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Discours de M. Laurent Fabius - Conférence Générale de l’UNESCO (Jeudi 7 novembre 2013)

Monsieur le Président de la Conférence générale,

Madame la Présidente du Conseil exécutif,

Madame la Directrice générale,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

Cette année, c’est le ministre des Affaires étrangères qui conduit la délégation française à la Conférence Générale. Ma présence veut marquer l’attention particulière que la France entend manifester envers l’UNESCO, organisation clef du système des Nations Unies dont nous avons l’honneur d’accueillir le siège à Paris. Avec une raison supplémentaire pour notre attention : l’UNESCO traverse une période difficile.

Mesdames et Messieurs,

Dans cette situation, je veux dire que nous avons confiance en la capacité de l’UNESCO d’avancer, grâce à vous tous, grâce à la communauté de femmes et d’hommes compétents et passionnés qui constituent votre Secrétariat et grâce au courage de votre Directrice générale. Le Conseil exécutif a souhaité, Madame, que vous soyez reconduite dans vos fonctions et je veux, au nom du gouvernement français, vous en féliciter. Nous pensons que l’UNESCO doit contribuer à répondre à au moins cinq grands défis.

1) Le premier, c’est de promouvoir la culture dans un monde où elle est souvent négligée et pillée. La culture est un facteur de liberté, de démocratie et de développement durable, parce qu’elle relie les sociétés à leur histoire et à leur territoire, parce qu’elle les libère, parce qu’elle les éclaire sur les choix qu’elles ont à faire. L’UNESCO doit remplir pleinement sa mission de promotion de la culture dans le monde.

Concrètement, cela implique d’encourager la création et la diffusion des œuvres. Cela passe par la préservation du patrimoine culturel, notamment dans les pays en guerre, patrimoine essentiel pour la reconstruction. Je salue l’action de l’UNESCO, notamment, au Mali. Cela implique aussi de lutter contre le trafic des biens culturels. Cela conduit à assurer la place de la culture dans les grandes négociations internationales, ce qui vaut notamment pour la préparation de l’agenda du développement des Nations Unies pour l’après-2015. Bref, la dimension culturelle doit donc être prise en compte partout.

2) Il s’agit aussi, deuxième défi, de répondre au péril climatique et environnemental. Comme vous le savez, la France devrait accueillir fin 2015 la grande Conférence internationale sur le dérèglement du climat. Cette réunion sera décisive. Nous sommes mobilisés. Je souhaite que l’UNESCO utilise son expertise pour la préparation de Paris Climat 2015, notamment en matière scientifique. Je propose aussi que nous puissions travailler à des initiatives communes en matière d’éducation aux enjeux écologiques et environnementaux.

3) Troisième défi : garantir la diversité culturelle et linguistique à l’heure d’internet. La montée en puissance des acteurs globaux de l’internet bouleverse les pratiques et le financement de la création. Les frontières physiques, douanières, fiscales deviennent inopérantes. Nous devons proposer, pour les nouveaux espaces numériques de diffusion, une déclinaison opérationnelle des principes de la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Il s’agit de nous doter ensemble, acteurs publics et privés, au niveau global, des moyens de soutenir la création culturelle et de protéger la diversité indispensable. J’espère que cet enjeu fera l’objet d’un consensus.

4) Promouvoir l’éducation et particulièrement celle des filles : le rôle de l’UNESCO en matière d’éducation est décisif, c’est le quatrième défi. Nous comptons sur l’UNESCO pour agir dans les pays en développement, particulièrement en faveur de l’éducation des filles. Nous savons que la scolarisation est un accélérateur de développement, un lieu d’accès à la citoyenneté et un outil essentiel de diversité culturelle et linguistique. La France souhaite travailler avec l’UNESCO à une initiative en faveur du multilinguisme dans le domaine de l’éducation, favorisant l’enseignement de deux langues étrangères dans le système éducatif.

5) Dernier défi : nous voulons promouvoir partout la liberté d’expression. Nous souhaitons que soient étendus les programmes de l’UNESCO relatifs à la liberté d’expression, à la formation des journalistes, à la mise en place de législations pour le secteur des médias dans les pays en transition démocratique. Je pense notamment au « Plan d’action des Nations Unies pour la sécurité des journalistes et la question de l’impunité », dont l’UNESCO assure la coordination. Nous constatons que la censure est toujours active dans certaines régions du monde. La recrudescence des violences visant les journalistes - je pense évidemment avec émotion aux deux journalistes de RFI récemment enlevés et assassinés au Mali - constituent des atteintes inacceptables à la liberté de s’exprimer et d’informer.

Mesdames et Messieurs,

Sur ces sujets et sur d’autres, la France entend être force d’action et de proposition. Je donnerai mission à cette fin à notre Délégation permanente et à la Commission nationale française pour l’UNESCO, dans une version restructurée. Elles devront mobiliser la société civile, favoriser les partenariats avec les institutions culturelles et éducatives, envisager des financements innovants. Elles seront chargées de me faire des propositions dans les domaines que j’ai mentionnés.

Mesdames et Messieurs,

En 1945, la France était représentée à la conférence fondatrice de l’UNESCO par une haute personnalité qui croyait profondément au rôle de la culture, du savoir et de la science au service de l’émancipation. Cet homme d’Etat s’appelait Léon Blum, qui considérait que « chaque siècle a sa tâche dont les autres ne sauraient s’acquitter pour lui ». Et il ajoutait : « il faut se mettre en harmonie avec les lois profondes de l’univers et non pas avec les préjugés et les habitudes qui en voilent le véritable sens. » Cette sagesse active, c’est toujours la mission de l’UNESCO. La France est fière d’avoir l’UNESCO sur son sol. Elle est profondément attachée à votre mission. Merci.


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