Les enjeux et défis à relever
Les dispositifs de prévention et de gestion des crises alimentaires des pays du CILSS étaient, dans leur conception, orientés sur la prise en compte des causes directes des crises alimentaires telles qu’elles ont été perçues et médiatisées. Ils visaient principalement à anticiper l’impact de chocs ponctuels sur l’accès des ménages à l’alimentation. Les réponses proposées étaient surtout des réponses d’urgence (aide alimentaire, vente de céréales à prix modérés à partir de stocks nationaux, distribution de semences par exemple). Les causes sous-jacentes de la vulnérabilité et les interventions structurelles visant à réduire les risques ou leurs incidences relevaient d’autres dispositifs et programmes.
De nouveaux enjeux pour les dispositifs de réponse aux crises
Les crises les plus récentes ont mis en évidence des facteurs de détresse alimentaire jusqu’à présent sous-estimées. Ainsi, les ménages sont insérés dans des échanges qui les rendent dépendants de l’évolution des marchés plus que de leur niveau de production. Les revenus non-agricoles dans les ressources des ménages ruraux, notamment l’ampleur des revenus des migrations et des réseaux familiaux en exode, sont essentiels. L’interconnexion des économies agricoles et alimentaires des pays sahéliens et des pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest est devenue plus forte à la faveur de politiques régionales (lien vers la fiche intégration régionale et politique agricole). Le périmètre national n’est donc plus pertinent pour analyser les déterminants des crises.
La crise alimentaire de 2005 au Niger a aussi confirmé le caractère multidimensionnel du phénomène et les liens avec les situations sanitaires et l’environnement social. Les difficultés à caractériser cette crise selon la grille de lecture habituelle ont montré l’urgence d’une révision de l’approche qui privilégiait les disponibilités et l’échelle nationale, le suivi des seuls déterminants conjoncturels, et le besoin d’améliorer la compréhension du fonctionnement des marchés dans l’espace régional. Les dispositifs tant nationaux que régionaux, se sont révélés peu adaptés pour anticiper cette crise et fournir aux décideurs nationaux et internationaux les éléments permettant d’y répondre.
De surcroît, les dispositifs actuels sont inadaptés au monde urbain : les instruments ont été conçus pour les crises en milieu rural et seulement quelques opérations de transferts monétaires et de coupons alimentaires ont eu lieu en Afrique de l’ouest, en retard sur les initiatives latino-américaines. Enfin, les dispositifs sont très inégalement développés selon les pays. En Afrique de l’Ouest, de tels dispositifs n’existent pas hors des pays du CILSS.
Finalement, les dispositifs de prévention et gestion des crises doivent évoluer dans le sens d’une meilleure prise en compte des dimensions liées à l’accessibilité et aux risques de marché tant régionaux qu’internationaux dans le déclenchement des crises alimentaires et l’intégration des facteurs structurels de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle. Il faut compléter les instruments pour assurer une meilleure connaissance des dynamiques de marché et des stratégies des différents acteurs concernés. Il convient aussi d’intégrer la politique commerciale extérieure et la régulation des marchés vivriers parmi les instruments de réponse aux crises alimentaires.
Les contributions de la France aux dispositifs de réponse aux crises
Au cours des 30 dernières années, la France a orienté ses appuis aux dispositifs de prévention et gestion des crises alimentaires en Afrique selon 2 axes :
un appui aux dispositifs régionaux et nationaux dans les pays du CILSS de façon continue depuis sa création en 1973. Cet appui s’est traduit par une assistance technique aux organisations régionales et dispositifs nationaux. La France a mobilisé des subventions au profit de ces organismes et pour des programmes régionaux portant sur des méthodes et des outils de prévention et de gestion des crises alimentaires. Elle a participé aux plate-formes de concertation entre bailleurs comme le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest. Indirectement, le financement de projets techniques relatifs à la lutte contre la désertification, pilotés par le CILSS, ont contribué à la consolidation de ce dernier et de ses services techniques ;
des contributions aux réserves alimentaires. Ces contributions ont été variables et ont représenté de 2 à 17 % des montants d’aide alimentaire au cours des années 2000. Mais cette aide peut également prendre la forme d’une aide budgétaire comme c’est désormais le cas pour le Burkina Faso, dont une partie est affectée à la reconstitution des réserves.
L’Agence française de développement doit par ailleurs financer à partir de 2010 un programme d’appui régional tenant compte des inflexions nécessaires. Il s’agit de cesser d’appréhender l’analyse régionale par une addition de situations nationales, mais d’améliorer les capacités d’aide à la décision politique dans tous les domaines qui ont un impact sur la sécurité alimentaire : régulation des marchés, commerce extérieur, fiscalité, redistribution etc.
Mise en ligne : 4.02.10
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