Remise du rapport du Conseil de promotion du tourisme - Discours de Laurent Fabius (11 juin 2015)

Madame et Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Le tourisme est un trésor national.

C’est un plaisir de vous recevoir au Quai d’Orsay à l’occasion de la remise du rapport établi par le Conseil de promotion du tourisme sur ce trésor national. Dorénavant, évoquer le tourisme dans ces murs n’a rien d’incongru, au contraire. Tant mieux ! La promotion du tourisme fait en effet partie depuis un peu plus d’un an des attributions du Ministère des Affaires étrangères et du Développementinternational. J’aiexpliqué les raisons de cette responsabilité que j’ai souhaitée. Nous travaillons en équipe avec les Secrétaires d’Etat CaroleDelga, MatthiasFekl et avecles professionnels et le monde du tourisme, dont je veux saluer l’action. C’est une démarche positive, non seulement pour le secteur lui-même, mais plus largement pour notre redressement économique et pour notre rayonnement. La France vient d’ailleurs de passer de la 7ème à la 2ème place mondiale dans le classement établi par le World Economic Forum concernant la compétitivité dans le secteur du tourisme, classement qui prend en compte l’action des pouvoirs publics. Nous avons avancé ensemble depuis les Assises de juin 2014. Je remercie chaleureusement tous ceux qui contribuent à ces avancées. Denombreux chantiers ont été ouverts. Je rappellerai quelques-uns des plus marquants avant d’aborder le futur.

Nous nous sommes d’abord efforcés de mieux promouvoir notre offre touristique : pour rendre plus visibles nos grandes destinations régionales, choix et annonce de 11 « contrats de destination », avec co-financements d’Etat ; mise en place de 5 « pôles d’excellence » pour mettre en valeur nos atouts thématiques (gastronomie et œnologie, écotourisme, tourisme artisanal, tourisme urbain et nocturne, tourisme de montagne et sportif) ; organisation de grands événements pour promouvoir notre gastronomie et notre œnologie, avec enparticulier le lancement du Guide Michelin 2015 au Quaid’Orsay et l’opération Goût de France, en mars dernier, sur les cinq continents.

Nous avons pris diverses décisions pour améliorer l’accueil des touristes : délivrance des visas en moins de 48 heures en Chine, en Inde, en Afrique du Sud et dans plusieurs pays du Golfe ; avancée du chantier de la liaison Charles de Gaulle-Express qui permettra àterme de rejoindre Paris en vingt minutes ; nettoyage des autoroutes franciliennes reliant les aéroports parisiens à la capitale, opération malheureusement sans cesse à recommencer ; réaménagements engagés de la Gare du Nord ; SMS de bienvenue aux touristes chinois dès leur arrivée sur le sol français ; plan « sécurité touristes » de la préfecture de police de Pariset dans d’autres villes, car la sécurité est un élément important de l’accueil ; émission « Midi en France » sur France Télévisions, avec un prix « Sourires de France » pour celles et ceuxqui incarnent le mieux dans nos régions l’accueil et l’excellence duservice. Dans un autre registre, la modification du calendrier scolaire pour les vacances de Pâques devrait avoir des conséquences positives sur la fréquentation touristique. Bref, à la fois de grandes décisions et des décisions modestes, allant toutes dans le même sens, celui de l’accueil.

Nous avons cherché à améliorer la compétitivité des entreprises du tourisme : en simplifiant le cadre législatif et réglementaire, avec l’ordonnance du 26mars2015, ratifiée cette semaine ; en permettant, comme le prévoit le projet de loi en fin d’examen au Parlement, l’ouverture des magasins le dimanche dans les zones touristiques internationales ; en modernisant la taxe de séjour sans porter atteinte à l’attractivité touristique.

Je résume : aujourd’hui, la plupart des décisions annoncées l’an dernier lors des Assises du tourisme sont appliquées ou en cours d’application – notamment par notre opérateur chargé du tourisme, Atout France, dont je salue le Directeur général Christian Mantéi. Ces mesures ont été dans l’ensemble jugées positives. Pour autant, il reste beaucoup à faire. J’y viens.

