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Laurent Fabius a présenté le bilan de la saison touristique 2015 (20 août 2015)

Tourisme - Conférence de presse de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international - Paris, 20 août 2015

"Nous allons en 2015 vers un nouveau record mondial pour le tourisme en France"

  • Image Diaporama - Photo : MAEDI/J. Faure

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Je voulais faire un point avec vous sur la saison touristique puisque vous savez que l’on m’a confié et on a confié à ce ministère la compétence en matière de promotion du tourisme. Je travaille beaucoup avec les professionnels et j’aurai occasion dans mon propos de leur rendre hommage parce qu’ils font un travail remarquable. Il y a eu des indications diverses qui sont données par différents comités régionaux etc…mais j’ai pensé qu’il serait intéressant pour vous, même si la situation n’est pas terminée et donc il faut rester prudent puisque les indications sont provisoires. Quelques indications que vous n’avez pas nécessairement et qui permettent de fournir déjà des conclusions.

Première remarque générale : nous allons en 2015 vers un nouveau record mondial pour le tourisme en France. Nous avons déjà les résultats pour le premier semestre 2015. Ceux-là sont acquis. Je vous donne quelques éléments. Au premier trimestre 2015, par rapport à 2014, la fréquentation touristique mesurée en nuitées hôtelières a augmenté de 2%. Là je parle du premier trimestre 2015. Et pour la clientèle étrangère de 3,6%. Nous avons eu en particulier le retour de certaines clientèles qui avaient délaissé notre pays. Je pense aux Britanniques en particulier dont la fréquentation avait baissé en 2014, et au premier trimestre il y a eu une augmentation de 17%. Cela c’était pour le premier trimestre.

Pour le deuxième trimestre, il a été également très favorable. Il y a eu notamment des effets de calendrier qui ont été positifs mais aussi des circonstances de fond. Les Français, en particulier, sont partis davantage, et davantage en métropole. Au deuxième trimestre la fréquentation hôtelière dans l’ensemble aurait progressé de 2,3% sur cette période par rapport à l’an dernier. L’INSEE donnera dans quelques jours ces chiffres, mais les chiffres que nous avons ici et sont de 2,3%. Voilà donc pour le premier semestre.

Pour cet été, évidemment les chiffres ne sont pas encore disponibles. Mais on a de premières tendances qui en général s’annoncent excellentes pour la destination France. D’abord pour ce qui concerne les enquêtes de conjonctures et les sondages vis-à-vis des professionnels. La majorité se déclare satisfaite ou très satisfaite de cette saison. Dans certaines régions - je pense à la région PACA, je pense à la Bretagne -, le taux de satisfaction des professionnels atteint 74%. En Normandie, région qui m’est chère, vous le savez, les professionnels estiment que la fréquentation globale de la région - maintenant c’est deux régions en une - sera pour l’ensemble de la saison estivale 2015 meilleure que l’année dernière. Alors que l’année dernière, nous avions déjà établi un record puisque nous avions - vous vous en rappelez peut-être - le 70ème anniversaire du débarquement et les jeux équestres mondiaux. Donc, nous devrions être au-dessus. Cela c’est par rapport à l’appréciation des professionnels.

En ce qui concerne le chiffre d’affaires des professionnels, selon les premières indications, il aurait augmenté de 4 à 4,5% cet été. Mais, et j’insiste sur ce mais, ce chiffre global recouvre des réalités contrastées au sein de la profession. En juillet, par exemple, en ce qui concerne les hôtels leur taux d’occupation a augmenté sur la côte atlantique de plus de 2 %, au bord de la Manche de plus de 3% et ur la Côte d’Azur de plus de 6%. Le groupe Accor a enregistré une croissance de 7,5% de ses réservations sur le mois de juillet. En revanche, en ce qui concerne Paris intra-muros, nous avons des chiffres qui sont décevants et le comité régional du tourisme vient de le confirmer. La couronne était positive mais Paris a subi, pour différentes raisons, des chiffres qui sont moins favorables.

En ce qui concerne les secteurs, certains - je parle de cet été - sont en forte augmentation par rapport à l’année dernière. C’est le cas de l’hôtellerie de plein air, où nous sommes à plus 9% sur juillet/août. C’est le cas des parcs d’attractions où nous sommes entre plus 6 et plus 10%. C’est le cas des croisières fluviales où nous sommes à plus 10%. Et puis, cela a été relevé par vous, et c’est tout-à-fait exact : on observe des nouvelles tendances d’hébergement. Par exemple, nous avons une hausse de 25% de la clientèle Airbnb sur le seul premier semestre 2015 par rapport à toute l’année 2014. Donc c’est une progression considérable.

