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Communiqué conjoint Troisième réunion ministérielle informelle du « Groupe Méditerranée » Limassol, Chypre, (25 et 26 février 2016)

La troisième réunion ministérielle informelle du « Groupe Méditerranée » a donné aux ministres des affaires étrangères de Chypre, d’Espagne, de Grèce, d’Italie, de Malte, du Portugal et au secrétaire d’Etat de la France l’occasion de procéder à un échange d’avis sur des aspects pertinents de la multitude de crises interconnectées affectant l’Union européenne et ses citoyens, à la fois dans notre voisinage et au-delà.

1. Le soutien au processus politique en Syrie et à la stabilité du Liban

Les ministres ont discuté des relations complexes entre les pays du Moyen-Orient, ainsi que de la manière dont le processus politique syrien était affecté par l’implication directe ou indirecte de ces pays dans le conflit.

Les ministres ont notamment souligné qu’il ne pouvait y avoir de solution militaire au conflit syrien. La communauté internationale et tous les acteurs concernés doivent soutenir les efforts diplomatiques en vue d’un règlement politique du conflit à travers le processus de Vienne et les pourparlers de Genève sous l’égide de l’ONU et renoncer à toute action (en particulier militaire) susceptible de nuire à la transition. Le règlement politique du conflit doit répondre aux préoccupations légitimes du peuple syrien. A cet égard, les participants ont rappelé qu’une paix durable était impossible avec les dirigeants actuels ; ils ont également réaffirmé leur soutien à la souveraineté, à l’unité et à l’intégrité territoriale de la Syrie ainsi qu’à un processus politique véritablement inclusif, de manière à mettre en place un gouvernement démocratique, inclusif, pluraliste et non-sectaire qui réponde aux aspirations légitimes du peuple syrien.

L’UE doit contribuer activement et directement à la résolution du conflit syrien, compte tenu de l’impact de la crise sur l’Union et ses Etats membres.

Rappelant les résolutions 2254 et 2258 du Conseil de sécurité des Nations-Unies, les ministres ont salué les engagements pris par le Groupe international de soutien à la Syrie réuni à Munich les 11 et 12 février. Ils ont souligné combien il importe que les parties mettent en œuvre intégralement ces engagements, notamment par la cessation immédiate des hostilités dans l’ensemble du pays. Ils ont également souligné que toutes les parties devaient mettre fin immédiatement et sans condition à toutes les attaques contre la population civile, permettre aux agences humanitaires un accès rapide, sûr et sans entrave à l’ensemble du territoire syrien et autoriser l’acheminement de l’aide humanitaire d’urgence à toutes les personnes dans le besoin.

En ce qui concerne le Liban, les ministres ont insisté sur l’importance pour le pays d’élire un Président conformément au processus constitutionnel et de disposer d’un gouvernement entièrement opérationnel, capable de faire face aux difficultés urgentes auxquelles le pays est confronté dans le domaine économique et de la sécurité. Les partis libanais sont encouragés à adhérer à la déclaration de Baabda et à la politique libanaise de dissociation du conflit syrien. Dans ce contexte, les ministres ont salué le résultat de la conférence pour le soutien de la Syrie et des pays voisins tenue à Londres le 4 février dernier.

Les ministres ont également mis en évidence le rôle important que l’UE et ses Etats membres doivent jouer pour soutenir activement la résilience du Liban et de la Jordanie face aux conséquences du conflit dans la région et renforcer la capacité de leurs institutions dans les domaines de la lutte contre le terrorisme et de la sécurité. En ce qui concerne le soulagement des pressions socio-économiques qui pèsent sur le Liban et la Jordanie en raison de la crise humanitaire syrienne actuelle, les ministres se sont penchés sur diverses mesures, notamment commerciales, qui pourraient donner aux communautés d’accueil les moyens d’agir et améliorer les conditions de vie des réfugiés. Ils ont également exprimé leur soutien aux efforts fournis par la Commission européenne dans la préparations de contrats « globaux » avec ces pays.

2. L’évolution récente de la situation en Libye et les actions de l’UE en matière de lutte contre le terrorisme et de migration dans le contexte élargi de l’engagement de l’Union dans le pays et dans le Sahel.

Les ministres ont discuté de la situation politique en Libye et ont exhorté les Chambre des députés à approuver le gouvernement d’union nationale récemment proposé, tout en soulignant la nécessité que ce gouvernement opérationnel prenne ses fonctions à Tripoli le plus tôt possible. Cela faciliterait entre autres les efforts du peuple libyen et de la communauté internationale visant à rétablir la stabilité dans le pays. Les ministres ont déclaré que des mesures pourraient être prises à l’encontre de ceux qui seraient jugés responsables d’entraver une telle solution. Un gouvernement d’union nationale représenterait également un partenaire essentiel pour traiter efficacement les menaces et les difficultés qui pèsent sur la Libye, parmi lesquelles le terrorisme, et ce notamment au vu de la présence croissante de Daech et d’autres groupes extrémistes sur son territoire.

Les ministres ont exprimé leur soutien en faveur de la récente prolongation du mandat de l’EUBAM Libye, ainsi que de l’engagement pris par l’UE de soutenir les autorités libyennes dans des domaines tels que la réforme du secteur de la sécurité. Les participants étaient d’accord sur le fait que le vide politique en Libye était exploité par des réseaux criminels utilisant la Libye comme terre de transit entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe pour leur traite d’êtres humains qui fait des centaines de morts en mer. Bien que l’opération EUNAVFOR Med de la politique de sécurité et de défense commune de l’UE ait été une avancée positive dans la lutte contre ces réseaux criminels, une réponse globale faisant usage de l’ensemble des outils dont dispose l’UE est nécessaire.