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Lors des Assises, j’avais annoncé la création d’un Conseil de promotion du tourisme, associant acteurs publics et privés. Je l’ai installé en septembre 2014. Nous avons tenu entre septembre et mars 6 réunions plénières, chacune sur un thème particulier. L’objectif étant de parvenir à un rapport d’ensemble pour le printemps2015 : ilest là.

Je félicite et remercie chaleureusement tous les membres du Conseil, particulièrement son Président délégué, Philippe Faure, ainsi que les rapporteurs : vous avez accompli un travail remarquable, tant pour le diagnostic sur le tourisme français que pour l’identification de propositions utiles. Je remercie l’ensemble des personnalités – plus de deux cents – qui ont été auditionnées dans le cadre des travaux du Conseilou associées à ces travaux. Leur connaissance des réalités a servi la qualité de notre réflexion, car tout est dans ce rapport ou presque, et sans langue de bois.

Aujourd’hui, grâce à lui, nousouvrons donc une nouvelle étape, une « phase2 » de notre action en faveur du tourisme français. Avec uneprécision : toutes les propositions formulées dans le rapport sont utiles, mais c’est ma responsabilité comme ministre de déterminer celles qui seront prioritairement mises en œuvre. Certaines, notamment les plus techniques, peuvent mériter un examen plus approfondi. Aujourd’hui, jevous ferai part seulement de la vingtaine de mesures contenues dans le rapport et qui me semblent indispensables en urgence, car elles composent ce que j’appellerai le « carré du succès ».

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Elles correspondent en effet à quatre domaines essentiels et dans lesquels notre tourisme est jusqu’ici insuffisamment performant. Nous allons donc concrètement avancer sur les quatre côtés du carré : le numérique, l’accueil, la formation, l’investissement.

Le numérique. Le rapport insiste à juste titre sur une évolution majeure : lenumérique est et sera de plus en plus important dans chaque expérience touristique et dans tous les métiers du tourisme. Exemple : un nombre croissant de touristes réservent leur voyage sur Internet en se fondant sur les recommandations d’autres internautes, ils partent à la découverte de leur lieu de vacances grâce à des outils innovants de géolocalisation. Qu’il s’agisse des touristes ou des professionnels, à chaque étape de la chaîne de valeur et d’action le numérique est devenu central. Letourisme français peut y trouver soit un levier puissant de développement, soit un risque de décrochage si les avancées nécessaires n’y sont pas menées et vite. Jesalue à cet égard l’annonce du groupeAccor – devenu désormais AccorHotels.com –, qui a décidé de lancer sa propre plateforme de réservation d’hôtels en ligne, opérationnelle en juillet, en liaison avec des indépendants.

Les mesures nécessaires visent deux objectifs : permettre à notre tourisme de mieux exploiter les potentialités liées au numérique ; établir un meilleur équilibre entre les acteurs traditionnels du tourisme et les nouveaux acteurs du numérique. D’abord – c’est le b.a.-ba –, pour promouvoir la destination France, nous devons avoir un portail Internet national à la hauteur de nos ambitions. Il est souhaitable de disposer d’une porte d’entrée unique : j’en dirai plus à l’automne. Demanière générale, les administrations doivent mieux se coordonner pour assurer une protection suffisante aux marques françaises – marques régionales, marques thématiques, marques d’entreprises. J’invite tous les acteurs du tourisme à se mobiliser sur cette question importantedes noms de domaine : les entreprises doivent assurer la protection de leurs noms et de leurs marques. Nous devons associer des opérateurs privés – je pense par exemple aux grands acteurs de l’Internet mobile – à la promotion de nos marques. AtoutFrance assurera un pilotage national : des partenaires privés pourront nous appuyer dans la diffusion de ces marques et de leurs contenus, notamment par le développement d’applications. D’ici la fin de l’année, desconventions seront signées entre le Ministère des Affaires étrangères et ces partenaires dans ce but.

