Tourisme - Réunion du comité d’urgence économique pour le tourisme (13 juillet 2016)

Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, a réuni une cinquantaine de professionnels et partenaires du secteur du tourisme au Quai d’Orsay à l’occasion d’un comité d’urgence économique pour le tourisme.

Image Diaporama - Photo F.de La Mure / MAEDI

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Les données pour le mois de juin, qui a été marqué par l’accueil en France de l’Euro de football 2016, sont bonnes. En région, les hôtels enregistrent une hausse de revenus de 15% tandis que les villes hôtes de l’Euro en ont pleinement profité. Elles ont affiché les soirs de matchs des taux d’occupation avoisinant les 95%, le chiffre d’affaires des hôtels concernés étant en forte hausse.

Les conséquences du recul de la livre sterling à la suite du référendum britannique ont également été évoquées. Les touristes britanniques ont représenté la première clientèle de la « destination France » en 2015 (plus de 12 millions de touristes). Le Quai d’Orsay continuera à suivre la situation de près, en lien avec les professionnels du secteur.

Enfin, la campagne de relance de la destination Paris a été évoquée. Porte d’entrée de la « destination France », Paris a vu sa fréquentation touristique baisser en 2015, dans un contexte marqué par les attentats. Une campagne de promotion à destination des pays représentant plus de 80% des séjours internationaux en France est actuellement en cours.

Les prévisions pour l’été sont bonnes, avec des réservations dans les camping en hausse de l’ordre de 2,8% en nombres de nuitées. Les opérateurs du tourisme fluvial anticipent une hausse de 10 à 15% sur l’ensemble de l’année. Les arrivées aériennes sur les dix premiers jours de juillet augmentent de 11% en région. Plus que jamais il importe de rester mobilisés pour que la France demeure la première destination touristique mondiale.


Conférence de presse de Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international

Mesdames, Messieurs,

Merci d’être venu écouter ce message qui est un message de mobilisation, un message de confiance, un message optimiste, réaliste et, en même temps, qui mesure bien tous les progrès que nous devons faire pour continuer à faire du tourisme un enjeu économique, social et culturel essentiel pour la France.

Donc, j’ai tenu, avec Matthias Fekl, cette réunion du comité d’urgence économique pour le tourisme. Une cinquantaine de professionnels étaient présents, mais aussi des élus locaux, en particulier des régions, de la ville de Paris, de la région Île-de-France et tous les partenaires du secteur. Cette réunion a été constructive. Elle a permis de faire remonter depuis le terrain des chiffres, ou au moins des tendances, pour les premiers mois de 2016. Elle a aussi été l’occasion d’écouter les attentes, parfois les inquiétudes, des professionnels et d’échanger sur les bonnes pratiques, en faisant des comparaisons avec ce qu’il y a de meilleur dans ce qui se passe dans d’autres pays européens.

Il ne faut pas le nier, il est vrai que le secteur du tourisme dans notre pays a été touché par les attentats de l’année 2015. Dès mars, j’avais d’ailleurs annoncé un plan de relance dont le volet Paris/Ile-de-France a été dévoilé en mai dernier lors d’un événement à la Tour Eiffel qui associait Mme la maire de Paris, Anne Hidalgo et la région Ile-de-France, représenté par son premier vice-président, Jérôme Chartier. Aux conséquences des attentats, se sont ajoutés d’autres facteurs, comme les mouvements sociaux, les inondations, tout cela s’est cumulé.

Mais, malgré cela, je suis heureux de constater que, à travers les chiffres de l’INSEE et ce qui nous remonte des professionnels, le recul de la fréquentation s’estompe très progressivement depuis le début de l’année. L’Euro 2016 a été un formidable moment et il a permis aux établissements hôteliers, en particulier dans les villes organisatrices, de connaitre une hausse très significative de 15% de leur revenu en régions en juin, et les villes-hôtes ont su tirer de façon spectaculaire leur épingle du jeu avec des taux d’occupation avoisinant les 95%, pour ne pas dire 100%.

