La noix-pain : alliée contre la faim et le changement climatique

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Mexique | Agronomie et alimentation | Protéines végétales pour l’agroalimentaire
3 mars 2016

L’arbre noix-pain (Brosimum alicastrum), aussi appelé noyer maya, ou ramón en espagnol, prolifère au large des côtes du Golfe du Mexique et de l’océan pacifique (à l’exception de la péninsule de la Basse-Californie), mais peu de personnes connaissent son rôle écologique, ses utilisations traditionnelles, son potentiel comme base alimentaire animale et humaine et sa capacité à produire du biocombustible pour la génération d’énergie.

Alfonso Larqué Saavedra, chercheur émérite et membre du Conseil Consultatif de Sciences de la Présidence de la République Mexicaine a réalisé une évaluation complète des bienfaits environnementaux et alimentaires qu’offre cette plante.
Dans le cadre de la rencontre « le secteur forestier en aide à la croisade contre la faim et le changement climatique », réalisée au Parc Scientifique du Yucatán fin décembre 2015, le chercheur a présenté devant les universitaires, entrepreneurs et représentations des associations civiles, gouvernementales et législatives les résultats obtenus au cours des sept années de travail au Centre de Recherche Scientifique du Yucatán.
« Le secteur forestier est généralement dédié à produire de la cellulose pour le papier ou des meubles mais on le voit rarement dans une idée que je considère moi comme révolutionnaire », commente en interview José Franco López, directeur du Forum Consultatif Scientifique et Technologique.
En interview avec l’Agence d’Information du Conseil National de la Science et de la Technologie, Larqué Saavedra a décrit les champs d’application que peut avoir la production de la noix-pain, qui se positionne en stratégie innovante pour la « Croisade Nationale contre la Faim et pour l’accomplissement des Objectifs de Développement du Millénaire ».

Une étude complète

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Fruit de la noix-pain sur le sol forestier | Crédits photos : BRASS/El Pilar Project

« La première chose que nous avons faite a été de savoir combien de graines produit un arbre, quel sexe ont les arbres, quels sont ceux qui produisent et a quels mois de l’année ils le font ; ces questions simples ont été celles qui nous ont montré la nécessité de faire un travail de fond. Ce qui est merveilleux c’est qu’ici beaucoup de personnes connaissent et utilisent cette plante. Nous avons ainsi appris qu’il existe 2 pics de production de graines pendant l’année » déclare-t-il.
La noix-pain nécessite environ cinq ans avant de commencer à produire des graines en conditions naturelles et, une fois qu’il atteint cet âge, il produit en moyenne entre 95 et 100 kg par an ; bien qu’en 2014, on ait atteint un total de 145,6 kg de graines par arbre. Le rythme de production montre que les graines ne sont pas seulement produites en une occasion, mais en deux époques de l’année qui sont favorisées par les conditions climatiques.
« Lorsque l’on a obtenu ces données, la première chose que nous avons faite a été de comparer la noix-pain à d’autres espèces forestières afin de voir combien il produit par rapport aux chênes, noyers et châtaigniers. De ce fait, toutes les études que nous avons réalisées nous amènent à constater qu’il est véritablement un "monstre" en production de graines », termine Larqué Saavedra.

Alimentation animale

Les cervidés, sangliers, et porcs mexicains font partis des animaux qui raffolent de la noix-pain. En outre, avec la mise sous forme de granulés des feuilles on observe que les chèvres, les bovins et les lapins peuvent aussi l’utiliser comme source d’alimentation, avec un coût bien inférieur à celui de la luzerne fraiche. Parmi ses caractéristiques, on souligne le fait que c’est un produit biologique, puisque pour son traitement, aucun pesticide n’est utilisé.
« Nous avons fait des granulés avec le feuillage de la noix-pain ; à partir du fruit, nous avons fait des flocons, comme si c’était des corn flakes pour les animaux puis on a commencé à chercher un nom pour pouvoir le commercialiser. Il est aujourd’hui enregistré sous le nom Maya Óox et toutes les caractéristiques nutritionnelles sont précisées sur son étiquette » précise Larqué Saavedra.

