Surveillance du virus de la grippe aviaire A(H7N9) en Chine : le Pôle de Recherche Pasteur de l’Université de Hong Kong toujours mobilisé

Hong Kong

Brève
Hong Kong | Biologie : médecine, santé, pharmacie, biotechnologie
31 août 2017

La grippe aviaire A(H7N9) est apparue en Chine continentale en mars 2013. Depuis, 1584 cas ont été confirmés chez l’homme, avec un taux de mortalité de près de 40%. La cinquième vague épidémique qui a démarré à l’hiver 2016-2017 a entrainé un nombre d’infections chez l’homme bien plus élevé que lors des vagues précédentes, soulignant l’importance primordiale de maintenir une surveillance intensive. Depuis l’apparition de ce virus émergent, HKU-Pasteur Research Pole (le laboratoire spécialisé dans l’étude des maladies infectieuses et issu d’un partenariat entre l’Institut Pasteur et l’Université de Hong Kong) multiplie les travaux de recherche (virologie moléculaire, épidémiologie et clinique) pour explorer les spécificités de ce virus qui pose de sérieux problèmes de santé publique mais reste mal connu. Récemment, des chercheurs du Pôle et leurs collègues ont publié deux articles décrivant les effets d’une nouvelle souche virale hautement pathogénique.

Virus de la grippe aviaire A(H7N9) et vagues épidémiques

La cinquième vague épidémique du virus de grippe aviaire A(H7N9) apparu en 2013 (premiers cas humains déclarés à Shanghai et dans la province de l’Anhui) a commencé en octobre 2016 et a entraîné bien plus d’infections chez l’homme que lors des vagues précédentes car elle s’est étalée sur une période de temps plus longue. Avec plus de 700 malades détectés, cette vague représente près de la moitié des cas depuis l’apparition du virus. Des cas importés ont été rapportés hors de Chine : à Taïwan (6), en Malaisie (1), au Canada (2), à Macao (2) et Hong Kong (21). Cependant, le nombre d’infections asymptomatiques ou bégnines qui n’ont pas donné lieu à hospitalisation et donc passées inaperçues, pourrait être plus élevé.

Traitement d’un malade dans un hôpital de Wuhan en février 2017 © AFP

De façon constante depuis l’apparition du virus, les infections par H7N9 touchent principalement des personnes âgées ou affaiblies. Ces infections sont associées à une exposition à des volailles infectées (vivantes ou mortes) ou à des environnements contaminés (marchés). En revanche, il a été observé que la proportion d’infections conduisant à une maladie sévère a augmenté depuis les premières vagues épidémiques. Les cas humains sont généralement sévères : fièvre, toux, difficultés respiratoires, hémoptysie (crachat de sang). Lors de la cinquième vague, l’évolution des infections s’est faite de façon plus fréquente vers des pneumonies, entraînant des hospitalisations compliquées par des détresses respiratoires aiguës, des chocs septiques et des défaillances multi-organes. Le taux de mortalité chez l’homme est donc élevé (environ 40%, contre 0,1% pour les virus de grippe saisonnière).
Selon le Influenza Risk Assessment Tool (IRAT) du CDC (agence gouvernementale américaine pour le contrôle et la prévention des maladies, Centers for Disease Control and Prevention), H7N9 est le virus émergent qui représente la plus grande menace pour la santé publique parmi les virus de grippe A, même si jusqu’à ce jour, aucune transmission soutenue d’humain à humain n’a pu être observée.

Une nouvelle souche "hautement pathogénique"

Chez les oiseaux, les souches du virus circulant en Chine jusqu’à la cinquième vague étaient principalement des virus faiblement pathogéniques (absence de signes de la maladie chez l’oiseau). En février 2017, une mutation dans le gène de l’hémagglutinine (la protéine de surface du virus responsable de la fixation du virus aux récepteurs des cellules hôtes) a donné naissance à une nouvelle souche hautement pathogène pour les volailles, qui conserve également sa capacité à provoquer des signes cliniques graves chez les humains.

