Révolutionner la pisciculture en remettant les poissons à l’eau : non, ce n’est pas une blague

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12 septembre 2017

Gili Ocean Technology, ce nom vous est probablement inconnu, et pourtant, cette start-up devenue entreprise propose une solution innovante à la pisciculture : remettre les poissons à l’eau. Ou plus précisément, dans leur milieu originel : la haute-mer. Après un premier essai réussi avec le lancement de « SubFlex », un système de cage flexible, la compagnie vient de mettre à l’eau le plus grand système de pisciculture en cage et en haute mer du monde : « Beregit ». Larguons les amarres pour découvrir une nouvelle facette de l’innovation israélienne.

24 Mai 2017, Université de Tel Aviv. Invité lors du premier séminaire « MOBI » (« Marine Offshore Biorefinery in Israel », bioraffinnerie marine offshore en Israël), le Dr Nitai Drimer, Directeur Technique de Gili Ocean Technology et professeur au Technion, présentait ces travaux ainsi que les réalisations de la compagnie en terme de design de structures offshore pour la pisciculture. Le Dr Drimer est en effet revenu en détails sur les défis techniques à relever avant de lancer une structure offshore. Puissants courants, fortes vagues ou tempêtes, la mise en place de structures marines (telles que des cages pour la culture de poissons) capables de supporter de telles conditions n’est pas une mince affaire mais les avantages pourraient être décisifs !

En effet, l’idée de remettre les poissons à l’eau en installant des cages piscicoles en haute-mer pourrait révolutionner la pisciculture. Si la pisciculture se développe, la pêche reste encore une source non-négligeable de poissons. Or, cette pratique, fort ancienne, a atteint ses limites. Si l’homme a arrêté de chasser ou de cueillir des fruits ou graines dans la nature en préférant l’élevage et la culture, la pêche perdure encore et à une vitesse supérieure à la capacité de reconstitution des stocks naturels, entrainant ce secteur dans l’impasse. La pisciculture se propose alors comme solution évidente, mais qu’elle soit en bassin sur terre ou sur la côte dans des zones calmes, celle-ci rencontre de nombreux problèmes : pollution des eaux par les déjections et restes de nourritures, maladies, parasites et sources d’alimentation controversées (aujourd’hui encore, on nourrit les poissons de culture avec des farines de poissons issus de la pêche).

C’est sur ces points que Gili Ocean Technology souhaite révolutionner la pisciculture. En installant des cages de poissons en haute-mer, les forts courants permettent de diluer et répandre les déchets sur une large surface, neutralisant leurs effets néfastes sur les écosystèmes marins. Cela réduit aussi le développement de maladies ou parasites qui se développent plutôt dans les zones calmes et les eaux stagnantes. Finalement, l’apport continu d’eau de bonne qualité contenant quelques planctons ou débris d’algues permettrait d’améliorer la santé et compléter l’alimentation des poissons.

Lancé en 2004 via le HiCenter (Incubateur de start-ups situé à Haifa), la compagnie a donc commencé à travailler sur un prototype, notamment en mer Rouge, puis s’est lancée en 2006 dans un essai grandeur nature au large du port d’Ashdod (12km de la côte) produisant 400 tonnes de poissons par an. Le système, appelé Subflex, consiste en une succession de cages liées entre elle par une structure flexible qui reste en suspension grâce au courant marin. L’une des spécificités de Subflex est de pouvoir descendre en profondeur près du fond marin en cas de tempête et autres événements extrêmes, permettant de protéger l’installation et les poissons dans les eaux calmes des profondeurs. Le succès de Subflex permet à la compagnie d’attirer des investisseurs et clients étrangers, notamment asiatiques.

En 2015, la société a fait appel au programme de financement européen « Horizon 2020 » pour les petites et moyennes entreprises et a reçu plus de 2 millions d’euros de fonds (Projet OCEANFISH) auxquels s’est ajoutée une aide du gouvernement israélien. Cela a permis l’amélioration de la structure existante, le lancement de tests grandeurs nature supplémentaires et l’élaboration d’une structure à plus grande échelle. Gili Ocean Technology travaille aujourd’hui sur « Beregit », la plus grande structure piscicole de haute-mer du monde, qui après avoir été construite puis installée au large d’Ashdod, s’apprête à recevoir son premier lot de poissons dans les mois qui viennent. Ce système dernier cri s’inspire du succès de Subflex mais s’applique à une échelle plus grande, jusqu’à 2000 tonnes, tout en proposant une gamme de services tels que la distribution automatique de nourriture selon le nombre de poissons présents et le suivi en temps réel des pertes (poissons morts). Ancrée sur le sol marin par une ancre, Beregit peut néanmoins tourner autour de ce point d’ancrage selon le sens du courant, s’adaptant ainsi aux variations saisonnières et pouvant diluer les déjections des poissons sur une large surface.

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Figure 1 : Prototype “Subflex” pour la culture de poissons en haute-mer. (Source : Cordis, EU (http://cordis.europa.eu/result/rcn/195180_en.html))

Pouvoir élever des poissons dans des conditions optimums, en réduisant l’apport alimentaire, énergétique et les impacts environnementaux, permet une petite révolution dans le domaine de la pisciculture. En Israël, mais aussi partout ailleurs !

Sources :
Projet OCEANFISH- HORIZON 2020 EU : http://cordis.europa.eu/result/rcn/195180_en.html
Lien vers le Prof Drimer du Technion : https://meeng.technion.ac.il/members/nitai-drimer/
Lien vers le site de Gili Ocean Technology présentant la technologie Subflex : http://www.subflex.org
Article et Vidéo (en anglais) présentant Subflex (installation, maintenance, récolte) : http://www.timesofisrael.com/the-israeli-tech-start-up-out-to-beat-the-fish-cartel/

Rédacteur : Arthur Robin, doctorant à l’Université de Tel Aviv

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