Toujours dans le domaine du numérique, la clarification des relations contractuelles entre les hôteliers et les grandes plateformes de réservation est en cours. En avril, il a été obtenu que le site de réservation en ligne Booking.com s’engage auprès de l’Autorité française de la concurrence à rétablir un certain équilibre dans ses relations avec l’hôtellerie traditionnelle – et c’est une avancée à saluer–. Lesengagements concernaient, entre autres, le nombre de chambres qu’un hôtel peut proposer à la réservation sur son propre site, et la politique promotionnelle qu’il peut conduire auprès de ses clients. Pourautant, un problème majeur demeurait : celui de la marge de manœuvre dont disposent les hôtels dans leur politique promotionnelle sur leur propre site Internet, afin d’attirer de nouveaux clients non fidélisés. Le « contrat de mandat » vise à répondre à cette difficulté : il a été voté hier à l’Assemblée, et le texte prévoit de façon très précise que l’hôtelier reste libre d’accorder à ses clients tout avantage tarifaire ou promotionnel qu’il juge approprié.

Numérique toujours. Il est essentiel que nos infrastructures et nos services reflètent la qualité française du numérique. Notre pays possède une excellente réputation dans ce domaine. Notre « French Tech » s’exporte à New York, en revanche les touristes américains découvrant la France séjournent parfois dans des zones mal couvertes par le très haut débit. Un plan très haut débit est en cours de déploiement : il permettra d’obtenir une couverture de qualité sur tout le territoire, notamment dans les zones à forte fréquentation touristique. Un programme de couverture en Internet mobile permettra également d’accompagner les collectivités qui le souhaitent, afin de cibler spécifiquement les zones touristiques non couvertes en 3G actuellement. J’invite aussi les professionnels à proposer le wi-fi gratuit le plus largement possible – comme ADP qui a généralisé le wi-fi gratuit dans ses aéroports. Je salue l’initiative récente du Comité régional Paris Ile-de-France qui a pris des dispositions pour faciliter l’accès des touristes à la 4G.

Car nous devons utiliser le numérique sous toutes ses formes pour simplifier la vie du voyageur. Un « Citypass » est en cours de préparationen Ile-de-France : ce sera un support magnétique sur lequel le touriste disposera sous forme dématérialisée de son ticket de métro, de son entrée au musée du Louvre ou au château de Versailles, ainsi que d’autres services. Je souhaite que ce « Citypass » soit en place en tout casavant l’Euro de football de mi-2016, prochain événement touristique majeur.

D’une façon générale, le Quai d’Orsay veillera à promouvoir l’innovation numérique dans ce domaine. Dans cet esprit, j’accueillerai pour son lancement dans quelques jours un nouveau site de « e-tourisme », produit par la dynamique société Webedia, intitulé LeBonGuide, en anglais The Good Guide. Je me réjouis de toutes les actions numériques de nos opérateurs pour dynamiser notre tourisme. Dans le monde entier, les sites de chacune de nos ambassades et, si elles le veulent bien, de nos Alliances françaises comporteront désormais un lien avec l’accueil des touristes en France. Bref, tout le monde sera sur le pont… numérique.

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Deuxième chantier, l’accueil. Quand on interroge les étrangers sur le pays qu’ils souhaiteraient visiter en priorité, la France arrive en général en tête. Sans arrogance, nos atouts sont reconnus dans le monde : la diversité de nos paysages, la richesse de notre patrimoine matériel et immatériel, la qualité de notre cuisine et de nos vins, le dynamisme de notre vie culturelle, tous ces atouts contribuent, avec d’autres, à faire de la France un pays touristique phare. Les derniers chiffres sont encourageants : en 2014, nous avons confirmé notre rang de première destination touristique mondiale, 83,7 millions de touristes étrangers en métropole, 84,1 millions avec les Outre-mer. C’est une légère augmentation par rapport à l’année 2013, où nous avions accueilli 83,6 millions de touristes étrangers. 2015, après un janvier difficile, se présente bien. La durée des nuitées s’est également allongée, ce qui est bon signe. Mais – car il y a un mais s’agissant de notre réputation en matière d’accueil – nous avons encore, pour le dire diplomatiquement, des marges de progression.

