Conférence mondiale sur les océans, les côtes et les îles (Paris, 3-7 mai 2010)
Sommaire
La France a co-organisé, avec l’UNESCO, la 5ème Conférence mondiale sur les océans, les côtes et les îles du 3 au 7 mai 2010 à Paris. Les questions de politique qui affectent les océans aux niveaux mondial, régional et national, ont été abordées, et en particulier : climat et océans, perte de biodiversité marine et amélioration de la gouvernance. Cet événement a eu lieu alors que nous célébrons cette année, le 50ème anniversaire de la Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l’UNESCO et l’année internationale de la biodiversité. Elle a notamment bénéficié d’un soutien financier du Département, du MEEDDM et de l’agence des aires marines protégées.
I. Une participation importante, de haut niveau et variée
Plus de 800 participants de 80 pays et représentant tous les secteurs de la communauté mondiale des océans (gouvernements, élus, agences internationales, scientifiques, ONG, industrie) ont participé à la 5ème conférence mondiale sur les océans, les côtes et les îles, co-présidée par l’Ambassadeur délégué à l’environnement, M. Laurent Stéfanini, la secrétaire exécutive de la Commission océanographique intergouvernementale (COI), Mme Wendy Watson-Wright, et la chef du secrétariat du forum mondial sur les océans, les côtes et les îles, Mme Biliana Cicin-Sain.
Le symposium (3-4 mai) a été ouvert par le Président de Kiribati, pays insulaire du Pacifique, et clos par le prince Albert II de Monaco. Une soixantaine d’ateliers ont été organisés pendant cette partie de la conférence sur des sujets aussi divers que les énergies renouvelables marines, le tourisme côtier et le changement climatique, la gestion durable des pêcheries et les aires marines protégées ou encore la gouvernance de la haute mer.
Le 5 mai, trois tables rondes ont réuni des responsables de haut niveau, des représentants de collectivités locales et des parlementaires concernés par les océans. Le député de la Somme, M. Jérôme Bignon, également Président de l’Agence des aires marines protégées française, a annoncé la mise en place d’un réseau international de parlementaires des océans.
La conférence politique (6 -7 mai) a été ouverte par la secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie, Mme Chantal Jouanno qui a insisté sur la responsabilité de la France, qui dispose du deuxième domaine maritime mondial, en matière de protection du milieu marin et sur le Grenelle de la mer lequel a débouché sur l’élaboration d’une stratégie maritime nationale, s’inscrivant dans la construction de la politique maritime intégrée européenne, et fondée sur les approches écosystémique et intégrée. Mme Jouanno a également insisté sur la question de la gouvernance et de la gestion durable des océans. Enfin, le rôle de la science dans le processus de décision politique plaidait pour l’établissement d’une plate-forme intergouvernementale science/politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), une sorte de "GIEC de la biodiversité". A ce sujet, la France a rappelé que l’IPBES devait se nourrir du processus régulier sur l’évaluation des évaluations de l’état du milieu marin suivi par la Commission océanographique intergouvernementale de l’Unesco de façon complémentaire et non concurrente.
II. Les conclusions et recommandations des co-présidents sur les trois thèmes de la conférence
1) Garantir la survie : les océans, le climat et la sécurité
Les co-présidents ont souligné que les océans jouent un rôle majeur dans la régulation des conditions climatiques et que les changements des conditions atmosphériques auront des impacts profonds sur le fonctionnement des écosystèmes océaniques. Le réchauffement et l’acidification des océans ainsi que la montée du niveau des mers entraîneront des changements durables auxquels il sera peut-être difficile, et dans certains cas impossible, de s’adapter. Les océans ont par exemple absorbé 30% du CO2 atmosphérique au cours des 200 dernières années, ce qui a augmenté leur acidité. Ce processus ainsi que d’autres impacts ont d’énormes implications non seulement pour la moitié de la population mondiale qui vit dans des zones côtières - dans 183 Etats côtiers, y compris 44 petits Etats insulaires en développement (PEID), mais aussi pour l’avenir de la planète tout entière.
