Méditerranée - Migrants - Participation de Laurent Fabius à la réunion extraordinaire de Luxembourg (20 avril 2015)

Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères et du Développement international qui était en déplacement à Washington pour la réunion MEF (Major Economies Forum) sur la COP 21 a décidé, compte tenu de la gravité des événements récents, d’écourter son déplacement.

Il a donc participé à la réunion extraordinaire sur les migrants de la Méditerranée qui s’est tenue à Luxembourg.

Pour en savoir plus : voir la vidéo de la déclaration conjointe de Laurent Fabius et Bernard Cazeneuve

Déclarations du Ministre des Affaires étrangères et du développement international, Laurent Fabius, et du Ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, à l’issue du Conseil extraordinaire de l’UE sur les migrants en Méditerranée (Luxembourg, 20 avril 2015)

Laurent Fabius : La situation en Méditerranée est d’une gravité exceptionnelle et c’est le sens de la réunion qui vient de se tenir, à laquelle participaient les ministres de l’Intérieur, donc Bernard Cazeneuve, et les ministres des Affaires étrangères, donc moi-même.

La cause de ce drame terrible, vous la connaissez, c’est à la fois l’addition de la misère, du trafic, et de l’anarchie politique dans un certain nombre de pays. Et donc le Commissaire Avramopoulos a proposé 10 mesures qui, nous l’espérons, vont être efficaces, même si , il faut bien le dire, les choses sont extrêmement difficiles.

Parmi ces mesures, il faut appeler l’attention en particulier sur la volonté de détruire, je dis bien détruire, les bateaux des trafiquants, bien évidemment avant que ces bateaux n’accueillent les migrants, et sur une lutte -d’une manière générale- extrêmement déterminée contre le trafic, parce que les passeurs, et ceux qui les financent, sont des criminels.

Et puis il y a aussi des mesures en direction des pays d’origine, parce que ces pauvres gens ne viennent pas de nulle part. Et donc il faut avoir des contacts, des actions, avec les pays d’origine.

Puis, quand ils arrivent sur le sol européen, il faut faire la distinction entre ceux qui ont droit à l’asile - et bien évidemment il faut que cet asile soit organisé dans les différents pays - et puis ceux qui viennent pour des raisons économiques et qui ne pourront pas rester sur le sol européen.

En tout cas la détermination de la France est totale. Nous ne pouvons pas accepter que la Méditerranée se transforme en cimetière, et c’est le sens des actions que nous menons.

Est ce qu’il ne faut pas renforcer les moyens de Frontex et de la Mission Triton en particulier ?

Bernard Cazeneuve : Oui, en complément de ce que vient d’indiquer le ministre des Affaires étrangères et pour répondre à votre question, nous avons essentiellement insisté sur quatre points.

D’abord non pas la nécessité de changer la nature de Triton, qui est à la fois une opération de contrôle des frontières extérieures de l’UE, en même temps qu’elle est une opération qui doit conduire les moyens mobilisés à intervenir en cas de naufrage, parce que le droit de la Mer s’applique à Triton. Donc il faut plus de moyens, plus de bateaux. Nous avons d’ailleurs tous convergé pour indiquer que cette allocation de moyens supplémentaires était nécessaire pour sauver des vies et pour permettre aussi à Triton de remplir le mandat qui lui a été donné à l’origine.

Deuxième point, comme le disait Laurent Fabius à l’instant, il faut lutter de façon très forte contre les filières de l’immigration irrégulière. Il y a une convention internationale qui a été prise à Palerme en 2000, à laquelle a été ajouté un protocole concernant la traite des êtres humains. Il faut que cette convention soit appliquée de façon rigoureuse dans tous les Etats, et qu’il y ait une véritable pénalisation dans tous les Etats du comportement de ceux qui se livrent à cette traite des êtres humains, où qu’ils se trouvent, et ça c’est un élément très important, par delà la coopération entre les services de police et de renseignement pour atteindre l’objectif de la lutte contre les filières de l’immigration irrégulière.

Et pour ce qui concerne la destruction des bateaux, elle sera d’autant plus efficace que nous aurons un véritable travail de coopération entre les polices pour identifier les filières de l’immigration irrégulière et procéder à la destruction de ces bateaux.

Troisièmement, il y a un travail à faire à partir des pays de provenance. Plus nous parviendrons à nous organiser, notamment avec l’OIM, pour faire en sorte que ceux qui relèvent de l’asile soient identifiés dès les pays de provenance, moins il y aura d’espace laissé à ces acteurs de l’immigration irrégulière, et plus nous sécuriserons le déplacement de ceux qui relèvent de l’asile en Europe –et ça c’est un point très important sur lequel nous sommes également tombés d’accord.

Enfin il faut aussi muscler Triton et y adjoindre éventuellement des moyens des différents Etats en Italie, là où arrivent les migrants, pour pouvoir distinguer, comme le disait Laurent Fabius à l’instant, ceux qui relèvent de l’asile et ceux qui relèvent de l’immigration irrégulière. Si nous voulons bien accueillir les migrants qui relèvent de l’asile, il faut pouvoir, dans le cadre d’accords très étroits avec les pays notamment d’Afrique de l’Ouest, organiser dans des conditions humaines le retour de ceux qui relèvent de l’immigration irrégulière.

Laurent Fabius : Vous le voyez, c’est une série de 10 décisions tout à fait précises. Maintenant il ne faut pas se cacher qu’elles seront à la fois d’application ferme mais difficile, parce que c’est un problème extraordinairement difficile, et on aura besoin de toute l’énergie des chefs d’Etats et de gouvernements, qui vont se réunir jeudi, pour donner encore plus d’impulsions politiques à ces décisions que nous avons prises aujourd’hui.

Merci.

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