Nousavons tous à l’esprit des campagnes télévisées marquantes en matière de sécurité routière ou de santé publique. Unecampagne sur l’accueil, au ton humoristique, proposant un slogan fort, devrait rappeler que lorsque nous servons un café, lorsque nous aidons quelqu’un à trouver son chemin, c’est un service qu’on rend à l’autre mais aussi un service qu’on rend à la France. Lorsque nous nous trouvons face à des touristes étrangers, nous sommes tous des ambassadeurs de la France. Sinous nous montrons accueillants, si le visiteur est satisfait de son séjour, il devient à son tour un ambassadeur de notre pays dans son pays. Je souhaite qu’Atout France, en lien avec le Service d’information du Gouvernement, puisse lancer une campagne – avec humour – sur ce thème de l’accueil au printemps prochain.

Je demande également à nos entreprises nationales de transport – trains et avions – de systématiser la diffusion d’un mot d’accueil vidéo, au moins en français et en anglais. Unevidéo d’accueil de quelques secondes, souhaitant aux touristes la bienvenue en France en plusieurs langues, pourrait être diffusée au moment de l’atterrissage dans les avions. Vousavez peut-être vu la nouvelle vidéo d’Air France concernant les consignes de sécurité en vol. Cemoment, d’ordinaire assez peu captivant, a été transformé en une vidéo ludique talentueuse. C’est une idée à élargir. Nous devrions également inciter à doter systématiquement nos points de sortie du territoire d’un panneau « Merci, à bientôt ». C’est simple, peu coûteux, efficace.

Un accueil amélioré, cela passe par une évolution des comportements, cela passe aussi par la simplification du séjour des touristes, à toutes les étapes. Le séjour débute souvent par une demande de visa : la constitution doit en être simplifiée. Nous avons mis en place en 2014 et 2015 un dispositif « visa en 48heures » pour quelques pays stratégiques que j’ai cités et qui fonctionne bien. La progression du nombre de ces visas est spectaculaire. Ce dispositif sera étendu à trois autres pays d’ici la fin 2015 : Turquie, Indonésie, Singapour. Nous avons également décidé de simplifier le processus de demande et de délivrance des visas en recourant systématiquement au numérique : à l’été 2016 au plus tard, une assistance sur Internet en anglais, en chinois, en arabe et en russe, sera accessible aux voyageurs désirant se rendre en France et soumis à visa. Cette assistance sera accessible à partir d’un smartphone. Fin 2016, les demandes de visa commenceront à s’effectuer en ligne, et à partir de 2017, les dossiers de demande de visa seront entièrement dématérialisés, ce qui facilitera et accélérera leur traitement.

Autre enjeu majeur pour l’accueil : les dessertes aériennes. Pour accueillir davantage de touristes dans nos régions, il faut davantage de dessertes aériennes directes de point à point. Notre diversité fait notre richesse. Nous devons simplifier les trajets en améliorant nos connexions aériennes. Un groupe de travail sur ce thème est constitué au Quai d’Orsay, avec l’ensemble des acteurs concernés – ministères, compagnies aériennes, représentants des aéroports… Ses conclusions seront rendues en octobre pour décision.