Les résultats sont ceux-ci. D’abord parce que les touristes étrangers sont au rendez-vous. Il y a toute une série de chiffres concordants. Les chiffres sur les visas depuis le début de l’année : nous avons augmenté le nombre de visas délivrés de 17% en cumulé. En ce qui concerne les arrivées aériennes, la progression a été de 23% en provenance d’Asie du Sud, de 26% pour l’Inde et de 20% pour le Moyen-Orient.

La dépense par touriste est évidemment un indicateur très important où la France ne se situe malheureusement pas au même niveau que pour le nombre des touristes. Mais cette dépense par touristes serait aussi en augmentation d’après tous les capteurs que nous avons, qu’il s’agisse des grands magasins, des parcs d’attractions ou d’une majorité de restaurateurs. Et il est à penser, mais ce n’est pas encore en application, que les effets d’ouverture des commerces le dimanche devraient amplifier cette tendance.

J’ai pris pour vous quelques exemples concrets. Le château de Versailles : c’est 27000 entrées par jour. Depuis le début de l’année et jusqu’au mois d’août, le château de Versailles a eu une augmentation de la fréquentation sud-coréenne de 1,3%, de la fréquentation américaine de 2%, de la fréquentation chinoise de 4,2%. Le château de Chambord - je suis dans les châteaux - a vu ses entrées augmenter de 7% en juillet 2015 par rapport à 2014 avec une augmentation de la fréquentation étrangère considérable (+ 47% de touristes chinois, + 18% de touristes hollandais). Et des résultats, là encore, se traduisent en chiffres d’affaires puisque - je prends toujours Chambord - il y a eu plus 10 % de recettes en boutiques et 27% en plus de recettes de restauration. Mais, et c’est fort intéressant, les résultats sont également là parce que les Français ont, dans une large mesure, choisi la France. Si on prend le pourcentage de ceux qui sont partis en vacances depuis le début de l’année, ce n’est pas le pourcentage de ceux qui sont partis en vacances d’été, qui est un pourcentage plus petit, malheureusement. Mais par rapport au début de l’année, l’année dernière 75% de Français ont pu, à un moment ou un autre, partir en vacances et cette année, on est à 80%. La majorité d’entre eux, cet été, ont choisi la France comme destination.

Qu’est-ce que l’on a observé cet été ? Je vais prendre d’autres indications avant de vous dire cela. Les résultats Ile-de-France qui ont été communiqués récemment sont très bons et les perspectives pour septembre sont également bonnes avec une fréquentation touristique qui a augmenté d’1,9% au premier semestre avec une différence pour les hôtels à Paris. Je vous l’ai dit, il y a un instant.

Donc, ma première observation, c’est celle-là : nous allons en 2015 vers un nouveau record mondial pour le tourisme en France.

Ma deuxième observation, c’est de se demander pourquoi et d’essayer de voir quelle conclusion on peut tirer des grandes tendances observées pour le futur.

Sur les raisons, il y a des raisons, d’une part conjoncturelles qui expliquent ces bons chiffres.

Nous avons eu cet été des conditions météorologiques très favorables. Nous avons l’euro qui a baissé. Nous avons, malheureusement, l’insécurité redoutée dans les pays du sud, avec un report donc de clientèle, qu’il s’agisse des touristes étrangers ou des touristes français vers la France. Et ces éléments-là ont évidemment joué fortement.

Mais je considère que ces résultats sont aussi le fruit des efforts déployés par les professionnels - que je veux vraiment remercier - et aussi par un certain nombre de mesures que nous avons déjà engagées, d’un climat général que nous avons créé autour du tourisme. Je vais citer quelques exemples :

Nous avons pris la décision, et elle est en application, de délivrer dans un certain nombre de pays du monde le visa en quarante-huit heures, ce qui évidemment demandait des changements d’organisation. Cela concerne, pour la France, déjà plus d’un tiers des visas que nous délivrons. Mais les résultats sont là ! Pour la Chine, venant de Chine au cours du premier semestre, nous avons augmenté le nombre de nos visas de 56%et pour l’Inde de 65%, qui évidemment sont des résultats extrêmement favorables et prometteurs compte tenu de l’ampleur des populations de ces deux pays.