Pour les populations côtières et en particulier pour les PEID, freiner le changement climatique en opérant de vastes réductions des émissions de gaz à effet de serre à court terme, et grâce à des financements immédiats et adéquats permettant de déployer des mesures d’adaptation, est d’une importance cruciale et constitue dans bien des cas une question de survie.
Les co-présidents ont recommandé de lancer une initiative océanique et climatique globale au sein et en dehors du processus de négociations de la Convention Climat
2) Préserver la vie : la biodiversité marine
Le déclin de la biodiversité est un grave défi mondial, à l’instar du changement climatique. Les écosystèmes nous fournissent les ressources vitales de base, notamment la nourriture, l’eau douce, le bois, les fibres, les ressources génétiques, des médicaments et des produits culturels. Ces services sont dispensés par la biodiversité, qui constitue la base des services apportés par les écosystèmes. Ils sont essentiels pour assurer et préserver les moyens de subsistance et garantissent la santé des communautés, leur sécurité et leur bien-être.
Les dirigeants mondiaux ne sont pas parvenus à tenir les engagements - pris en 2002 - de réduire le taux mondial de perte de biodiversité à l’horizon 2010 et ont plutôt constaté un déclin alarmant de la biodiversité à l’échelle planétaire, même s’il y a eu des exemples de réussite notables aux niveaux national et local.
Dans le contexte de l’Année internationale de la Biodiversité 2010, les co-présidents ont recommandé :
d’élaborer, dans le cadre du processus de la Convention sur la diversité biologique (CDB), un mandat de Nagoya sur les océans afin de permettre le renouvellement du mandat de Djakarta sur la diversité biologique marine et côtière.
de promouvoir la création d’une plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).
3) Améliorer la gouvernance aux niveaux national et régional et dans les zones au-delà des juridictions nationales
Face à l’accroissement des conflits sur les ressources et entre utilisateurs dans les zones océaniques, les gouvernements nationaux et les autorités internationales ont reconnu la nécessité d’adopter une approche écosystémique plus intégrée de la gestion des océans. Le Sommet mondial de 2002 sur le Développement durable a ainsi appelé à « l’application, d’ici à 2010, de l’approche écosystémique » ; à « promouvoir, au niveau national, une gestion intégrée des côtes et des océans » et à « encourager et aider les États côtiers à élaborer des politiques relatives aux océans et à mettre en place des mécanismes de gestion intégrée des zones côtières ».
Les Nations unies devraient faire progresser les discussions sur les options permettant d’avancer vers une gestion intégrée, écosystémique, des zones marines hors juridiction nationale, notamment du point de vue de la reconnaissance de principes communs de gouvernance océanique, de normes et de procédures pour l’évaluation de l’impact environnemental des activités humaines au-delà des juridictions nationales et la désignation d’aires marines protégées (AMP) dans les zones au-delà des juridictions nationales.
Les co-présidents ont recommandé que des stratégies adéquates et imbriquées soient élaborées pour une gestion des océans et des côtes basée sur les écosystèmes aux niveaux local, national et régional ainsi que dans les zones au-delà des juridictions nationales.
Cette conférence a atteint ses objectifs tant sur l’organisation et les possibilités de rencontres entre acteurs du milieu marin du monde entier que sur le fond. A mi-chemin entre le sommet de Copenhague sur le climat et la conférence de Nagoya sur la biodiversité (octobre 2010), cette conférence a permis de poser les questions pertinentes pour faire progresser l’agenda international des océans.
Pour plus d’informations : www.globaloceans.org
Plaquette de présentation de la Conférence (pdf)
Publication de la Direction générale de la mondialisation et des partenariats (DGM) : Protéger la biodiversité
Programme de la Conférence (pdf)
Intervention de Mme Chantal Jouanno lors de l’ouverture de la Conférence (6 mai 2010)
"Nous partageons tous la conviction que la mer doit enfin faire l’objet d’une grande attention. Et nous sommes largement encouragés par nos opinions publiques qui ne supportent plus les coups portés à la mer.
Nous, représentants des Gouvernements, au milieu de toutes les parties prenantes, ne pouvons plus être indifférents ou inactifs et je dois me féliciter de l’intérêt que nos concitoyens portent à la mer qui suscite le rêve et porte des valeurs universelles."
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