Accès rapide :

Tribune conjointe - Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes (25 novembre 2013)

Tribune signée par :

  • Michèle Ramis, ambassadrice chargée de la lutte contre la criminalité organisée
  • Patrizianna Sparacino-Thiellay, ambassadrice pour les Droits de l’Homme, en charge de la dimension internationale de la Shoah, des spoliations et du devoir de mémoire

Violences contre les femmes : un mal universel

Il y a exactement vingt ans, les Nations unies reconnaissaient pour la première fois, dans une déclaration du 20 décembre 1993, que la violence à l’égard des femmes, fruit des rapports de force historiquement inégaux entre hommes et femmes, constituait une violation des droits de la personne humaine et des libertés fondamentales. Certes, les Etats membres de l’ONU avaient déjà pris, dans la Convention des Nations unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes de 1979, une série d’engagements en faveur de l’égalité des droits entre les femmes et les hommes avec pour objectif notamment le changement des comportements socio-culturels à l’origine de la domination masculine. Mais la question de la violence ne devait sortir de l’invisibilité que quatorze ans plus tard. Deux décennies après, où en est-on ? Force est de constater que, même si la prise de conscience a progressé, ce mal sans frontières demeure partout d’actualité et requiert une vigilance et une mobilisation accrues.

"La violence contre les femmes est sans doute la violation la plus honteuse des droits de l’Homme et peut-être la plus répandue. Elle ne connaît pas de frontières géographiques, culturelles ou sociales. Tant qu’elle se durera, nous ne pourrons prétendre à des progrès pour atteindre l’égalité, le développement et la paix."
Kofi Annan, ancien Secrétaire général des Nations unies (1999).

Qu’elles soient physiques, sexuelles ou psychologiques, les violences contre les femmes et les filles demeurent une des violations les plus répandues des droits fondamentaux. Chaque année, près de 2,5 millions de personnes, principalement des femmes, font l′objet de traite à des fins de prostitution, de travail forcé, d′esclavage ou de servitude. Plus d’une femme sur trois dans le monde déclare avoir subi des violences physiques ou sexuelles. 125 millions de femmes ont subi des mutilations génitales et 30 millions risquent d’en subir. Le viol et la violence conjugale représentent un risque plus grand pour une femme âgée de 15 à 44 ans que le cancer, les accidents de la route, la guerre et le paludisme réunis.

Aucun pays n’échappe à ce fléau. En France, tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son compagnon ou ex-compagnon. La famille peut être la plus dangereuse des zones de conflit dans laquelle les agressions se pratiquent à huis clos et en toute impunité. Ce phénomène inacceptable est sans doute le berceau de toutes les violences contre les femmes : il légitime des schémas de comportement discriminatoires envers les femmes et favorise la violence dans les relations sociales. Il fragilise les enfants et entraîne la reproduction indéfinie d’un modèle culturel irrespectueux des femmes. C’est ce constat qui a conduit le gouvernement à faire adopter en août dernier une nouvelle loi visant à protéger les femmes victimes de violences et de la traite. Le quatrième plan interministériel de lutte contre les violences faites aux femmes et par ailleurs le tout premier plan national contre la traite des êtres humains ont vocation à compléter ces dispositions.

Un enjeu majeur de l’agenda international et une priorité de notre diplomatie

Les violences à l’égard des femmes ont fait l’objet d’une prise en charge constante par la communauté internationale depuis 1993.

Deux conventions pour l’élimination de ces violences ont été adoptées, l’une au sein de l’Organisation des Etats américains en 1994 (Convention de Belem do Parra) ; l’autre au sein du Conseil de l’Europe en 2011 (Convention d’Istanbul). Depuis 1994, les Nations unies disposent d’un Rapporteur spécial chargé de la violence contre les femmes, qui combine surveillance et pression et fait rapport au Conseil des droits de l’Homme. En 1995, le programme d’action adopté à Pékin lors de la quatrième Conférence mondiale des Nations unies sur les femmes a identifié la violence à l’égard des femmes comme l’un des douze domaines critiques d’action des gouvernements, de la communauté internationale et de la société civile. Enfin, en 1999, l’Assemblée générale des Nations unies a proclamé le 25 novembre Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. En 2000 et 2005, des instruments des Nations unies et du Conseil de l’Europe contre la traite des êtres humains sont venus compléter l’arsenal juridique international.