D’autre, part, même si les mesures dont je vais parler mettent un certain temps bien sûr à entrer en application, je crois que les dispositions que nous avons prises – que vous connaissez parce que vous êtes des spécialistes de ces questions – sur les pôles d’excellence, sur les contrats de destination, ont à la fois mobilisé les professionnels et ont eu un effet sur la clientèle. Par exemple, on a une diversification sur tout notre territoire qui est plus forte qu’auparavant. Vous savez que l’une des faiblesses du tourisme français, c’est que jusqu’à présent il était concentré sur la région Ile-de-France et sur la Côte d’Azur. Et, là, on commence à avoir des observations sur une diversité géographique plus grande favorisée par nos mesures ; ceci est excellent et prometteur.

De la même façon, on observe que les thèmes que nous avons soutenus, avec les professionnels, comme l’œnotourisme, l’écotourisme, ont beaucoup d’échos. Par exemple nous avons un développement considérable de l’œnotourisme pour découvrir le Bordelais avec la nécessité d’avoir des investissements hôteliers plus forts. Par exemple, dans ma propre région, en Normandie, il y a un développement important du cyclotourisme.

Et puis, nous avons, puisque je parlais de la Chine, un effet de nombre considérable, par exemple à Arles, d’un mois de juillet sur l’autre pour la Fondation Van Gogh nous avons une augmentation de 15% des entrées des touristes chinois. Je précise d’ailleurs que le Premier ministre chinois avait visité Arles et que ceci avait été largement répercuté dans son pays.

Pourquoi est-ce important ? Parce que l’une des forces du tourisme français, c’est que nous avons un gisement d’expériences touristiques dont la variété est unique. Jusqu’à présent, je le disais, les choses étaient trop concentrées ; j’espère que cette tendance nouvelle, que nous constatons, va se développer.

D’autre part, un certain nombre de mesures qui avaient été annoncées, en liaison avec les professionnels, soit sont entrés en application, soit ont contribué à créer un climat que je pense favorable.

Nous avons pris des dispositions importantes, en liaison avec le ministre de l’intérieur, sur la sécurité des touristes parce que c’était un reproche qui nous était fait, notamment en provenance des pays d’Asie.

Nous avons multipliés les opérations de promotion de la gastronomie française et un tiers des touristes qui viennent en France, viennent, selon leurs dires pour des raisons liées à la gastronomie.

Je dois saluer l’effort qu’ont fait les professionnels spontanément et à notre demande en matière de numérique. Or, l’expérience montre que de plus en plus ce sont à travers Internet et les grandes ou moyennes plateformes de réservation que les opérations se font. Et de ce point de vue-là le contrat de mandat va beaucoup nous aider.

Et puis il y a un climat général dans le comportement de la profession et dans le discours public très favorable au tourisme, avec des perspectives qui, là, ne sont pas encore en activité mais qui montrent bien notre volonté d’accueillir le touriste : le chantier Charles de Gaulle Express, la modernisation en cours de la Gare du Nord, etc.

Je termine en disant ceci : je m’exprime périodiquement sur le tourisme et, lors de ma dernière intervention, j’avais parlé de trésor national. Il s’agit d’un trésor national ! En matière économique, cela représente plus de 7% du produit intérieur brut et 2 millions d’emplois, et c’est un domaine dans lequel les avantages comparatifs de la France sont extraordinaires. Bien sûr, il y a des éléments conjoncturels dans ce succès, mais je pense qu’il y a aussi des éléments de fond. Donc, j’ai voulu vous donner ces premières indications. Le Conseil des ministres dressera un bilan plus complet d’ici quelques semaines. Mais d’ores et déjà je voulais donner cette tendance et saisir cette occasion pour remercier les professionnels.

C’est un effort continu. Les quatre domaines dans lesquels nous avons décidé de mettre l’accent sont l’accueil, le numérique, l’investissement et la formation, avec toute une série de mesures possibles. J’aurai l’occasion de revenir là-dessus le 8 octobre prochain puisque, dans cette maison, j’accueillerai la première conférence annuelle du tourisme où je réunirai l’ensemble des acteurs du tourisme pour faire le point sur ce qui a été mis en œuvre et sur ce qu’il reste à faire.

