Pour une agence de l’ONU sur l’environnement - Entretien de Pascal Canfin, ministre chargé du Développement, avec le quotidien "La Croix" (8 juin 2012)



La France souhaite obtenir à Rio un engagement daté et précis sur la création d’une agence des Nations unies sur l ’environnement . Prenant le relais de l’actuel Programme des Nations unies sur l ’environnement (Pnue), cette agence aura pour fonction de coordonner l’ensemble des conventions environnementales qui coexistent aujourd’hui de manière dispersée. C’est un travail important pour renforcer et stabiliser le droit international de l’environnement. À la différence d’une organisation mondiale de l’environnement, cette agence sera totalement intégrée dans le système onusien.

La deuxième priorité de la France est de relier les questions de développement soutenable et de lutte contre la pauvreté, qui sont aujourd’hui distinctes. Il serait plus judicieux d’avoir un seul agenda et une seule feuille de route pour traiter, par exemple, de l’accès à l’eau, à la santé, à la contraception ou à l’énergie. Nous souhaitons donc lancer un seul processus , dont l’objectif est d’aboutir en 2015 à la fixation d ’ objectifs chiffrés et quantifiés en matière de développement durable et en matière de lutte contre la pauvreté.

Le sommet de Rio sera par ailleurs l’occasion de faire le point sur les différentes initiatives prises au niveau international sur les financements innovants et sur la façon de continuer à avancer pour que ces financements puissent compléter l’actuelle aide publique au développement. J’animerai à Rio une rencontre des 63 États qui forment le groupe pilote sur les financements innovants, où nous reparlerons bien sûr de la taxe sur les transactions financières.

Je sais que les discussions s’annoncent difficiles . Il est certain que ce sommet ne sera pas un point d’arrivée, avec un texte contraignant s’imposant à tous ! En tant qu’écologiste, je ne peux que regretter que la communauté internationale n’aille pas assez vite au regard de l’urgence environnementale. Mais je ferai en sorte que les négociations aillent le plus loin possible et que des progrès soient enregistrés sur les points de blocage que nous connaissons bien. Ainsi, beaucoup de pays parmi les moins avancés pensent encore que l’écologie est un luxe réservé aux pays riches. Mais la prise de conscience que la question de la préservation des ressources naturelles, de la désertification ou du changement climatique atteignent la capacité de ces mêmes pays à se développer progresse.

De la même façon, il faut convaincre les pays émergents - dont les classes moyennes adoptent nos modes de consommation - qu’il est de leur intérêt d’évoluer sur les questions environnementales. Les pays riches n’ont aucune leçon à donner sur ce point, d’autant que, par exemple, les émissions de CO2 de l’Union européenne ont encore progressé l’an dernier. Pour avancer, le mot clé, c’est l’innovation. Loin de porter une vision culpabilisante ou punitive vis-à-vis des pays émergents, nous devons innover dans les modes de production, l’organisation urbaine, etc. Nous devons travailler ensemble à l’élaboration d’un grand compromis mondial pour que l’ensemble de nos modes de vie évoluent de manière soutenable.