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Le cytomégalovirus humain, un virus qui coopère avec le VIH

Hong Kong

Brève
Hong Kong | Biologie : médecine, santé, pharmacie, biotechnologie
15 février 2017

En juin 2016, l’ONU (Organisation des Nations unies) a formulé une déclaration politique significative : mettre fin à l’épidémie de sida (syndrome d’immunodéficience acquise) d’ici à 2030. En 2017, malgré le succès de la thérapie antirétrovirale (TAR) dans le recul du nombre de décès attribués au sida, le VIH (Virus de l’immunodéficience humaine, virus responsable du sida) reste un problème majeur de santé publique, et il n’existe pas de traitement pour guérir l’infection.

L’un des principaux obstacles à la découverte d’un traitement universel et définitif reste les réservoirs de cellules infectées par le virus qui demeurent dans l’organisme dans un état dormant, invisibles pour les molécules du traitement et les défenses immunitaires, dans lesquelles le VIH peut continuer à se répliquer.

Une équipe de chercheurs du AIDS Institute, Department of Microbiology, Li Ka Shing Faculty of Medicine, The University of Hong Kong (HKU) dirigée par le prof. Chen Zhiwei s’est penchée sur la question. Avec une étude commencée en 2013 et publiée en janvier 2017 dans le journal Blood Advances de l’American Society of Hematology, ils rappellent que pour résoudre le problème des réservoirs, tenir compte des co-infections est important afin de pouvoir explorer de nouvelles pistes thérapeutiques pour éradiquer les cellules latentes infectées par le VIH. Leurs travaux montrent en effet que la co-infection de cellules par le VIH et le cytomégalovirus humain (HCMV) favorise une amplification de l’infection au VIH à partir des réservoirs.

Chen Zhiwei (gauche), directeur du AIDS Institute et Allen Cheung Ka-loon, chercheur post-doctorant (à droite). Crédit photo : Li Ka Shing Faculty of Medicine, The University of Hong Kong

Ce que l’on savait déjà

Le cytomégalovirus humain HCMV (famille des herpèsvirus humains) est un pathogène bien connu dans le contexte de l’infection au VIH. Ce virus qui touche plus de la moitié de la population humaine passe en général inaperçu, car les personnes infectées ne développent pas de symptômes. En revanche, chez les patients immunodéprimés, comme c’est le cas lors de l’infection au VIH et chez le fœtus, HCMV peut devenir pathogénique.

Chez les personnes déjà infectées par HCMV, l’infection au VIH conduit à une manifestation du sida plus précoce que chez les personnes qui ne sont pas infectées par HCMV, ce qui laisse penser que HCMV influence la progression du VIH.

HCMV se caractérise par sa capacité à induire des infections latentes et persistantes. Le virus utilise pour cela des cellules hôtes, les cellules souches hématopoïétiques (les cellules à l’origine des différents types de cellules sanguines, notamment les cellules effectrices de la réponse immunitaire), plus particulièrement les progéniteurs portant l’antigène de surface CD34.
Il a récemment été découvert que ces cellules progénitrices CD34+ peuvent également servir de réservoir latent pour le VIH.

Les résultats de l’étude en bref

Dans ces cellules hématopoïétiques CD34+, comment interagissent ces deux virus, VIH et HCMV ?

Les scientifiques de HKU ont travaillé sur des cultures cellulaires de progéniteurs hématopoïétiques CD34+. Ils ont infecté ces cellules avec une souche du virus HCMV, et ont constaté l’établissement d’une infection latente par HCMV. Ils ont alors infecté ces cellules une deuxième fois, cette fois avec une souche de VIH. Par comparaison avec les cellules contrôles non infectées par HCMV, ils ont montré que l’infection préalable au HCMV conduit à une augmentation de la capacité du VIH à infecter les cellules. L’équipe a montré que cela pourrait s’expliquer d’une part par le fait que l’infection latente au HCMV conduit à une augmentation de l’expression de corécepteurs au VIH à la surface des cellules CD34+ (molécules nécessaires à l’entrée du virus dans les cellules), et d’autre part par une diminution des agents de « l’immunité intrinsèque », les facteurs de restriction du VIH qui ont normalement la capacité de freiner l’entrée du virus dans la cellule hôte et l’utilisation de la machinerie cellulaire pour sa propre prolifération.

D’autre part, ils ont également montré que lors de la co-infection, le VIH induit des effets favorables pour maintenir à long terme la latence de l’infection par HCMV, suggérant un effet coopératif de la double infection.

Après que la communauté scientifique ait quelque peu diminué l’intensité des investigations sur les effets de la co-infection HCMV/VIH, cette étude montre pour la première fois les détails (in vitro) de la coopération entre les deux virus, sur un modèle cellulaire de précurseurs de cellules sanguines. Pour le prof. Chen Zhiwei qui a dirigé l’étude, « ces résultats montrent l’importance de comprendre comment les deux virus interagissent et de ce que nous devons prendre en compte pour parvenir à développer des stratégies d’éradication des réservoirs latents. »

Un bref rappel des chiffres Sida/VIH
  • En 2015, 36,7 millions de personnes vivaient avec le VIH (Virus de l’immunodéficience humaine) dans le monde, dont environ 46% de l’ensemble des adultes vivant avec le VIH avaient accès à la thérapie antirétrovirale en 2015.
  • Si le nombre de décès liés au sida (syndrome d’immunodéficience acquise) continue de diminuer (en 2015, 1,1 million de personnes sont décédées de causes liées au sida dans le monde, contre 2 millions en 2005), le nombre de nouvelles infections à VIH parmi les adultes est en revanche constant depuis 2010 (environ 1,9 millions adultes infectés par an depuis 2010 dans le monde).
  • En France, environ 6 000 personnes ont été diagnostiquées VIH-positives, soit un chiffre stable qui ne diminue plus depuis 2011.
  • À Hong Kong, la situation est préoccupante car le nombre de nouvelles infections à VIH est en augmentation constante depuis 2010, et le nombre de nouveaux cas par an a été multiplié par plus de deux entre 2005 et 2015 (passant de 300 cas à 725).

Sources
L’article : "Latent human cytomegalovirus enhances HIV-1 infection in CD34+ progenitor cells" publié dans Blood Advances
Communiqué de presse HKU
Une revue sur le sujet par Adland et al. publiée dans Frontiers in Microbiology
Centre for Health Protection, Gouvernement de Hong Kong
Portail d’information Vih.org
Nations Unies

Rédacteur : Gabriel BENET, Chargé de mission scientifique – Hong Kong

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