Valeurs nutritionnelles de la farine Maya Óox

L’ingénierie de base servant à la transformation des graines de la noix-pain en farine a permis d’examiner sa qualité et sa biomasse. « Nous nous sommes vite rendu compte qu’elle possédait une quantité impressionnante d’hydrates de carbone, plus de 70 % dans certains cas, et nous avons également constaté son contenu élevé en protéine, environ 13 %, ce qui la place à une position vraiment exceptionnelle », signale Larqué Saavedra.
La noix-pain est aussi très riche en minéraux comme le calcium, le zinc, le magnésium et le potassium, mais aussi en vitamines et en acide folique (d’après les analyses réalisées sur les graines, les feuilles, le péricarpe et les fruits complets). La quantité de kilocalories que sa consommation peut apporter a également été évaluée, ainsi que son contenu en fibre diététique et en protéine.
Un autre facteur important qui a également été évalué est la quantité de coliformes, champignons et pathogènes que peut contenir la farine de la noix-pain, démontrant ainsi qu’elle ne présente aucun risque pour la santé.
La farine Maya Óox est sans gluten, ce qui permet de positionner la marque comme produit de haute qualité pour les personnes souffrant de la maladie cœliaque.
De cette façon, Maya Óox se présente comme un concurrent commercial parmi les trois principales marques de farine sans gluten existantes en Espagne et en Italie. Après avoir réalisé des études comparatives avec les produits qu’offrent les marques commerciales européennes, les chercheurs mexicains ont découvert que Maya Óox contient une quantité de fibre et de protéine très supérieure à celles-ci, en plus d’avoir un bon pouvoir antioxydant.
Des essais de mélange avec la farine de maïs lors de la fabrication de la pâte pour tortillas ont été réalisés. Ce procédé permet d’obtenir des tortillas enrichies aux nutriments de la noix-pain, ce qui peut représenter une stratégie d’alimentation intéressante dans les régions à fort taux de malnutrition.

Acteur dans le changement climatique

Les forêts tropicales contribuent à l’atténuation des gaz à effet de serre. Elles fixent environ 220 tonnes de carbone par hectare chaque année, tandis que les terres agricoles en fixent seulement 5 tonnes. « Une partie du travail que nous avons fait a été d’analyser ces bienfaits environnementaux, c’est-à-dire, la force de la noix-pain à capturer le dioxyde de carbone pour l’alimentation et la rétention des sols, ses capacités de résistance à la sècheresse, l’importance qu’elle a dans la conservation de la faune sauvage, du microclimat, du climat et de l’eau », souligne le chercheur du Centre de Recherche Scientifique du Yucatán.
La région de l’état du Yucatán est connue comme étant une zone peu fertile due au fait qu’il n’y a pratiquement pas de terres et que les plantations ne perdurent pas ; cependant, la noix-pain a appris à pousser et à se reproduire, de manière à ce que ses racines cassent la roche.

Afforestation

Le poids de la biomasse à l’état frais d’un arbre noix-pain équivaut à 230 kg. En semant une plantation de 400 arbres sur un hectare, on peut ramasser 92 tonnes de feuillage par an. Acquérir un hectare de noix-pain coûte 40 000 pesos mexicains (2 000 euros), ce qui donne un total de 435 pesos mexicains (220 euros) pour une tonne de feuillage de noix-pain.
« Si nous possédions une plantation de 600 000 hectares de cet arbre, celle-ci produirait 10 millions de tonnes de farine qui suffiraient à subvenir aux besoins de l’élevage animal du pays », indique le chercheur.
Selon les recherches effectuées, une plantation de cette envergure serait suffisante pour alimenter tout le pays ou, pour le moins, le secteur de l’élevage animal. « Je crois que le Yucatán tient entre ses mains un projet qui peut être transformateur pour ce pays, qui pourrait aider à réaliser des objectifs dans la lutte contre la faim, changer la perspective d’un pays qui recense 50 millions de pauvres qui pourraient être alimentés d’une manière très adéquate avec ce projet », conclut Larqué Saavedra.

Source :
"Árbol ramón : aliado contra el hambre y el cambio climático", Agencia Informativa Conacyt, 17/02/2016. http://www.conacytprensa.mx/index.php/ciencia/mundo-vivo/5316-arbol-ramon-aliado-contra-el-hambre-y-el-cambio-climatico-reportaje
Rédacteur : Arnaud Reboud - Ambassade de France au Mexique - arnaud.reboud[a]diplomatie.gouv.fr

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