La défense des droits des femmes et la lutte contre les violences de genre constituent une priorité de la diplomatie française. La France promeut une approche globale fondée sur la prévention, notamment par l’éducation et la "déconstruction" des stéréotypes de genre sur lesquels se fondent la perpétuation des violences, sur la protection et l’accompagnement des victimes et sur la condamnation des auteurs des violences. Déjà promoteur de la Convention d’Istanbul, notre pays a joué un rôle actif dans l’élaboration de la réponse internationale à ces violences. C’est sous la présidence française de l’Union européenne en 2008 qu’ont été adoptées des lignes directrices devant guider l’action des Etats membres en matière de lutte contre les violences et toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. C’est également sur proposition de la France et des Pays-Bas que tous les deux ans, l’Assemblée générale des Nations unies appelle les Etats à intensifier leurs efforts pour éliminer toutes les formes de violence à l’égard des femmes. Notre pays a par ailleurs fortement soutenu les toutes premières résolutions des Nations unies condamnant et luttant contre les mutilations génitales féminines et les mariages forcés. En mars dernier, la France s’est fortement mobilisée pour que des progrès très significatifs soient faits par la Commission de la Condition de la Femme des Nations unies avec une nouvelle condamnation unanime de ces violences, pour la réaffirmation de l’universalité des droits et le rejet de toute forme de relativisme culturel ou religieux qui tenterait de légitimer le non-respect par les Etats de leurs obligations. Pour la première fois, ont été affirmés dans ce cadre les droits fondamentaux en matière de sexualité et de procréation, la négation de ces droits étant souvent la première expression de la violence à l’égard des femmes.

Le réseau diplomatique français, le troisième le plus étendu du monde, est aussi mobilisé au soutien de cette politique. Un programme de coopération aux fins de prévention et de lutte contre la traite des êtres humains vient d’être lancé dans les Etats du Golfe de Guinée. Un réseau de points de contact a été mis en place dans une douzaine d’ambassades afin de renforcer la coopération avec les pays les plus concernés par la traite. La lutte contre les mariages forcés fait désormais l’objet d’une vigilance accrue de nos postes diplomatiques. La France mène également, avec ONU Femmes et des associations de femmes, des programmes de lutte contre les violences faites aux femmes dans le monde arabe et en Afrique ainsi qu’un programme d’accès des femmes à la justice en Afghanistan. Elle travaille enfin à la lutte contre les stéréotypes, à la racine de la violence, et à la lutte contre les violences de genre à l’école en Afrique francophone en partenariat avec l’UNICEF.

La France entend poursuivre sa mobilisation sur ce terrain pour que, dans le cadre l’agenda post-2015 pour le développement, l’égalité femmes-hommes soit intégrée de manière transversale et spécifique dans les futurs objectifs du développement durable et que l’éradication de la violence faite aux femmes soit une cible clairement prise en compte.

Pour que les violences sexuelles dans les conflits, qui constituent de véritables armes de guerre, cessent d’être considérées inévitables. Pour que la participation des femmes aux processus de sortie de crise soit assurée, conformément aux résolutions "Femmes, Paix et Sécurité" du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette problématique, qui était à l’ordre du jour du tout premier Forum mondial des femmes francophones réuni à Paris le 20 mars 2013, le sera également lors du Sommet pour la Paix et la Sécurité en Afrique qui réunira à Paris les chefs d’Etat du continent le 6 et 7 décembre 2013.

Que cette journée internationale soit l’occasion de rappeler, 20 ans après la déclaration de 1993, la réalité planétaire des violences commises à l’égard des femmes et des filles et la nécessité de poursuivre la mobilisation contre ce mal universel. La fin des violences à l’égard des femmes est partout une condition fondamentale à l’égalité des droits.

Pour en savoir plus :

- Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes (25.11.13)


PLAN DU SITE



MENTIONS LÉGALES & INFOS PRATIQUES

Tous droits réservés - Ministère des Affaires étrangères et du Développement international - 2014