L’Inde franchit une étape dans le développement de lanceurs spatiaux réutilisables

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24 octobre 2016

Avec le test réussi d’un statoréacteur à combustion supersonique le 28 août 2016, l’Inde entre dans le club fermé des pays maitrisant cette technologie. Une étape importante dans la quête de l’Organisation indienne de recherche spatiale (ISRO) pour développer un lanceur spatial réutilisable.

Lors de sa visite officielle en Inde au mois de janvier 2016, François Hollande a célébré cette année le 50ème anniversaire de la coopération spatiale franco-indienne. Le partenariat récent entre le Centre National d’Etudes Spatiales (CNES) et l’Indian Space Research Organisation (ISRO) a conduit à la mise en orbite de plusieurs satellites franco-indiens (Saral-AltiKa, Megha-Tropiques), tandis que début octobre le satellite indien de télécommunications GSAT-18 a été lancé par Ariane 5. L’occasion d’examiner les dernières avancées technologiques de l’ISRO.

Test réussi d’un statoréacteur à propulsion supersonique

Dimanche 28 août 2016, l’Inde a réalisé avec succès un test de fusée à propulsion aérobie (air-breathing propulsion engines) rejoignant les Etats-Unis, l’Europe, le Japon, la Russie et la Chine dans le club très fermé des pays maîtrisant cette technologie. Installés sur une fusée-sonde lancée depuis la base de Sriharikota, l’autocombustion des deux statoréacteurs à combustion supersonique (supersonic combustion ramjet) s’est déclenchée à l’altitude de 20 km et a fonctionné pendant cinq secondes.

Alors qu’un moteur de fusée traditionnel nécessite d’emporter un carburant et un comburant, par exemple de l’hydrogène et de l’oxygène liquides, un tel statoréacteur utilise l’oxygène présent dans l’air. En réduisant le poids du lanceur de moitié, une telle motorisation permettrait l’emport d’une charge utile plus lourde, diminuant drastiquement le coût d’un lancement pour une meilleure efficacité. Cette technologie n’a pas vocation à se substituer à un moteur de fusée classique (elle ne fonctionne qu’une fois atteint la vitesse supersonique) mais à venir en complément.

Selon l’ISRO, trois décennies sont encore nécessaires pour rendre cette technologie opérationnelle. Elle permettra de lancer des satellites plus lourds en orbites, d’équiper une nouvelle génération de missiles, voire de transporter des passagers d’un continent à l’autre à une vitesse hypersonique.

Toutefois l’ambition première de l’ISRO est de concevoir un véhicule de lancement réutilisable, afin de réduire le coût de l’accès à l’espace pour assurer sa compétitivité sur le marché des lancements de satellites commerciaux. Ainsi, l’ISRO a lancé en mai dernier un prototype de « navette » suborbitale nommé HEX-01 qui s’est posé avec succès dans le Golfe du Bengale. Ce lancement s’inscrit dans le programme de développement d’un lanceur ailé réutilisable « Two Stage to Orbit », également lié au projets à terme de vols habités indiens.

De nouveaux horizons pour l’ISRO

Dans ses annonces récentes, l’agence spatiale indienne a en outre déclaré travailler sur une technologie visant à comprimer l’oxygène de l’air pendant que l’ascension de la fusée dans l’atmosphère pour le convertir en comburant pouvant être ensuite emporté dans l’espace.

Fin septembre, l’ISRO a fait part de son objectif de construire un lanceur plus puissant pour être opérationnel d’ici 2018. Alors que le lanceur actuellement utilisé peut emporter une charge de 2 000 kg en orbite géostationnaire, le GSLV Mark-III sera doté de moteurs semi-cryogéniques équipant les deux propulseurs ainsi que l’étage supérieur de la fusée. Cette technique de propulsion lui permettra de mettre en orbite une charge utile allant de 6 000 à 10 000 kg, alors que l’Inde est confrontée au besoin de lancer des satellites de communication toujours plus lourds, et cherche à réduire le coût de lancement par satellite pour être plus compétitive.

L’ISRO a également annoncé développer une technologie permettant l’accostage et l’amarrage d’engins spatiaux. Le but immédiat est de permettre de recharger en carburant les satellites indiens en orbite autour de la terre pour augmenter leur durée de vie, mais vise à terme à permettre le transfert d’objets ou de passagers d’un engin à l’autre.

L’envoi de vols habités dans l’espace n’a toutefois pas encore été arbitré : si des scientifiques tels G Madhavan Nair appellent au lancement d’un tel programme, l’ISRO est pour l’instant en attente d’un feu vert du gouvernement indien.

Pour en savoir plus :

Sources :

Rédacteur :
Laurent Glattli
laurent.glattli[at]diplomatie.gouv.fr
Service pour la Science et la Technologie, Ambassade de France en Inde

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