Un effort sera également réalisé sur le système de la détaxe. C’est une étape fréquente pour un touriste résidant hors de l’Union européenne, avant de repartir chez lui. La mise en place de bornes informatiques dans les aéroports – ce qu’on appelle le système « PABLO » – a permis de généraliser un dispositif amélioré de détaxe et je demande à ADP d’en poursuivre la pédagogie et la promotion. Une concertation est en cours entre ADP et la Direction générale des douanes, pour simplifier encore davantage détaxe et remboursement : aujourd’hui, un touriste souhaitant se voir rembourser la TVA en espèces à l’aéroport doit attendre deux fois, d’abord à la détaxe, ensuite à la douane. J’ai noté qu’à Londres les deux étapes sont fusionnées. Je demande aux administrations concernées que la simplification nécessaire soit présentée avant la fin 2015. Nous veillerons à sa mise en œuvre.

Pour donner envie aux touristes étrangers de se rendre en France ou d’y revenir, la mobilisation des médias est importante. France Télévisions a agi en ce sens et je l’en remercie. Je serai heureux qu’elle mette encore davantage à disposition de France Médias Monde ses émissions à contenu touristique, comme les alléchantes émissions sur nos régions ou sur notre gastronomie. Dans le même esprit, Atout France se rapprochera des chaînes étrangères qui diffusent le Tour de France,car cet événement sportif majeur, retransmis dans le monde entier, constitue une vitrine extraordinaire pour nos régions : il faut s’en saisir afin de promouvoir la France, en orientant les téléspectateurs et internautes étrangers vers nos sites touristiques, par le biais par exemple de bandeaux dans les émissions en direct, d’informations dans le générique et de liens sur les sites Internet.

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Le numérique, l’accueil : il nous faut aussi – troisième côté du carré – mettre l’accent sur la formation aux métiers du tourisme. Seules une offre et une pratique renforcées de formation permettront de valoriser ces métiers comme ils le méritent et de permettre un service d’excellence. La concurrence des autres pays s’accentue. Plusieurs propositions sont formulées dans le rapport du Conseil. Sans préjudice d’autres initiatives, j’entretiens dès maintenant trois.

En lien avec la Ministre de l’Éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, et en nous inspirant de la « Conférence des Grandes Ecoles », nous allons créer une « Conférence des Formations d’Excellence du Tourisme » (CFET). Aujourd’hui, plusieurs écoles françaises de tourisme sont reconnues pour leur excellence– je pense par exemple à l’Ecole Ferrandi à Paris, à l’Institut Paul Bocuse ou au Lycée hôtelier de Thonon. Il en va de même pour certaines de nos universités, ou certains organismes de formation continue. Mais aucune structure n’existe pour les mettre en réseau. Ce sera le rôle de la CFET qui, sans complexité ni coût supplémentaires, aura pour mission prioritaire de renforcer la visibilité internationale de nos formations d’excellence en matière de gastronomie, d’hôtellerie et de tourisme.

Nous devons développer aussi sans tarder la formation en ligne, le « e-learning ». C’est un mode de formation bien adapté aux contraintes du secteur – beaucoup de très petites entreprises, avec des horaires difficiles. Atout France – et je l’en remercie – va développer rapidement ce qu’on appelle des « cours en ligne ouverts à tous » – en anglais MOOC, « Massive Open Online Course ». Certaines thématiques clés (comme l’accueil et la maîtrise des langues étrangères) devront être ciblées en priorité. Dans ce secteur plus encore que dans les autres, il faut être multilingue. En plus de ces modules de formation sur les compétences fondamentales, ce MOOC informera sur les évolutions du marché du tourisme international, afin d’aider les professionnels à anticiper les attentes de la clientèle étrangère. Une dotation spéciale y sera consacrée par Atout France, complétée par la recherche de partenaires privés.

Enfin, l’idée nous a été proposée d’une Chaire de recherche consacrée au tourisme. C’est une bonne idée. Avec l’accord de l’Éducation Nationale, nous allons y travailler. Cette Chaire d’Enseignement Supérieur devrait contribuer à mieux fédérer les acteurs académiques et professionnels du secteur, aujourd’hui dispersés dans de nombreuses universités, écoles d’excellence, grandes écoles de management. Elle permettra d’ouvrir davantage la recherche française au plan international et de développer la recherche appliquée, en lien avec les acteurs privés. Elle contribuera à faire monter en gamme la formation à la française. Avec l’aide du secteur privé, elle devra être opérationnelle en 2016.