Les ministres ont également examiné les liens élargis entre la Libye et le Sahel en matière de sécurité et discuté du vide sécuritaire transfrontalier, qui fournit aux organisations terroristes un espace dans lequel proliférer. Le renforcement de la sécurité dans le Sahel demeure un objectif essentiel de l’UE et la stabilité du Mali est importante à cet égard. La nature transnationale de la menace pour la sécurité dans le Sahel appelle une approche régionale inclusive, telle qu’énoncée dans la stratégie intégrée de l’Union européenne pour le Sahel. Les ministres ont souligné qu’il importe de poursuivre la mise en œuvre de cette stratégie et du plan d’action régional en faisant usage de tous les instruments de l’UE pertinents à cet égard, notamment les trois missions de la politique de sécurité et de défense commune dans la région, le représentant spécial de l’UE pour le Sahel, ainsi que de nouvelles initiatives comme le renforcement des capacités en faveur de la sécurité et du développement ou encore la mise en place d’une collaboration étroite avec des organisations régionales comme le G5 Sahel.

3. Migrations

En ce qui concerne les migrations, et en s’appuyant sur les déclarations conjointes précédentes du « Groupe Méditerranée », les ministres se sont exprimés sur la priorité que constituait la continuité de leur engagement basé sur les principes de la solidarité, de l’approche humanitaire et de la protection des frontières extérieures de l’UE dans le plein respect des obligations prévues par le droit international. Les ministres ont réaffirmé leur conviction partagée que les migrations restent la plus grande difficulté, susceptible de mettre à l’épreuve l’unité de l’UE et sa capacité à faire face à un problème international de manière compatible avec les valeurs et les principes fondamentaux de l’Union ainsi que les dispositions du droit international.
Des actions unilatérales de la part des États membres ne sauraient représenter de solution à cette crise, qui requiert une approche globale et systématique à l’échelle de l’UE. Les ministres ont rappelé les développements positifs au sein de l’UE et les décisions prises lors des Conseils européens d’octobre et de décembre 2015. Ils ont également salué les accords conclus lors du Conseil européen de février 2016.

En tant que représentants d’Etats en première ligne, ils ont souligné la nécessité de réformer le cadre actuel de l’UE de manière à assurer une politique d’asile efficace et de traiter la crise migratoire comme une priorité, d’endiguer les flux migratoires irréguliers (notamment par l’application rapide et intégrale du plan d’action UE-Turquie), de rendre les centre d’accueil entièrement opérationnels, et de mettre pleinement en œuvre les décisions de relocalisation et de réadmission ainsi que les mesures visant à assurer le retour effectif des populations. Ils ont salué les rapports détaillés de la Commission européenne et de la présidence, de même que les 14 éléments fondamentaux définis dans le rapport de la présidence, et souligné que tous les Etats membres de l’UE devraient œuvrer à l’application entière et non-sélective de chacun de ces 14 éléments.

Ils ont rappelé qu’il était nécessaire que tous les membres de l’espace Schengen appliquent entièrement le Code frontières Schengen en pratiquant le contrôle aux frontières de toute personne traversant les frontières extérieures de l’UE, tout en tenant compte des spécificités des frontières maritimes.

4. Les relations institutionnelles entre l’UE, les partenaires du sud de la Méditerranée et le monde arabe.

Les ministres ont discuté ce point en présence du secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée (UPM), M. Fathallah Sijilmassi. Les points de vue ont convergé sur le fait que les différents formats de partenariats pourraient être mieux utilisés et calibrés, de manière à refléter les défis communs auxquels l’Europe et ses partenaires du sud de la Méditerranée sont confrontés, idée qui s’appuie également sur les discussions tenues lors de la réunion ministérielle informelle de l’UPM de novembre 2015 à Barcelone. Les crises actuelles en Syrie et en Libye, les flux migratoires irréguliers vers l’Europe, ainsi que d’autres questions d’intérêt commun telles que l’énergie, l’éducation et l’emploi des jeunes ont démontré que le multilatéralisme entre l’UE et ses partenaires du sud de la Méditerranée pouvait être encore largement amélioré, en prenant également en compte les résultats du Sommet de La Valette de novembre 2015.

Les ministres sont également convenus de la nécessité de renforcer les relations de l’Union et de ses Etats membres avec la Ligue des Etats arabes ; à cet égard ils se sont félicités du dialogue stratégique lancé en novembre 2015 entre les deux organisations. Le rôle important des bureaux de la Ligue des Etats arabes au sein du Groupe Méditerranée a également été souligné. Les ministres attendent avec intérêt la prochaine réunion ministérielle entre l’UE et la Ligue des Etats arabes, prévue au Caire en avril 2016.

Les ministres ont pris acte des efforts considérables fournis par l’UE dans l’élaboration de stratégies concernant la région (lutte contre le terrorisme, etc.) mais ont reconnu que plus d’importance devait être accordée à la politique extérieure de l’UE à destination de ses partenaires et des organisations du sud de la Méditerranée. Une approche plus synergique doit être visée, par laquelle l’UE et ces partenaires échangeraient leurs idées et leurs opinions, ce qui rendrait le travail de l’UE plus pratique et réalisable. La récente révision de la politique européenne de voisinage offre une nouvelle base permettant de développer encore le potentiel des organisations régionales, notamment de l’Union pour la Méditerranée, pour renforcer la coopération entre l’UE et ses partenaires du sud de la Méditerranée.

Les ministres ont néanmoins reconnu qu’une coopération plus solide en matière de sécurité entre l’UE, ses partenaires du sud de la Méditerranée et les organisations régionales multilatérales était nécessaire, et que l’UE et ses Etats membres devaient s’engager plus activement dans ce domaine.


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