Voilà quelques éléments que je voulais vous communiquer et je suis à votre disposition.

Q – Vous avez donné quelques chiffres en termes de délivrance des visas. Vous avez évoqué la Chine et également l’Inde. L’Afrique : les rapports qui existent – rapport Védrine, rapport Bockel, également de Jacques Attali – montrent que l’Afrique est l’avenir de la France. En 2050, il y aura 2 milliards d’habitants, on ne voit pas l’Afrique par rapport à cela, parce qu’il y a des investisseurs, des jeunes talentueux qui montent, il y a aussi des gens qui ont un pouvoir d’achat ; comment se fait-il qu’il y a un gros problème pour la délivrance des visas en Afrique ?

R – Votre diagnostic est juste. Et c’est un point sur lequel on a beaucoup appelé mon attention au moment où je me suis installé dans cette maison.

Il y a plusieurs sortes de demandeurs de visas bien sûr. Vous avez les visas pour les étudiants, vous avez des visas pour les hommes d’affaires, pour les chercheurs, vous avez des visas économiques au sens large, vous avez des visas pour le tourisme. Et puis tous les pays ne sont pas dans la même catégorie car, bien sûr, il y a des pays avec lesquels nous avons des accords spécifiques.

Le mouvement général que nous allons à coup sûr améliorer c’est la rapidité de délivrance des visas, parce que la remarque nous est souvent faite : quand on regarde les chiffres, en général les visas sont accordés, la proportion d’accord des visas est considérable, mais il y a des procédures qui sont longues, qui sont parfois coûteuses, qui sont même vexatoires. Donc, nous avons pris une série de dispositions qui vont entrer en application petit à petit pour pouvoir délivrer les visas beaucoup plus vite. Et ce sera au bénéfice, comme vous l’avez souligné, à la fois de l’Afrique et de la France.

La semaine prochaine, je réunis la conférence des ambassadeurs, qui s’appelle maintenant la semaine des ambassadeurs, et j’aurai l’occasion d’annoncer toute une série de nouvelles mesures sur l’administration de mon ministère, dans le cadre d’une opération générale que j’appelle MAEDI21 - MAEDI, ce sont les initiales de ce ministère, ministère des affaires étrangères et du développement international – et il y a en particulier des dispositions que nous avons prévus de prendre avec Bernard Cazeneuve - parce que nous faisons cela avec le ministère de l’intérieur - pour les années qui viennent pour faciliter la délivrance des visas. Et ceci vaut en particulier bien sûr pour l’Afrique, dont je confirme avec vous qu’elle n’est pas simplement notre avenir pour demain et après-demain mais elle est déjà aujourd’hui un continent extraordinaire. Parfois, l’accent est attiré - et on le comprend - sur tel ou tel drame - et il y a des drames et des difficultés - mais il faut, en même temps que ces drames et ces difficultés, voir la potentialité extraordinaire de l’Afrique. Donc, la France veut être aux côtés de ses partenaires africains pour ce développement.

Q – Je m’étonne que vous n’ayez pas du tout mentionné les attentats du début de l’année. Cela veut-il dire qu’il n’y a pas eu du tout d’impact sur la fréquentation touristique en France ?

R – Il y a eu un impact au début de l’année et en particulier dans les hôtels de haute catégorie et en particulier sur la région parisienne. Ceci est très net lorsque l’on regarde les statistiques de fin janvier et du mois de février. Après, il est difficile d’apprécier si l’impact s’est poursuivi, c’est-à-dire : est-ce que, s’il n’y avait pas eu ces attentats, nous aurions eu des résultats encore plus forts ? C’est très difficile.

Mais c’est au début de l’année que cela été marqué et ensuite l’on doit constater que les chiffres, à l’exception d’une certaine catégorie d’hôtels parisiens, sont en général excellents, et je m’en réjouis bien sûr.

Q – J’avais deux questions. Vous dites que la France va vers un nouveau record mondial pour le nombre de touristes. Du coup, quelle pourra être l’augmentation que vous attendez du nombre de touristes ?

R – J’espère que l’on dépassera les 85 millions.