Je voudrais dire à cet instant d’ailleurs que l’Euro a été une formidable expérience, une expérience réussie pour l’image de la France. La capacité de notre pays à organiser des événements sportifs d’une telle importance, avec ce que cela signifie comme capacités d’organisation, de mobilisation de tous les métiers, de mobilisation des services publics, est une chance formidable à exploiter pour l’avenir pour la France. Évidemment, nous avons, en ce moment, le Tour de France, mais nous en avons l’habitude ; mais l’Euro 2016 était un véritable défi. Défi notamment en matière de sécurité : combien de questions de journalistes de la presse internationale ont été posées - je me souviens à l’occasion de cette conférence de presse à la Tour Eiffel - sur les fan zones ? Fallait-il des fan zones ? Certains avaient lancé la polémique sur les fan zones ; nous avons eu les fan zones, elles ont été bien gérées, elles ont été efficaces, elles ont contribué à réguler, de façon remarquable, les flux de passionnés de football. Et puis, nous avons eu cette réussite où il fallait faire face aux risques d’attentats - il y a eu quelques éléments de hooligans, notamment à Marseille mais c’était à la marge. L’Euro est un succès de ce point de vue.

Il ne faut pas oublier que la filière sportive française, cette filière professionnelle peut s’exporter aussi à l’international. Nous avons eu récemment la réunion du haut comité pour les échanges humains, que j’ai co-présidé avec Mme la vice-Première ministre chinoise qui s’est rendue à Chamonix pour voir comment un pays comme la France avait organisé les Jeux olympiques d’hiver. Elle est repartie très convaincue de ce que nous pouvons faire et offrir, la Chine étant elle-même un pays organisateur.

Et c’est donc très important de montrer le savoir-faire français et de continuer à mobiliser l’ensemble des professionnels de la filière touristique.

Je reviens à l’été en cours. Les professionnels, là aussi, sont relativement optimistes avec une hausse des arrivées aériennes internationales de 11% en région, début juillet. Certains secteurs comme l’hôtellerie de plein air renouent avec la belle dynamique qu’ils ont connu l’an dernier avec des réservations en hausse de près de 3%. Certains secteurs comme le tourisme fluvial se portent très bien avec 10 à 15% de croissance depuis le début de l’année.

Les tendances que je vous donne sont donc positives. Vous allez alors peut-être me demander pourquoi insister sur l’urgence économique pour le tourisme. Je crois qu’il faut être lucide. Le secteur du tourisme représente entre 7% et 8% de notre PIB, il fait vivre 2 millions de personnes. C’est un secteur sensible à la conjoncture. Donc, si nous voulons poursuivre dans la dynamique qui est la nôtre, dans l’ambition qui est la nôtre, il ne faut laisser planer aucun espace de doute, aucun espace de recul. Il y a des interrogations sur l’effet de nouveaux développements géopolitiques comme le résultat du referendum britannique sur l’Union européenne. Nous les avons affrontés très directement. Enfin, les arrivées internationales à Paris et en Ile-de-France restent en retrait, il ne faut pas le sous-estimer, notamment par rapport à 2015 pour les 10 premiers jours de juillet. Mais, là aussi, c’est une situation qui n’est pas appelée à durer, cela dépend beaucoup de ce que nous sommes capables de faire ensemble.
Il est donc très important de montrer à la fois la détermination du gouvernement - elle est totale - mais également la mobilisation de l’ensemble de la communauté touristique pour adapter notre offre touristique et renforcer notre attractivité. Nous avons même évoqué la compétitivité mais aussi sous l’angle non seulement de la qualité du service mais sous l’angle des prix ; donc, tout cela joue. Le plan de relance du printemps a permis de renforcer notre réputation, notamment sur les réseaux sociaux, avec un impact déjà visible sur certains pays comme les États-Unis.
Ailleurs, il y a encore du travail à faire, c’est une des raisons qui m’ont conduit au Japon au printemps dernier, Mme Hidalgo et Mme Pécresse ont fait de même en février.