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Quatrième côté du carré : la question cruciale de l’investissement. Pour bien accueillir à la fois les touristes français et les 100 millions de touristes étrangers qui constituent notre prochain objectif, non seulement à Paris ou sur la Côte d’Azur mais sur l’ensemble de notre territoire, il faut que nos hébergements et nos infrastructures touristiques soient en qualité et en nombre suffisants dans l’ensemble de notre pays. Les besoins sont importants. Dans les stations de montagne et du littoral, l’hébergement est souvent vieilli : la rénovation est nécessaire. Dans nos régions, la capacité d’accueil hôtelière est parfois trop faible pour attirer le tourisme d’affaires, de salons et de congrès, ou pour faire face à la demande croissante en matière d’œnotourisme. J’insiste sur ce point car l’œnotourisme est un secteur important pour attirer la clientèle étrangère dans nos très belles régions viticoles, encore trop peu visitées : Bordeaux, Bourgogne, Languedoc, Rhône, Champagne, etc.

Le constat est voisin concernant un autre domaine, celui des croisières maritimes et fluviales. J’ai confié en février un travail sur ce sujet à M. Jacques Maillot. Il rendra son rapport dans quelques jours. Des investissements sont nécessaires dans les aménagements des berges, des ports, des voies navigables, mais aussi dans la construction d’hébergements à proximité des ports. Le nombre de croisiéristes – plus de 21millions en 2013 – a doublé en dix ans, il devrait à nouveau doubler dans les quinze ans. Or si la France compte 8500kilomètres de voies d’eau navigables, ce qui en fait le plus long réseau fluvial d’Europe, elle occupe une position bien en deçà de son énorme potentiel. Les deux mesures que j’annonce, et qui prendront en compte aussi ce secteur des croisières, nous aideront.

D’abord, et sans préjudice d’autres dispositions actuellement à l’étude, j’ai demandé à la Caisse des dépôts et consignations de travailler à la constitution d’un grand Fonds d’Investissement Tourisme – le FIT –, pour une mise au point dès cet automne. Le Directeur général de la CDC, M. Lemas, a bien voulu l’accepter, et je l’en remercie. La Caisse en sera actionnaire. Il serait bon que le FIT puisse réunir d’autres investisseurs institutionnels aux côtés de la Caisse et que, par effet de levier, plusieurs centaines de millions d’euros soient ainsi mobilisables. Ce fonds dont nous préciserons les contours à l’automne. permettra de financer la rénovation de l’ancien et la construction du neuf dans les domaines que j’ai cités : notamment l’hébergement hôtelier, en particulier dans les stations de montagne et du littoral ; le tourisme fluvial et maritime ; l’œnotourisme.

J’ai d’autre part demandé au Commissaire général à l’investissement, M.Louis Schweitzer, avec les équipes du Quai d’Orsay, de travailler à une enveloppe financière qui sera dédiée au tourisme dans le cadre du troisième Programme d’investissements d’avenir (« PIA3 »). Louis Schweitzer a bien voulu accepter. Cette enveloppe verra le jour en 2016 et elle sera à la disposition des entreprises.

Ces deux mesures concrètes apporteront une contribution positive, demandée depuis longtemps par les professionnels, à la relance nécessaire de l’investissement dans le secteur touristique.

Enfin, je souhaite rappeler que la BPI a mis à disposition des entrepreneurs du tourisme un guichet unique de financement en janvier 2014. Pour bénéficier de ces financements, je les encourage à s’adresser à leur direction régionale de la BPI. Un conseiller doit pouvoir leur proposer un financement adapté à leur projet : financements classiques par prêt, fonds propres ou garantie, ou encore enveloppes consacrées spécifiquement à l’hôtellerie ou à la restauration. A cet égard, j’ai demandé à son Directeur général, M. Dufourcq, que puisse être amplifiée l’enveloppe de crédit consacrée par la BPI à la restauration.