Mais, vous savez, c’est évidemment très important de rester en tête, et j’ai fixé l’objectif à terme de 100 millions, mais ce qui est aussi important c’est d’avoir des recettes touristiques, bien sûr, et des emplois correspondants. Or, à cet égard, nous ne sommes pas les premiers ; nous sommes, suivant les classements, troisième ou quatrième. Comment pourrions-nous arriver à avoir un meilleur classement pour les recettes touristiques, etc.? C’est en ayant des touristes, français ou étrangers, qui restent plus longtemps. Pour qu’ils restent plus longtemps, il faut à la fois qu’ils soient accueillis et qu’ils aillent dans la diversité de nos sites, parce que si tous les touristes se précipitent dans les mêmes sites, il y a un moment où cela pose un problème considérable, y compris pour le propre plaisir du touriste.

Donc, tout l’effort que nous faisons, c’est à la fois pour rendre possible l’accueil de plus grands nombres de touristes sur les sites connus, à la fois l’Ile-de-France, la Côte d’Azur, le Mont Saint-Michel, mais aussi pour diversifier l’accueil touristique. Et c’est en grande partie là-dessus que vont se jouer les chiffres futurs.

Q – Concernant les Français qui restent davantage en France cet été, peut-on avoir une idée, là encore, du nombre par rapport à l’an dernier ? Et combien de Français passent leur vacance en France ?

R – Pour les chiffres exacts, je reste prudent parce que d’abord il y a toujours un effet de retard entre le moment où se font les voyages et puis les comptabilisations, même si l’on fait en sorte d’accélérer les statistiques, parce que dans les dernières années les statistiques étaient données dans les deux ans à deux ans et demi de retard, ce qui n’a absolument aucun sens.

Donc, restons prudents sur les chiffres. C’est pourquoi sans doute, lorsque je ferai ma communication au conseil des ministres, j’aurai d’autres chiffres. Mais on a des ordres de grandeur. Je vous ai dit le nombre évalué de Français qui avaient des vacances, qui était passé de 75% à 80%. Faisons attention : en ce qui concerne les vacances d’été – j’allais dire des « vraies vacances » -, cela reste autour de 50% et c’est trop peu ; hier encore, nous avions l’opération du Secours populaire qui montre qu’il y a énormément de Français, adultes ou petits enfants, qui, malheureusement, ne peuvent pas partir en vacance.

Mais cette année, ce qui est remarquable - et on le constatera lorsqu’on verra les chiffres -, pour des raisons diverses, beaucoup de Français qui avaient l’habitude de partir pour l’étranger sont restés en France. Il peut y avoir plusieurs séries de raisons.

Une première série de raisons, c’est la même que pour les autres, c’est-à-dire que certains avaient l’habitude d’aller dans des pays du sud de la Méditerranée et, là, ils y ont renoncé compte tenu de la crainte qu’ils avaient d’attentats. Maintenant, cela devient d’autant plus, « facile » que c’est au dernier moment que l’on réserve et que l’on décide où l’on va ; donc, s’il y a une inquiétude, elle se manifeste immédiatement. Cet élément a certainement joué pour les Français comme pour les autres.

Il y a aussi la dimension de l’euro, qui est une bonne chose pour les touristes étrangers, mais qui est une moins bonne chose pour les touristes français si vous voulez aller à l’étranger.

Et puis, il y a les évolutions générales du pouvoir d’achat qui font que beaucoup de Français, plutôt que d’aller dans un voyage coûteux lointain, disent « on va aller en France ».

Je voudrais accroître cette tendance sur le thème : il faut que les Français découvrent la France. C’est souvent d’ailleurs, quand on est allé à l’étranger, qu’en revenant on dit : « quand même, chez nous c’est le plus beau pays du monde » etc. ; vous entendez ces remarques qui, pour être banales, n’en sont pas moins exactes.

Mais, là, cela pose à nouveau le problème de la diversité des sites et de l’augmentation des capacités d’accueil.

Concrètement, cela veut dire qu’il faut que nous parvenions, avec les professionnels, à développer les investissements dans le secteur de l’accueil – et vous savez que nous sommes en train de mettre sur pied avec la Caisse des Dépôts un fonds très important de 500 millions – j’aurai l’occasion d’en parler au mois d’octobre – pour aider l’investissement.

Cela veut dire l’accueil – c’est ce que j’ai mis en numéro un -, l’accueil des touristes étrangers, cela demande que l’on parle anglais etc. mais aussi la qualité de l’accueil qui compte énormément.