Atout France, sur le terrain, avec nos ambassades, avec les autorités des régions et des métropoles et les professionnels eux-mêmes vont continuer à se mobiliser en direction des publics et des pays concernés. Sur le plus long terme, cela implique évidemment que nous continuions le chantier de réforme en profondeur lancé par le gouvernement pour atteindre l’objectif majeur et extrêmement ambitieux de 100 millions de touristes en 2020. C’est un défi énorme ; d’ailleurs, ce sera un des objets de la 2e conférence annuelle du tourisme qui se réunira au mois de novembre, qui va être minutieusement préparée, notamment avec le soutien de Matthias Fekl et d’Atout France. Il faut en faire un grand événement de mobilisation générale pour l’avenir, parce que, là, il y a un défi en matière technologique ; il faut rester innovant ; le troisième plan des investissements d’avenir a prévu de réserver des crédits très importants pour l’innovation. Il faut maintenant que les projets soient proposés pour que les financements soient débloqués. Donc, cette deuxième conférence devra identifier toute une série de chantiers.

Mais je pense qu’il est important de montrer aussi que le secteur du tourisme c’est un secteur industriel à part entière, c’est une filière économique extrêmement riche en emplois - j’ai dit 2 millions d’emplois aujourd’hui -, porteuse d’emplois pour l’avenir ; je pense en particulier aux jeunes qui ne connaissent pas la diversité des métiers qui existent dans ce secteur du tourisme, des dizaines et des dizaines de métiers différents, dont certains extrêmement passionnants et innovants. Il y a donc là des débouchés professionnels, il faut les faire connaître et, en même temps, offrir aux jeunes des formations adaptées. C’est donc une mobilisation générale qui est désormais décrétée. Cette mobilisation doit être constante, c’est celle qui bien sûr mobilise tous les acteurs pendant la saison touristique de cette année mais qui va les mobiliser encore davantage pour les années à venir.

En tout cas, le gouvernement est en première ligne, il est important qu’il y ait une parole publique forte. Ma conviction, c’est que le secteur du tourisme, c’est celui aussi d’ancrer la France dans sa position de première destination mondiale et de l’inscrire dans la durée ; c’est l’affaire de tous. Merci.

Q - Vous parliez du succès de l’Euro. Peut-on parler de succès également pour Paris et l’Ile-de-France, puisque, a priori, notamment en termes de nuitées hôtelières, le succès n’est pas complètement là ?

R - La tendance que j’ai relevée et que j’ai évoquée, c’est-à-dire effectivement un rattrapage substantiel sur l’ensemble de la France, est réelle. Mais il reste toujours un peu de retard à Paris. Je n’ai pas encore de chiffres définitifs, c’est encore un peu tôt. Mais je pense que ce retard va se rattraper, je pense que le climat est en train de changer, le regard extérieur est en train de changer.

Et je pense que nous pouvons, avec confiance, imaginer tout à fait sereinement l’amélioration de la situation. Ce qui veut dire quand même que, là plus qu’ailleurs, encore, la mobilisation doit être totale. La mobilisation doit être totale en termes de message, en termes d’accueil, en termes d’organisation ; bien entendu, la question de la sécurité est essentielle, elle est au cœur des politiques publiques et de la mobilisation de tous les acteurs ; mais aussi en termes de prix, il faut aussi que cette compétitivité prix ne soit pas oubliée, en particulier à Paris et en Ile-de-France.

Q - (inaudible)

R - Dans l’ensemble du pays, dans les régions, les grandes villes mais aussi les villes moyennes, vous avez une offre touristique extraordinaire : patrimoine, culture, festivals. Cette richesse-là n’est pas toujours assez connue. Notamment à l’étranger, je pense que nous avons une marge de progression considérable parce que, très souvent, les tours opérateurs vont se concentrer sur quelques sites - Paris, le Mont Saint-Michel, la Provence -, et ensuite rien. Alors que, si nous sommes capables, avec les professionnels du tourisme, avec les collectivités locales, avec les régions et les métropoles, de faire des offres adaptées, je pense que nous pouvons largement progresser.

