Un médicament portugais sera testé sur des patients souffrant de cancers à des stades avancés.

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Portugal | Biologie : médecine, santé, pharmacie, biotechnologie | Médecine individualisée
14 septembre 2017

Biotecnol est une entreprise portugaise qui développe des médicaments agissant sur le système immunitaire afin d’attaquer les cellules cancéreuses. Cette entreprise a récemment établi un partenariat avec le centre oncologique britannique – le Cancer Research du Royaume-Uni (CRUK de son acronyme anglais) – afin d’en réaliser les essais cliniques chez les patients souffrant d’un cancer à un stade avancé. Les tests du médicament créé par Biotecnol seront effectués sur les patients d’hôpitaux londoniens d’ici fin 2018.

Ce médicament a la particularité de faire partie de la famille des médicaments biologiques. Il se sert des mécanismes biologiques du corps pour combattre la maladie. Ainsi les lymphocytes T du malade sont sollicités afin de combattre et détruire les cellules cancéreuses.

En résumé, le système immunitaire crée des anticorps destinés à lutter contre les antigènes tels que des bactéries ou des virus, afin que ceux-ci soient identifiés et détruits par les cellules immunitaires (lymphocytes). Chaque anticorps est spécifique à un antigène.

L’immunothérapie biologique proposée par Biotecnol est une molécule créée pour cibler un antigène qui se trouve dans différents types de cellules cancéreuses. Cet antigène a été notamment découvert à l’Institut de Manchester du CRUK dans les années 90.

Le chercheur Pedro de Noronha Pissarra, président de Biotecnol, explique que les cellules cancéreuses se répliquent sans contrôle, et développent des propriétés nouvelles, comme la possibilité d’atteindre d’autres tissus, et la faculté de ne pas mourir. Ainsi, elles se propagent dans l’organisme en utilisant les systèmes circulatoires et lymphatiques à l’origine des métastases. Certaines cellules cancéreuses émettent un signal appelé 5T4, également connu comme « antigènes oncofétales 5T4 ». Cet antigène est une protéine produite par les cellules cancéreuses, associée à leur prolifération, et au processus de métastatisation. Une cellule cancéreuse au niveau élevé de 5T4 devient incontrôlable et agressive, avec un fort risque de métastase.

La molécule développée par Biotecnol, appelée Tb535H, est composée de trois bras, assemblés en laboratoires comme des pièces de Lego. Deux de ces bras disposent d’un anticorps ciblant spécifiquement l’antigène 5T4 chez les cellules cancéreuses. Le troisième et dernier bras dispose d’un autre anticorps, ciblant les lymphocytes T, et plus précisément la molécule appelée CD3 se trouvant à leur superficie (le récepteur), afin de « recruter » les lymphocytes et les faire combattre les cellules cancéreuses.

Ce médicament dispose donc d’une précision millimétrée, fonctionnant comme un missile à tête chercheuse, spécifique au 5T4, qui ne peut se lier qu’aux cellules cancéreuses émettant un signal 5T4, sans pouvoir se lier aux cellules saines. Une fois attaché aux cellules cancéreuses, non seulement le médicament les bloque, mais il en empêche aussi la propagation.

Néanmoins, cela n’est pas suffisant pour détruire les cellules cancéreuses. C’est à cette fin que le troisième bras de la molécule s’est révélé nécessaire, la conception duquel s’est révélée laborieuse. La molécule ainsi constituée utilise les mécanismes de défense immunitaire du patient pour attaquer les tumeurs.

Les chercheurs ont en effet conçu une molécule capable d’activer les lymphocytes T au niveau de leur récepteur nommé CD3, qui transforme dès lors les lymphocytes en véritables cellules assassines. La molécule Tb535H se fixe sur le récepteur CD3 du lymphocyte, après s’être préalablement fixée sur les antigènes 5T4, activant donc le lymphocyte qui se charge alors de détruire la cellule cancéreuse, comme détaillé sur le schéma.

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Fonctionnement du médicament Tb535H
Publico.pt

Le brevet de ce médicament a été déposé dans le monde entier par Biotecnol. Les résultats des expériences réalisées sur les animaux à l’Université du Minho à Braga pourront donc être publiés. Résultats qui, selon Pedro de Noronha Pisarra, démontrent que sur chaque cobaye testé, les tumeurs ont été complètement éradiquées.

L’entreprise, créée par Pedro de Noronha Pisarra en 1996, est arrivée à un accord avec le CRUK au cours du mois de juillet 2017 : le CRUK investit dans le développement du médicament en échange d’un pourcentage des parts de l’entreprise portugaise. Les essais cliniques londoniens sont notamment issus de ce partenariat, 45 patients étant testés dans les hôpitaux comme le King’s College Hospital, le Guy’s Hospital, et le Royal Marsden Hospital. Durant ces essais, les équipes médicales pourront ainsi tester la sûreté du médicament, le seuil de tolérance, de même que les premiers signaux d’efficacité du traitement selon les types de cancers.

Selon la revue « Nature » l’immunothérapie est l’une des grandes innovations de l’industrie pharmaceutique dans la lutte contre le cancer. Elle aborde le problème d’une perspective totalement nouvelle, changeant le paradigme même de la lutte contre le cancer.

Sources :

Rédacteur : Amaury HOCQUET, Chargé de coopération scientifique à l’Institut Français du Portugal amaury.hocquet[at]ifp-lisboa.com

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