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Discours de Laurent Fabius - Présentation du rapport du GIEC (30 septembre 2013)

Monsieur le Président du GIEC,
Mesdames et messieurs les ministres, parlementaires et experts,
Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

Il y a devant nous un précipice : le grand dérèglement climatique. Nous pouvons encore l’éviter mais si nous restons inertes ou insuffisamment actifs, le précipice s’ouvrira sous nos pas. Les températures pourraient croître non pas de deux degrés mais de près de cinq degrés au cours du XXIème siècle, avec des conséquences irréversibles. Cela provoquera des bouleversements, parfois des désastres, qui toucheront des centaines de millions de personnes.

C’est le sens de cette demi-journée d’échanges autour du premier volume du rapport de synthèse du GIEC. Je vous remercie d’être présents aujourd’hui au Quai d’Orsay, en particulier M. Rajendra PACHAURI, le Président du GIEC, ainsi que les scientifiques qui ont participé aux travaux.

Les enjeux climatiques globaux ne sont pas seulement une compétence du Quai d’Orsay qui doit organiser la conférence Paris Climat 2015, ils sont pour moi une priorité personnelle. J’ai souhaité que nous puissions avoir, dès la publication du rapport, cet échange afin de prendre la pleine mesure de l’état de notre planète et de notre responsabilité d’agir.

Le rapport souligne la nécessité et l’urgence d’une mobilisation accrue de tous les pays en faveur de la lutte contre le dérèglement climatique. Comme l’a montré la première table-ronde, les changements observés depuis 1950 sont sans précédent sur de telles échelles de temps. Chacune des trois dernières décennies (80-90, 90-2000 et 2000-2010) a été plus chaude que toutes les décennies précédentes depuis 1850. Entre 1971 et 2010, les océans se sont réchauffés et acidifiés. Les calottes glaciaires et les glaciers à l’échelle du globe continuent de diminuer et le niveau de la mer de s’élever. Bref, le dérèglement climatique, parfois visible à l’œil nu, ne peut pas être contesté sérieusement.

* *

Mesdames et Messieurs,
Le rapport du GIEC est un nouvel appel à l’action. Il montre aussi qu’il n’est pas trop tard pour agir et qu’une inversion de la trajectoire des émissions globales de CO2 est encore possible. Le scénario du GIEC le plus optimiste estime qu’il serait possible de limiter la hausse de température moyenne à la surface de la terre à 2°C au-dessus de la valeur préindustrielle, mais pour y parvenir, une mobilisation collective de grande ampleur est nécessaire ainsi qu’une transformation rapide et profonde de nos modes de production et de consommation au bénéfice de tous. La France est engagée dans cette démarche. Le Président de la République a confirmé cette orientation lors de la conférence environnementale. Et comme Pascal Canfin vous l’a dit, notre politique d’aide au développement est de plus en plus orientée pour accompagner les pays émergents et en développement vers des économies bas-carbone.

La conférence Paris Climat 2015 sera une étape essentielle de cette mobilisation. Conformément à la feuille de route fixée à Durban, nous visons un accord applicable à tous, juridiquement contraignant et ambitieux, c’est-à-dire permettant de respecter la limite des 2°c.

Après le protocole de Kyoto en 1997, contraignant mais qui n’engageait qu’un nombre limité de pays développés, après les engagements volontaires pris à Copenhague et Cancun par un plus grand nombre de pays, il nous faut en effet parvenir désormais à un accord contraignant qui engage tous les pays, en fonction, bien sûr, de leur niveau de développement.

Face à cet enjeu « vital » au sens propre, la France a décidé de prendre ses responsabilités. Le Président de la République a annoncé notre candidature pour accueillir et présider la conférence Paris Climat 2015. Il nous semblait nécessaire de disposer de trois années pleines pour préparer une échéance aussi importante. Cette candidature a été, je crois, bien accueillie et, comme nous sommes les seuls candidats, je pense qu’elle a des chances sérieuses d’être confirmée lors de la prochaine COP à Varsovie…

Depuis le début de l’année, nous nous sommes donc mis en ordre de marche. Je préside tous les mois un comité ministériel de pilotage de la préparation de la Conférence. Avec mes collègues Philippe Martin et Pascal Canfin, nous avons commencé le travail de sensibilisation de nos partenaires à travers nos contacts bilatéraux et dans les enceintes multilatérales. Le site de la conférence a été choisi : ce sera le Bourget. Cette conférence sera écologiquement sobre et respectueuse des plus hauts standards environnementaux. Un ambassadeur chargé des négociations sur le changement climatique, M. Lapouge, a été nommé et un secrétaire général chargé de l’organisation de la future COP, M. Guignard.

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Nous connaissons la difficulté de la tâche. Elle est grande. La crise économique ne facilite pas la prise en compte du long terme. La croissance des classes moyennes partout dans le monde et notamment dans les pays émergents entraîne mécaniquement une hausse de la consommation d’énergie. Les problèmes sont très complexes et les résistances nombreuses.

Mais il existe aussi des éléments encourageants. Je pense à la détermination affichée par le Président Obama, dont je salue le discours de Georgetown, et par son Secrétaire d’Etat John Kerry ; à la détermination revendiquée des autorités chinoises, en particulier le Président Xi Jinping. Je pense aussi au développement formidable des énergies renouvelables et, plus généralement, aux investissements verts dans de nombreux pays émergents. Beaucoup d’entreprises s’engagent dans la voie des technologies vertes. Et puis l’opinion mondiale est désormais plus consciente des conséquences du dérèglement climatique de la planète.