Cela veut dire les formes nouvelles du tourisme. J’ai parlé d’œnotourisme, de cyclotourisme. Les croisières fluviales : M. Maillot m’a remis un rapport sur les croisières maritimes et fluviales dont on commence à appliquer les mesures qui montre que nous avons un champ extraordinaire : la télévision plusieurs fois cet été a diffusé des reportages sur Marseille où il y avait beaucoup de paquebots ; elle aurait pu le faire aussi - je l’y invite - sur la Normandie où vous avez un développement des croisières fluviales et des croisières maritimes.

Et ce thème ne doit pas s’appliquer simplement à la nourriture mais peut s’appliquer au tourisme, c’est-à-dire que les Français, sans chauvinisme, découvrent la France, s’approprient la France et passent, pour tous ceux qui le souhaitent leurs vacances en France.

Voilà tout ce qu’il y a à jouer. Donc, il y a des motifs généraux qui jouent pour tous les touristes et puis il y a des motifs spécifiques pour les Français et j’espère que cette clientèle va se développer.

J’ajoute qu’en ce qui concerne les Européens qui, faisons attention aux chiffres, pour le moment, parmi les touristes étrangers, sont globalement la première catégorie, il y a des efforts à faire. Je vous ai cité des bons chiffres en ce qui concerne les Britanniques et les Hollandais, mais il y a des efforts à faire en ce qui concerne les Allemands, en ce qui concerne les Italiens, en ce qui concerne tel ou tel autre pays parce que ce sont des pays très proches de nous avec de grands potentiels économiques et culturels et parfois il y a un certain recul de la clientèle ; il faut donc que nous soyons plus offensifs.

Q - Vous avez parlé de développer les recettes. Par rapport à cela, est-ce que le projet de décret sur les zones touristiques internationales à Paris, pour le travail le dimanche, vous semble suffisamment ambitieux ?

R - J’en suis cosignataire et vous vous rappelez peut-être que c’est une idée lancée d’ici. Je pense que le travail que nous avons cherché, c’est de faire un travail équilibré, c’est-à-dire de bien correspondre à l’objectif qui des zones touristiques internationales.

Je pense que cela doit être positif, en apportant un service supplémentaire. Cela doit faciliter les touristes, c’est fait pour cela. En même temps, il est tout à fait normal qu’il y ait des compensations pour les salariés et des discussions doivent maintenant s’engager.

Je ne vais pas rentrer dans le détail de telle ou telle rue mais je pense que, dans l’ensemble, le travail qui a été fait - et il y a encore une consultation qui a lieu ces jours-ci - est un travail qui sera utile.

Q - (Inaudible)

R - Oui, le Comité régional du tourisme d’Ile-de-France a rendu publics ces chiffres. Je ne les ai pas en mémoire, mais vous les trouvez sans difficulté. Il faudrait sans doute différencier sur les lieux des hôtels, les catégories, etc., parce quand on parle de choses trop générales, on peut se tromper, mais il y a un effort supplémentaire à faire sur Paris intra-muros et il y a en revanche un développement sur la couronne. Certains mettent cela en rapport avec le développement de RB and B, etc. C’est un sujet sur lequel il faut réfléchir. De toutes les manières, il y a des évolutions : si les particuliers veulent aller dans telle ou telle condition de logement, c’est leur choix. Mais il est normal - c’est le rôle des pouvoirs publics - que les conditions de concurrence soient les plus équilibrées possible.

Vous savez que nous avons déjà, avec la profession, pris des dispositions puisqu’avant, sans rentrer dans le détail - je n’ai plus en tête exactement tous les éléments, il n’y avait pas de déclarations -, ils échappaient à tout paiement. Les choses sont rentrées dans l’ordre, en concertation bien sûr avec ces nouveaux modes d’accueil, mais peut-être y aura-t-il autre chose à faire. En tout cas, c’est sûrement un sujet dont il faut se saisir. Dans la conférence annuelle que je vais organiser, c’est sûrement un sujet que nous traiterons.

Je voudrais faire le point sur les mesures que j’ai déjà annoncées et mises en œuvre, lesquelles sont bonnes, lesquelles doivent être corrigées. Et puis, s’il y a de nouveaux efforts à faire…

Je veux vraiment - puisque j’ai le plaisir de vous avoir devant moi - remercier beaucoup les professionnels. Vous savez qu’il y a beaucoup de gens qui travaillent dans le secteur du tourisme et l’esprit dans lequel nous travaillons ensemble est vraiment excellent. Je continuerai à travailler avec eux dans ce même esprit.

