à avoir été innocenté grâce à ces tests et à avoir été libéré.

J’attire votre attention sur le fait que c’était le début d’une campagne pour cette grande cause. Son lancement officiel en France aura lieu le 9 octobre ici au quai d’Orsay, en présence du ministre et de grands témoins. Je pense notamment à Robert Badinter. Ensuite, nous déclinerons cette campagne tout au long de l’année, autour de grands temps forts dont un congrès à Rabat en décembre et un autre à Madrid en juin.