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Paris Climat ne doit pas être une réunion pour essayer : ce doit être une réunion pour décider. C’est pourquoi, pour préparer cette conférence nous devrons à la fois « agir offensif » et « agir collectif ». C’est une recommandation de la ministre sud-africaine de l’environnement que j’interrogeais sur les leçons qu’elle avait tirées de la COP de Durban. L’accord de 2015 devra être applicable à tous et, en tant que future présidence, nous devons parler avec tous. Notre priorité sera de préserver, de développer et, dans certains cas, de rétablir la confiance entre les parties.

Agir collectif : nous travaillerons en étroite coordination avec les deux présidences qui nous précéderont, la Pologne dans quelques semaines et le Pérou en 2014. L’échéance de la COP de Varsovie, en novembre, sera décisive pour poser les bases du futur accord et celle de Lima pour en adopter les premiers éléments. C’est une véritable troïka que nous allons former avec nos partenaires polonais et péruviens pour donner une impulsion politique à la négociation.

Nous nous concertons aussi en permanence avec le secrétariat de la Convention climat et avec le Secrétaire général des Nations Unies. Nous comptons beaucoup sur la « mobilisation des Chefs d’Etat et de gouvernement » que se propose d’orchestrer le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon dans un an au moment de l’AGNU. 2014 doit en effet être « l’année de l’ambition », celle au cours de laquelle les Etats doivent être convaincus, au plus haut niveau, de la nécessité de consentir des efforts significatifs et chiffrés en matière de réduction d’émissions.

Cette approche inclusive s’étend naturellement à la société civile. Si la négociation sur la convention est centrale, elle doit pouvoir s’appuyer sur des initiatives citoyennes. Face aux interrogations que suscite parfois la lenteur des processus diplomatiques, nous devons mettre en valeur les actions qui, partout dans le monde, sont et seront engagées pour lutter contre le dérèglement climatique. Je pense aux collectivités territoriales : le rapport des sénateurs français Dantec et Delebarre a montré combien elles sont mobilisées. Je pense aussi aux entreprises, dont nous avons eu de nombreux témoignages au cours de la table ronde qui vient de s’achever. Nous allons les associer étroitement à la préparation de 2015, aux côtés des ONG et de la communauté scientifique.

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Sur le fond, notre dialogue avec les grands émetteurs sera central dans le succès de la négociation. En insistant sur plusieurs points particulièrement importants :

- L’Union Européenne qui a toujours été en pointe dans cette négociation, devra continuer de tracer le chemin de l’ambition. Il faut qu’elle soit au rendez-vous dans les deux années qui viennent, qu’il s’agisse de la ratification rapide de la 2ème période d’engagement du protocole de Kyoto, du relèvement de l’ambition avant 2020 et de son engagement pour l’après 2020. Sur ce dernier aspect, la commission a déjà déposé son livre vert pour l’horizon 2030. La commissaire Connie Hedegaard, dont nous connaissons le volontarisme, bénéficie de notre entière confiance.

- Les attentes des pays en développement sont centrales. Le futur accord devra respecter le principe de différenciation, pour tenir compte des capacités et de l’état de développement des pays. Aux côtés des engagements de réduction d’émission, il devra permettre de renforcer les politiques d’adaptation aux conséquences du dérèglement climatique. Il sera impératif pour les pays du Nord de tenir les engagements forts qu’ils ont pris en matière de financement public et privé de la transition climatique dans les pays du sud. La France, vous le savez, est à l’avant garde en la matière, notamment à travers la nouvelle stratégie climat de l’AFD et la création d’une taxe sur les transactions financières, dont nous consacrerons une partie au climat. L’un des axes de notre présidence sera de travailler sur la convergence entre l’agenda climat et celui issu de la conférence de Rio+20 sur les objectifs du développement durable, avec un temps fort en septembre 2015, lors du Sommet des Nations Unies sur l’agenda du développement, quelques semaines avant la COP 21.

- Comme l’a souligné Pascal Canfin, il est indispensable également que nous portions tous un discours positif, plus positif que celui de ces dernières années, en insistant sur les opportunités qu’offrent la transition écologique et la lutte contre le changement climatique, pour le développement, pour la croissance économique, pour les entreprises. C’est aussi une façon d’instaurer une atmosphère plus confiante sur le chemin qui nous mène vers 2015.

Le mot d’ordre pour Paris Climat 2015 est donc simple : agir offensif, collectif, positif.

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Mesdames, Messieurs,

L’accord qui devra être conclu lors de la COP21 Paris Climat 2015 ne marquera pas la fin du processus de négociation. Même le meilleur accord possible devra être complété, avant 2020 comme après 2020. Mais il est essentiel qu’un accord universel, ambitieux et comportant des engagements de réduction d’émissions soit bien conclu en 2015, si l’on veut qu’il puisse entrer en vigueur en 2020 à l’issue de la deuxième période d’engagement du protocole de Kyoto. Agir offensif, collectif, positif : le premier volume du rapport du GIEC nous dit clairement que nous n’avons pas d’autre choix. Vous pouvez être assurés de l’engagement total de la France dans ce combat vital.


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