Q - Monsieur le Ministre permettez-moi de vous demander si vous pouviez communiquer sur l’augmentation de plus de 50% d’augmentation d’autorisation de visas pour les touristes chinois

R - 56%.

Q - Est ce que vous pouvez nous communiquer encore des chiffres ? Vous savez qu’il y a plus de 100 millions de touristes chinois qui voyagent dans le monde entier chaque année.

R - L’objectif que nous nous sommes fixés, avec nos amis responsables chinois, est d’aller rapidement vers les 5 millions. Cette année, je pense que nous devons passer les 2 millions puisque nous étions - je parle de mémoire - à 1,7 million. Là nous allons passer les deux millions, mais il faut aller très vite vers les 5 millions. Le chiffre que vous nous avez donné est exact, 100 millions de touristes chinois avec une perspective considérable d’augmentation car il y a un développement de la classe moyenne en Chine.

On peut penser qu’il y aura, à un terme qui n’est pas très lointain, 300 millions de Chinois qui voyageront à l’extérieur. Et il est vrai que la France est le point d’entrée en Europe et il faut que cela continue.

Je dois dire que le fait que les relations soient excellentes entre les autorités chinoises et les autorités françaises, le fait que nous ayons eu beaucoup de visites de responsables français en chine et de responsables chinois en France, le fait que les visas aient été facilités, le fait qu’on ait insisté sur la sécurité, tout cela va dans le bon sens, mais je crois que nous sommes encore au début du processus. Je pense que dans peu de temps nos amis chinois seront parmi les tous premiers à venir en France.

Aujourd’hui nous avons des Européens, nombreux, nous avons des Américains, des Canadiens, des Chinois, des Brésiliens aussi, pas encore assez nombreux de l’ordre de 600000. Les Indiens étaient encore peu nombreux, 300000, mais leur effectif a augmenté de 65% cette année.

C’est bien, mais compte tenu de l’ampleur de la population chinoise et de la qualité de nos relations, le prochain objectif, que nous devons atteindre - qui est très ambitieux mais que nous atteindrons - est de 5 millions.

Et il y aussi un sujet important, le travail du dimanche. Les boutiques ouvertes le dimanche auront plusieurs zones

Q - Vous en avez un peu parlé : est-ce que l’on connait l’évolution du temps passé par un touriste étranger en France ?

R - Pour le moment je n’ai pas de chiffres à vous donner mais on a certainement une idée. Vous savez, dans la comptabilisation - je m’étais penché là-dessus l’année dernière - les choses sont extrêmement complexes. Dire que le Britannique qui va en Espagne et qui passe par la France est un touriste… D’une certaine manière, oui, mais s’il se dépêche de prendre l’autoroute et ne s’arrête que pour l’essence, c’est une autre chose. Il y a sûrement des statistiques que je n’ai pas en tête. En tout cas l’objectif est dans la diversité et dans l’attractivité de ce que l‘on propose pour mobiliser davantage les touristes pour qu’ils restent davantage en France.

Je vois ça par exemple dans la Normandie : le Mont-Saint Michel est une attraction considérable, mais il y a d’autres belles choses à voir en Normandie. Je pourrais vous faire l’article sur le musée des beaux-arts de Rouen, sur Honfleur, etc. Il faut bien sûr que l’on puisse accueillir les gens sur place sinon ils vont coucher à Paris, prendre un car, puis le train et revenir en fin d’après-midi. C’est très bien pour le Mont-Saint Michel mais ils n’auront pas vu les plages du Débarquement ou la diversité et ce qu’est le bocage normand. Pour cela, il faut qu’il y ait des installations, que ce soit organisé et c’est à cela que nous travaillons.

Il y a une autre dimension importante, ce sont les aéroports régionaux. Il faut que nous ayons des liens, que ce soit pour les grands lieux touristiques ou les croisières, de façon à ce qu’il puisse y avoir des liaisons aéronautiques entre tel pays source de tourisme et tel pays d’accueil. Sinon, si tout le monde est obligé de passer par Roissy ou, s’il n’a pas de liaison, les gens ne viennent pas. Dans ce domaine, nous sommes moins bien placés que les Espagnols. Et il faut aussi que ceci ait un coût abordable. Parfois, cela vient en contradiction avec les intérêts de tel ou tel compagnie, même nationale mais, parfois, il faut savoir faire l’équilibre. Et c’est notre rôle, au gouvernement, de faire l’équilibre. Et pour un certain nombre de destinations de provinces, la question de la desserte aérienne est fondamentalement décisive.