HKU-Pasteur Research Pole sur le front

La province du Guangdong, frontalière de la région administrative spéciale de Hong Kong, est une province chinoise particulièrement touchée par cette cinquième vague, et 9 cas humains d’infection par la nouvelle souche hautement pathogénique y ont été détectés. Ces changements génétiques peuvent avoir d’importantes conséquences sur les stratégies de contrôle et de surveillance. C’est pourquoi le Pôle de Recherche Pasteur de l’Université de Hong Kong (HKU-Pasteur Research Pole) maintient des activités de recherche sur ce virus depuis son apparition. Après avoir été parmi les premiers à caractériser la pathogénicité du virus H7N9 chez la souris en 2013 et après avoir multiplié les études sérologiques, épidémiologiques, cliniques et génétiques, les équipes de Malik Peiris (co-directeur) et de Chris Mok (chef d’équipe) ont récemment concentré leurs travaux sur la nouvelle souche hautement pathogénique du virus H7N9 détectée dans le Guangdong et publié deux articles en juillet et août 2017 (dans les revues Eurosurveillance et Emerging Infectious Diseases).
« Nous collaborons activement avec le CDC chinois et avec le First Affiliated Hospital de la Guangzhou Medical University avec qui nous avons un partenariat depuis 2014. Nous avons donc un accès privilégié à des échantillons cliniques dans la province du Guangdong, en particulier pour H7N9 » explique Chris Mok. Les liens avec le CDC permettent aussi d’analyser les données de surveillance effectuée sur les marchés aux volailles dans la province. «  Les informations obtenues par l’intermédiaire de ce réseau nous ont permis de comparer les caractéristiques épidémiologiques et les résultats cliniques entre des patients infectés par les souches faiblement pathogénique et hautement pathogénique dans la province du Guangdong pendant l’hiver 2016-2017 » ajoute le chercheur. Si la souche hautement pathogénique est létale pour la volaille, car elle peut se propager rapidement dans différents organes au-delà du système respiratoire (cerveau, foie, pancréas, rate, muscles), les symptômes chez l’homme restent similaires à ceux d’une infection par la souche faiblement pathogénique. Le taux de mortalité n’est pas modifié et reste haut (40%). En revanche, les temps d’hospitalisation s’avèrent plus long chez les patients infectés par le virus hautement pathogénique. Ces derniers sont également moins touchés par des affections sous-jacentes que pour la souche faiblement pathogénique. La transmission de l’animal vers l’homme pourrait être facilitée par cette souche de virus.

Le Dr Chris Mok dans les laboratoires du HKU-Pasteur Research Pole ©G.Benet

« En analysant les résultats de questionnaires standardisés, nous montrons que l’exposition aux marchés de volaille est un facteur de risque similaire pour les deux souches de virus, mais que le contact avec des oiseaux malades ou morts est un facteur plus important pour l’infection par la souche hautement pathogénique, tout comme l’élevage familial de volailles. Ces résultats doivent être mis en avant et pris en compte pour le contrôle des futures épidémies, surtout que l’on constate que les derniers cas détectés d’infection par H7N9 se déplacent vers des régions plus rurales de la Chine, où l’élevage familial est plus fréquent » prévient Chris Mok.
Les chercheurs du HKU-Pasteur Research Pole et leurs collègues ont également réalisé une étude de cas clinique d’un patient décédé d’une infection par une souche supposée hautement pathogénique de H7N9 dans un hôpital du Guangdong. « Nos analyses génétiques ont montré que nous retrouvons aussi une mutation dans le gène de l’hémagglutinine de H7N9, même si ce n’est pas le motif typique observé ailleurs en Chine. Il peut s’agir d’une acquisition progressive, spécifique à la province du Guangdong. Il est donc important d’approfondir les études sur la pathogénicité de cette souche hautement pathogénique, ainsi que sur sa fréquence dans d’autres régions de Chine  » analyse Chris Mok. Les symptômes de la maladie du patient se sont avérés similaires à ceux des infections par la souche faiblement pathogénique. Une autre mutation du virus a été identifiée, conférant une résistance aux médicaments antiviraux. Obtenir plus d’information sur la fréquence de cette résistance qui compromet la guérison des patients est également une urgence.

Pendant l’été, les conditions environnementales ne sont pas favorables à la transmission du virus à l’homme, les nouveaux cas deviennent donc sporadiques, mais que se passera-t-il lors la prochaine saison épidémique en octobre-novembre ? « Il y aura très certainement une compétition entre les deux souches virales, mais nous ne pouvons pas encore savoir si la souche hautement pathogénique va remplacer la souche faiblement pathogénique. Il faut donc maintenir une surveillance très active » selon le chercheur du HKU-Pasteur Research Pole. « Il faut également prendre en compte l’utilisation de vaccins contre H7N9 pour la volaille » ajoute-t-il, « même s’il est à noter que les avis divergent sur la question. Les vaccins utilisés préviennent l’apparition des symptômes chez l’oiseau, mais ils n’empêchent pas la multiplication et la propagation du virus parmi les animaux, puis la transmission à l’homme. On perd ainsi un signal d’alarme par l’observation d’oiseaux morts dans les élevages ».

Sources :

Rédacteur : Gabriel BENET, Chargé de mission scientifique – Hong Kong

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