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Mesdames et Messieurs, chers amis,

Voilà les quatre chantiers précis – le numérique, l’accueil, la formation, l’investissement – qui constituent, je le disais, le « carré du succès » pour notre tourisme. Ils doivent être menés de front et rapidement si nous voulons, face aux concurrents et à l’augmentation de la demande, tenir notre rang de première destination touristique mondiale, générer plus de ressources et d’emplois, améliorer notre compétitivité et notre attractivité.

Ces mesures ne sont pas exhaustives, elles seront renforcées au fur et à mesure par d’autres. Parallèlement à leur mise en œuvre, nous continuerons à promouvoir la diversité de nos atouts touristiques par des initiatives précises. J’en cite quelques-unes. Le 24 juin prochain, nous consacrerons une séance spéciale de notre Conseil de promotion du tourisme au tourisme Outre-mer. Le25, je rendrai publics au Quai d’Orsay les 9 nouveaux contrats de destination qui ont été sélectionnés. Avant la fin juin, s’agissant des croisières maritimes et fluviales, Jacques Maillot me remettra son rapport, mais je peux déjà vous dire qu’un de nos axes consistera à intégrer les croisières beaucoup plus qu’aujourd’hui dans les actions de promotion de la France à l’étranger. En août, lors de la « semaine des ambassadeurs », nous organiserons avec les principaux acteurs de notre tourisme une table ronde consacrée aux grands événements touristiques prévus en France en 2016 – je pense notamment aux événements sportifs, avec l’Euro, afin que les ambassadeurs puissent les relayer dans le monde. En septembre, nous ferons de la traditionnelle Journée du patrimoine la Journée des patrimoines, en y intégrant désormais aussi – et ce sera encore davantage le cas en 2016 – ce patrimoine immatériel qu’est notre gastronomie. Nous continuerons également à soutenir les initiatives privées de promotion de la France à l’étranger : je pense par exemple au salon Best of France, consacré à l’art de vivre à la française, qui aura lieu en septembre à Times Square à New York. J’annonce aussi que, en raison du succès de la première édition, nous renouvellerons en 2016 l’opération Goût de France. Et nous travaillerons à introduire davantage de transparence et d’objectivité dans les classements gastronomiques internationaux en proposant un classement synthétique, une sorte de « classement des classements ». Philippe Faure a bien voulu en être l’architecte, et le palmarès sera annoncé à l’automne. Sur tous ces chantiers, nous ferons le point à l’occasion de la première Conférence annuelle du tourisme que je réunirai avec l’ensemble des professionnels et les ministres concernés. Je m’y étais engagé. Elle aura lieu le jeudi 8 octobre prochain.

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Chers amis,

J’ai évoqué au début « le tourisme, trésor national ». C’est effectivement un trésor économique, en plein essor mondial : aujourd’hui 1 milliard de touristes à travers la planète, 2milliards en 2030. Nous nous donnons comme objectif de capter une part significative de cette augmentation des flux : nous recevons aujourd’hui en France 84millions de touristes étrangers ; l’objectif, ce sont les 100 millions en 2020, avec des durées de séjour plus longues. Si nous y parvenons, ce sera une opportunité formidable pour nos emplois – non délocalisables –, pour nos entreprises, pour notre commerce extérieur. Mais c’est aussi un trésor humain, par la diversité des métiers du tourisme et par les échanges qu’ils permettent. Je n’étais au départ pas un spécialiste du tourisme, mais je m’y suis investi, et j’aime et j’apprécie les femmes et les hommes qui en composent l’univers, cet univers qui doit être celui de l’hospitalité et de la convivialité. Enfin, le tourisme est un trésor pour notre rayonnement mondial, car il n’est pas de meilleur ambassadeur… Et on retombe sur le Quai d’Orsay !

Un trésor, cela se protège, s’entretient et se développe. C’est l’objectif de toutes ces décisions. Merci.

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