Par exemple - Mme parlait de la Chine tout à l’heure -, vous savez qu’une société chinoise a pris une participation importante à Toulouse - région que je connais bien aussi. S’il y a un flux important de Chinois qui vont vers le sud-ouest, cela va multiplier considérablement les échanges. Si on est obligé à chaque fois de passer par Roissy et de reprendre la navette pour aller à Toulouse, c’est plus compliqué. Cet élément-là est très important et n’est pas tout à fait satisfaisant.

Q - J’avais une dernière question concernant les ZTI. La mairie de Paris était assez surprise de voir la carte de ce projet de décret de ZTI car elle semblait penser qu’il y avait une surface plus importante que ce qui était prévu au départ.

R - Je n’ai pas eu l’occasion d’en discuter personnellement avec la mairie.

Q - Sur les voyages médicaux des touristes étrangers en France, selon les informations qui nous arrivent, il y a de plus en plus de Chinois qui vont à l’hôpital à l’étranger pour leur santé. Est-ce que la France prépare quelque chose à ce sujet pour l’accueil des Chinois ?

R - Sur la spécificité chinoise, je ne saurai pas vous répondre. En revanche, sur la question générale, la réponse est oui. J’ai lancé avec Mme Touraine, il y a déjà quelques mois, une réflexion sur ce sujet. La médecine française est connue pour être l’une des meilleures au monde. Pendant très longtemps, là dans mon antichambre, j’avais un exemplaire du cœur artificiel qui est fabriqué par un chirurgien et une firme française. Nous avons une excellente réputation à travers le monde. Il est vrai qu’en ce qui concerne ce que l’on appelle la patientèle étrangère, disposant souvent d’un pouvoir d’achat important, les choses n’étaient pas organisées pour accueillir cette clientèle qui allait et qui va encore, du même coup, majoritairement en Allemagne, dans certains pays du Moyen-Orient - quitte d’ailleurs à ce que ce soient des chirurgiens français - et pas en France.

J’ai pris le problème à bras-le-corps, j’ai confié un rapport à M. Jean de Kervasdoué, qui est un ancien directeur des hôpitaux et qui est un entrepreneur qui connaît bien ces sujets. Il nous a fait un rapport et, à partir de ce document, j’ai travaillé avec Mme Touraine, la ministre de la santé, et avec les professionnels pour arriver à mettre au point un certain nombre de décisions.

Nous avons fait récemment une réunion avec toutes ces personnalités, l’Assistance publique de Paris, l’hôpital privé, l’hôpital public, etc. Nous sommes arrivés à prendre les premières dispositions qui vont avoir, je crois, un impact assez fort dans les années qui viennent. Cela posait un problème - vous connaissez la France - un petit peu aussi psycho-politique, c’est que certains, au départ, nous disaient : « Mais comment ! Faire venir une clientèle étrangère riche, cela va être au détriment de l’hôpital français et, du coup, on ne va plus pouvoir traiter les patients français ». Nous avons traité ces problèmes. Il n’y a aucune contradiction, bien au contraire, parce que ce sont des ressources supplémentaires pour les hôpitaux. C’est déjà fait pour la cancérologie, cela pourrait être fait plus largement.

Les premières mesures ont donc été prises, avec des éléments d’information, et je pense que le public chinois, comme d’autres pays, vont pouvoir venir de plus en plus se faire soigner pour des pathologies spécifiques en France.

Il ne faut pas que ce soient simplement les patients, il y a aussi un travail à faire avec les étudiants de ces pays pour qu’ils puissent venir se familiariser avec l’hôpital français, éventuellement d’ailleurs commencer à travailler dans l’hôpital en France avant de repartir, et entretenir un lien permanent avec les médecins et les chirurgiens français.

C’est donc certainement quelque chose qui va se développer. Il y a l’impulsion politique. Il y a l’accord de la profession, ce qui était très important, on ne peut pas faire les choses contre les uns et les autres.

Vous allez voir - ce n’est pas une question de semaines, mais plutôt une question de mois et d’années - un développement important qui va vraiment donner sa pleine place au meilleur de la médecine française.


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