Hong Kong et les « FinTech », l’ambition d’une Silikong Valley

Hong Kong

Rapport
Hong Kong | Politiques de recherche, technologiques et universitaires | Sciences et technologies de l’information et de la communication : TIC, télécoms, micro-nanotechnologies, informatique | Big Data | Horizon 2020 : innovations et progrès techniques
23 juin 2017

Depuis quelques années un mot valise circule dans le monde des start-ups : « FinTech ». Assemblage des mots finance et technologie, les finTech désignent l’ensemble des technologies numériques appliquées aux services financiers, qui contribuent à l’évolution actuelle du secteur. Résolument orientées vers le client (« user first  »), les nouvelles technologies de la finance constituent un champ d’investissement en rapide croissance. Une concurrence est à l’œuvre entre les différents centres financiers internationaux, du Royaume Uni à l’Australie en passant par Singapour et la Suisse, pour rivaliser avec le leadership de la Chine continentale. Hong Kong également tient à occuper une place de choix dans l’avenir des FinTech, à la fois régionalement et mondialement. Le gouvernement de la région administrative spéciale est volontaire au regard de cette ambition, et semble prêt à y mettre les moyens. Néanmoins, pour rattraper un certain retard sur ses rivaux en termes de technologie et d’innovation, les spécialistes du secteur financier hongkongais préconisent d’aborder la course des FinTech en se spécialisant d’emblée sur les points forts de Hong Kong.

L’accélérateur de start-up hongkongais Blueprint et son espace de travail commun ©Alexander Leung

Un écosystème, un potentiel et une ambition

La FinTech est une « nouvelle industrie financière qui déploie la technologie pour améliorer les activités financières » (Schueffel, 2016). Même si cette technologie peut être développée et appliquée par toute institution déjà en place, la Fintech renvoie souvent à l’activité de start-ups qui se créent pour développer des services plus flexibles et adaptés aux besoins des consommateurs, via des applications mobiles. Ces services peuvent inclure le financement participatif, les paiements électroniques, l’investissement, l’analyse de données, la cybersécurité, jusqu’à la technologie « blockchain ».

Avec des services financiers qui contribuent à 18% de son PIB et 6% de l’emploi (250 000 personnes), la présence de la majorité des plus grands groupes bancaires mondiaux, une économie ultra-libérale, un accès privilégié au marché chinois, un secteur des services très développé, un débit internet parmi les plus rapides au monde, Hong Kong présente un environnement favorable au développement d’un « écosystème » FinTech, encore naissant pour le moment. À Hong Kong, le nombre de start-ups dédiées aux Fintech augmente de façon certaine depuis quelques années (60% entre août 2015 et août 2016), et la ville compte des dizaines d’espaces de travail communs, d’incubateurs, ou d’accélérateurs qui mettent en place des programmes de mentorat destinés à favoriser l’innovation dans le domaine. Parmi eux, le « SuperCharger » (Standard Charter, Baidu, TusPark Global Network), le « FinTech Innovation Lab Asia-Pacific » (Accenture), ou le « Nest » (AIA, DBS).

Alors que globalement, les investissements réalisés dans les compagnies spécialisées dans les FinTech ont reculé entre 2015 et 2016, ils restent stables en Asie. En Chine et à Hong Kong, leur volume dépasse celui des investissements dans les compagnies américaines, principalement grâce à quelques massifs investissements chinois. À Hong Kong, les capital-investissements se sont élevés à 169 millions de dollars US en 2016.
Le potentiel de Hong Kong est déjà reconnu. Fin 2016, le cabinet d’audit et de conseil Deloitte plaçait Hong Kong à la cinquième place mondiale parmi les centres de FinTech (derrière Londres, Singapour, New York et la Silicon Valley). Les hongkongais sont déjà les premiers consommateurs de services développés par des start-ups spécialisées dans les FinTech, devant les États-Unis, Singapour et le Royaume Uni.

Le secteur financier de Hong Kong souhaiterait réitérer avec les Fintech le rôle de pont entre l’Asie et l’Occident, que la région a déjà pu jouer pour d’autres marchés, pour s’affirmer comme un leader régional et un hub international. Hong Kong est alors présenté comme un terrain propice à l’innovation pour répondre aux exigences d’un marché asiatique en forte croissance, et comme une fenêtre d’entrée sur la Chine, le leader mondial des services FinTech en terme d’échelle et de taille de marché. Les géants chinois de l’e-commerce et du paiement électronique sont présents à Hong Kong (Alibaba avec Taobao, Ant Financial et Alipay, Tencent avec WeChat…), offrant des opportunités de partenariat et de promotion avec la Chine continentale. Réciproquement, Hong Kong veut également attirer les jeunes compagnies chinoises en leur offrant des opportunités de développement international.

L’action du gouvernement de la région administrative spéciale

Le gouvernement de Hong Kong voit dans le secteur des FinTech une opportunité pour conquérir de nouveaux relais de croissance, dans un contexte où la région administrative spéciale connaît un ralentissement de ses exportations et où sa position de leader régional de la finance est concurrencée par Singapour et la Chine continentale (Shanghai, Shenzhen, Pékin). Depuis 2015, les autorités hongkongaises s’organisent pour répondre à leur ambition de maintenir la position de Hong Kong comme centre financier international, et de faire de la région un acteur majeur des FinTech. En mars 2015, le secrétariat aux Finances mettait en place un comité de pilotage dont la mission est de conseiller le gouvernement sur le développement du secteur des FinTech à Hong Kong (Steering Group on Financial Technologies).

