Les tempêtes de sable, une étude peu commune

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Israël | Science de la terre, de l’univers et de l’environnement : énergie, transports, espace, environnement
12 septembre 2017

Les tempêtes de sable transportent avec elles de nombreux agents pathogènes : plantes, pollens, bactéries, champignons. Cet ensemble d’entités peut jouer un rôle important et néfaste pour la biosphère et l’atmosphère.

Israël est fréquemment balayé par des tempêtes de sable provenant du Néguev ou de pays avoisinants comme la Syrie ou l’Egypte. Ces tempêtes transportent avec elles de nombreux micro-organismes présents dans les sols (bactéries, champignons, etc.) ainsi que bon nombre de particules (métaux, minéraux, etc.). Bien sûr, la composition des tempêtes de sable dépend fortement de leurs origines. Ainsi, la composition de celles provenant du Sahara est très différente de celles du désert syrien ou de l’Arabie saoudite.

Certaines bactéries présentes dans les tempêtes de sable s’avèrent être des agents pathogènes pour l’homme et peuvent avoir un impact négatif sur l’environnement. Le professeur Yinon Rudich et son équipe à l’institut Weizmann ont caractérisé le microbiote des tempêtes de sable [1], en établissant des cartes des différentes bactéries présentes durant les tempêtes, ainsi que leurs caractéristiques génétiques.

L’une des questions les plus brûlantes de notre société reste la résistance aux antibiotiques. Concernant cette résistance, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) écrit : « La résistance aux antibiotiques constitue aujourd’hui l’une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale, la sécurité alimentaire et le développement. » [2]. Elle affirme que la planète se dirige vers une « ère post-antibiotique, dans laquelle les infections courantes pourront recommencer à tuer ». Dans une enquête publiée en mai 2016, l’économiste Jim O’Neill affirme que, durant les deux dernières années, la résistance aux antibiotiques aurait causé un million de morts par an, nombre qui devrait être multiplié par dix dans les trente prochaines années [3].

Les bactéries transportées par les tempêtes de sable peuvent elles aussi contenir des gènes de résistance aux antibiotiques. Le premier résultat obtenu par l’équipe de l’institut Weizmann montre une forte corrélation de la concentration et de la diversité des bactéries dans l’air avec la présence de tempêtes de sable. Ainsi, les personnes à l’extérieur durant ces tempêtes sont bien plus exposées aux bactéries. Il y a donc intérêt de se questionner sur la surreprésentation des bactéries dans l’atmosphère durant les tempêtes de sable.

Les chercheurs et chercheuses ont cartographié les résistances aux antibiotiques parmi les populations bactériennes présentes dans l’air. Cette résistance s’expliquerait par deux facteurs. D’une part, les bactéries peuvent contenir des résistances naturelles, notamment celles des bactéries provenant du sol. D’autre part, la surutilisation des antibiotiques dans l’exploitation animale crée elle aussi de très nombreuses résistances. Parmi les tempêtes testées, les chercheur.s.es ont retrouvé ces gènes de résistance aux antibiotiques lors de tempêtes en provenance d’Afrique et d’Arabie saoudite. Cependant, l’étude montre aussi que cette contribution restait minoritaire, comparée aux résistances introduites artificiellement par l’homme.

La conclusion de l’étude est que les dérèglements climatiques provoqués par l’homme peuvent changer considérablement la composition des tempêtes, engendrant ainsi des évolutions qui restent, pour le moment, inconnues. Enfin, les scientifiques concluent en affirmant que l’étude réalisée en nécessite une autre plus approfondie sur le caractère pathogène des bactéries qui survivent dans les tempêtes.

[1] Origin-Dependent Variation in the Atmospheric Microbiome Community in Eastern Mediterranean Dust Storms, Daniella Gat et Al. Environ. Scl. Technol. 2017, 51, 6709-6718
[2] http://www.who.int/mediacentre/factsheets/antibiotic-resistance/fr/
[3] https://amr-review.org/sites/default/files/160518_Final%20paper_with%20cover.pdf

Rédacteur : Samuel Cousin, post-doctorant à l’Institut Weizmann.

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