Il est vrai que nous avons fixé un objectif très ambitieux : nous sommes à 85 millions de visiteurs en 2015 mais l’objectif c’est 100 millions en 2020. C’est donc un défi formidable. Cela veut dire que non seulement le gouvernement, mais les pouvoirs publics en général, les régions, les collectivités locales doivent être mobilisées, mais surtout la filière professionnelle, une filière industrielle à part entière, avec énormément de métiers, qui doit se perfectionner et qui doit être aussi dans l’innovation. Il ne faut pas avoir peur de l’innovation, nous sommes à l’ère du numérique, parfois certains professionnels s’inquiètent de la concurrence notamment des sites qui font des offres de réservation hôtelière ; il est vrai qu’il faut des règles du jeu qui soient claires mais, en même temps, l’innovation doit toucher tout le secteur du tourisme. Plus il sera facile de réserver, plus il sera facile de découvrir un programme, des lieux, plus on réussira.

En même temps, il faut de l’investissement, il faut améliorer les conditions d’hébergement en particulier. Et puis, il faut de la formation professionnelle pour que le service qui sera rendu soit le meilleur possible et le meilleur à l’image aussi de ce qu’est la France, avec sa culture, ses valeurs, le vivre ensemble, l’art de vivre français.

Q - Vous avez parlé du prix mais aussi de l’innovation. Que pourrait-il encore manquer à la France pour repartir ?

R - Ce n’est pas que cela manque mais je pense que l’on peut encore mieux faire pour donner le meilleur visage de la France. Et cela passe par l’engagement humain. On pourra investir beaucoup, on pourra innover beaucoup, on pourra mieux former le personnel encore. Mais si nous-même nous sommes des vecteurs d’accueil partout - le sourire, la main tendue, la bienvenue à chacun, l’art de vivre français -, je pense que ce sera un plus. C’est ce que le monde entier admire dans ce que nous sommes, et plus nous le montrerons, mieux ce sera.

Q - (sur les prix)

R - …Si on veut toucher le maximum de clientèle… tout à l’heure un des représentants de la profession de l’hôtellerie a indiqué qu’effectivement on pouvait faire des efforts. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les professionnels eux-mêmes qui le disent, notamment en direction du tourisme familial, du tourisme populaire. Vous vous souvenez que c’est l’anniversaire du Front populaire, où ont été mis en place les congés payés. Donc, il y a des pans entiers de publics qui peuvent être intéressés par une amélioration de l’offre. Il y a un tourisme aisé et un tourisme international, mais il y a aussi un tourisme français ; je pense qu’il ne faut pas oublier que le plus grand nombre de touristes que nous pourrons accueillir sont des touristes de France et d’Europe.

Q - Et c’est nécessaire ?

R - Cela fait partie de l’offre. Il ne s’agit pas de baisser les prix, il s’agit d’avoir des prix adaptés à l’offre et qui ne soient pas des handicaps. Il ne s’agit pas de faire du bas de gamme et de la mauvaise qualité, simplement il faut faire preuve d’imagination et d’innovation.

Q - (inaudible)

R - Ils étaient très contents qu’il y ait cette réunion d’échanges, de partages de diagnostics. Ils attendent que le gouvernement soit toujours là pour mobiliser tous les acteurs. En fait, notre rôle est d’être en permanence en première ligne pour donner le la, pour fixer le cap et l’ambition. C’est ce que qu’ils attendent. Ce qui les rassure le plus, ce ne sont pas toujours des questions de budget, des questions techniques, c’est aussi le message que l’on peut porter, et c’est vraiment le gouvernement français qui peut le porter, c’est un message de mobilisation.

Q - Il y a des demandes fortes en matière de sécurité ?

R - Tout le monde reconnaît qu’il y a eu énormément d’efforts faits pour la sécurité et tous les participants à cette réunion se sont félicités de la manière dont l’Euro a été géré par les pouvoirs publics ; c’était remarquable. Je me souviens d’une question que l’on m’a beaucoup posée il y a quelques mois, avant l’Euro, sur les fan zones, les télévisions étrangères notamment : peut-on venir en France pour l’Euro 2016 ? Vous vous souvenez des polémiques qu’il y a eu en France parfois un peu politiciennes sur les fan zones, eh bien heureusement que nous avons eu les fan zones et vous avez vu que cela s’est bien passé. Je pense donc que, pour la communication sur la destination France, la réussite de l’Euro, la manière dont cela s’est passé, cela vaut toutes les campagnes de communication.

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