En février 2016, ce comité de pilotage rédigeait un rapport constitué de 5 grandes recommandations (promotion d’évènements internationaux, attraction des incubateurs et accélérateurs, présentation de l’état actuel des FinTech en termes de régulation, informer sur les opportunités de soutien financier, attirer les talents). Depuis, plusieurs actions ont été entreprises pour soutenir le développement des FinTech à Hong Kong. Le département du gouvernement dédié à accompagner les investisseurs extérieurs (InvestHK) s’est doté d’une équipe spécialisée sur le thème des FinTech. En novembre 2016, InvestHK organisait la premiere « Hong Kong FinTech Week ». Cette événement a attiré 2500 participants autour d’une centaine d’experts internationaux. Une deuxième édition se déroulera du 23 au 27 octobre 2017. Selon le budget 2016-17 et l’estimation des dépenses publiques, l’accent est placé sur la « promotion de l’innovation, et l’exploration de nouveaux marchés dans le nouvel ordre économique mondial ». Des dépenses supplémentaires ont ainsi été engagées pour développer des espaces d’incubation (Cyberport, Science Park), des aides fiscales ont été mises en place (Cash Rebate Scheme), ainsi que des programmes de subventions publiques (via l’ITF, Innovation and Technology Fund, l’Innovation and Technology Venture Fund, Cyberport Macro Fund) représentant une réserve de 5 milliards de HKD (environ 580 millions d’euros).

L’Autorité monétaire de Hong Kong (Hong Kong Monetary Authority, HKMA) a établi un bureau de facilitation en matière de FinTech, et avec l’ASTRI (Hong Kong’s Applied Science and Technology Research Institute) a lancé un « FinTech Innovation Hub ». La HKMA s’est également associée avec les principales institutions bancaires et financières de la région administrative spéciale pour développer une plateforme basée sur la « technologie de registre distribué » (distributed ledger technologies, DLT), plus connue sous le terme de « blockchain », et a récemment présenté sa preuve de concept.

© Reuters

Une stratégie basée sur la spécialisation

D’autres organes du gouvernement travaillent également sur l’élaboration d’une stratégie hongkonkaise autour du développement des Fintech. En mai 2017, le Conseil du développement des services financiers (HK Financial Services Development Council, FSDC) publiait un rapport intitulé « The Future of FinTech in Hong Kong ». Ce conseil part du constat que malgré son statut et son importante industrie financière, Hong Kong se lance dans le développement des FinTech de façon tardive par rapport à d’autres centres financiers. Pour se maintenir au niveau dans une compétition internationale, Hong Kong ne devrait donc pas chercher à devenir un hub généraliste des FinTech, mais plutôt s’orienter vers des secteurs clés en s’appuyant sur les avantages que la région administrative spéciale peut offrir. Pour cela, le FSDC envisage un encadrement gouvernemental fort pour réunir les différents acteurs (secteurs privé et public, monde académique, sociétés de technologie locales et internationales) et souligne à plusieurs reprises l’importance des interactions avec la Chine continentale.

En partant des avantages procurés par un état de droit qui inspire la confiance, par le bon état de la protection de la propriété intellectuelle, par l’importance des services commerciaux (12% du PIB et 13% de l’emploi), par l’accessibilité du marché chinois, le FSDC voit la possibilité pour Hong Kong de devenir un centre pour des sociétés qui ciblent la région et la zone Asie-Pacifique. Il situe l’avantage de Hong Kong principalement sur des FinTech interentreprises (B2B) ou de gestion d’actifs et de patrimoine. L’objectif affiché est de pouvoir construire un savoir-faire dans l’exploitation et le développement, sans se réduire aux fonctions de première ligne comme les ventes et le marketing. Cette ambition doit également inclure le développement de la capacité d’innovation technologique de Hong Kong en favorisant la recherche appliquée dans ses universités, en s’appuyant sur des acteurs comme Cyberport, le Science Park, l’ASTRI, et sur la proximité de Shenzhen qui est devenue une capitale technologique mondiale.

Le FSDC identifie cinq secteurs clés qui doivent guider le développement d’un écosystème FinTech puissant à Hong Kong : la cybersécurité, les systèmes de paiement et de règlement des opérations sur titres, l’identification numérique et la connaissance du client (directives KYC - know-your-customer), la gestion des grands volumes de données (agrégation, automatisation, analyse et prévisions) et l’intelligence artificielle, et les RegTech (pour régulation et technologie).

Cette stratégie doit s’accompagner d’investissements publics, dont les retombées pour Hong Kong en termes de revenus commerciaux et d’emploi pourraient être prometteuses.

L’un des plus grands défis attendus est celui de la régulation, non seulement à Hong Kong même (qui tend à être lourd et peu adapté au modèle d’affaires des FinTech), mais surtout au niveau international. Comment envisager une régulation pan-asiatique lorsque chaque pays dispose de sa propre régulation ? Dans ce sens, Hong Kong a récemment signé un accord de coopération avec l’Australie pour favoriser le partage d’informations sur les FinTech et l’harmonisation de leurs pratiques de régulation.

Présence française

Inaugurée au début de l’année 2016 pour faciliter l’accès d’entreprises françaises au marché asiatique, la « French Tech Hong Kong » voit se développer un bon nombre de start-ups orientées vers les Fintech. Certaines de ces sociétés rencontrent un succès important, à l’instar de la société de courtage en ligne « 8 Securities » qui a récemment été élue « best mature start-up » à l’occasion des FinTech Finals 2016 dans le cadre de l’événement Startmeup Festival organisé à l’initiative d’InvestHK.

Rédacteur : Gabriel BENET, Chargé de mission scientifique – Hong Kong

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