Fintech : Hong Kong développe une plateforme financière basée sur la technologie « blockchain »

Hong Kong

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26 avril 2017

L’Autorité monétaire de Hong Kong (Hong Kong Monetary Authority, HKMA) a présenté le 30 mars 2017 le résultat d’un projet mené en collaborations avec les principales institutions bancaires et financières de la région administrative spéciale pour développer une plateforme basée sur la « technologie de registre distribué » (distributed ledger technologies, DLT), plus connue sous le terme de « blockchain ». La HKMA et ses partenaires ont démontré la faisabilité de leur concept pour réduire le risque des activités frauduleuses, améliorer la transparence, l’efficacité et la productivité du secteur commercial hongkongais.

Un intérêt croissant pour les « blockchains »

L’intérêt pour la technologie « blockchain » dans le monde est allé rapidement croissant en 2016. Alors que la crypto-monnaie « Bitcoin » était il n’y a pas si longtemps encore largement associée au « darknet » et faisait donc écho à des transactions illégales, le potentiel « disruptif » de la « blockchain » est désormais mis en avant non seulement par les banques, les industriels de la finance et les acteurs économiques, mais aussi les décideurs politiques des États, confirmant la « super tendance » annoncée lors du Forum économique mondial fin 2015.

Hong Kong, l’une des cinq premières places financières mondiales n’est donc pas en reste. Un an après les recommandations du Hong Kong’s Steering Group on Financial Technology et la présentation des avantages associés à une utilisation de la technologie « blockchain » pour les services financiers de la région administrative spéciale, la Hong Kong Monetary Authority, l’organe du gouvernement hongkongais responsable de la surveillance et du maintien de la stabilité bancaire et monétaire, a présenté le résultat d’un projet de développement de plateforme qui repose sur cette technologie. La HKMA a réuni le cabinet d’audit et de conseil Deloitte et cinq des principales banques présentes à Hong Kong (Bank of China, The Bank of East Asia, Hang Seng Bank, HSBC et Standard Chartered Bank).

Le projet, débuté en décembre 2016 et centré sur le financement des transactions commerciales (Trade Finance), a abouti au développement et à la preuve de concept d’une plateforme tirant profit de la « blockchain », à destination des banques, des communautés d’acheteurs et de vendeurs et des entreprises de logistiques. Le développement de cette plateforme devait servir à démontrer aux acteurs hongkongais du secteur l’efficacité de la « blockchain ».

Le fonctionnement d’une blockchain : créer une base de données inaltérable

La « blockchain » est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle (définition de Blockchain France).
Cette technologie est un protocole informatique (une série d’étapes à suivre pour permettre la communication entre plusieurs ordinateurs reliés en réseau) qui sert à établir une liste de tous les échanges effectués entre les utilisateurs d’une blockchain depuis sa création. Cette liste, ou registre, ou base de données des transactions n’est pas enregistrée via un unique intermédiaire qui centraliserait les flux d’informations : les informations sont stockées sur les serveurs des utilisateurs de la chaîne à chaque échange.

schéma simplifié des étapes d’une transaction par blockchain (© Blockchain France 2016)

Les transactions effectuées au sein du réseau d’utilisateurs sont organisées et regroupées en blocs. Ces blocs doivent être validés grâce au réseau d’ordinateurs connectés (fonctionnement p2p, pair à pair) via le calcul d’une « somme de contrôle » qui sert d’identificateur. Une fois validé, les blocs sont « clos ». Chaque nouveau bloc formé par les transactions suivantes doit inclure la preuve de la validation du bloc précédent, formant ainsi une chaîne, un historique des transactions. À partir d’un bloc donné, on peut ainsi remonter jusqu’au bloc initial de la chaîne en vérifiant à chaque pas sa validité. Pour manipuler cette base de données en chaîne, il faudrait avoir accès et modifier au même moment toutes les bases de données indépendantes les unes des autres stockées sur les serveurs des utilisateurs de la chaîne, ce qui n’est techniquement pas possible. La manipulation frauduleuse d’un bloc unique ou d’un groupe partiel de blocs viendrait corrompre l’intégrité de l’ensemble de la chaîne et serait donc immédiatement repérable. L’opération sous-jacente (transaction financière par exemple) serait rejetée. C’est pourquoi l’on peut parler d’historique infalsifiable, conservé et mis à jour en temps réel de façon indépendante par tous les utilisateurs de la chaîne.

Le projet de la HKMA : une démonstration avant une mise en application concrète ?

La preuve de concept de la plateforme développée à l’initiative de la HKMA a cherché à démontrer que l’utilisation de cette technologie est indispensable au renforcement de la position de Hong Kong en tant que hub mondial des échanges commerciaux et de la finance et en tant que hub innovant dans le secteur des fintech (dans un contexte de concurrence croissante avec sa rivale Singapour). Le projet de la HKMA a mis en avant la réduction des risques de fraude tout en insistant sur l’avantage de se débarrasser des pertes liées aux dépenses redondantes entre banques pour une même transaction, et de la gestion de grandes quantités de contrats papiers (remplacés par des smarts contracts inaltérables et sans intermédiaires), sans oublier d’exposer les répercussions de l’utilisation de la blockchain en termes juridiques, de régulation, de gouvernance et de sécurité des données. Ce sont ces domaines qui doivent faire l’objet de plus amples développements pour mettre en application le concept. La plateforme inclut pour l’instant des opérations de type prêts bancaires, émission de lettres de crédit (engagement émis par une banque, au nom de l’importateur, garantissant le paiement de biens de services à un exportateur), affacturage, assurances/crédits d’aide à l’export. Pour aller plus loin, la HKMA prévoit de publier un rapport sur les questions de régulation conséquentes à l’utilisation des blockchains. Le directeur de la HKMA, M. Li Shu-pui a également assuré qu’il « continuera à travailler avec l’industrie bancaire de Hong Kong pour matérialiser la valeur ajoutée de la plateforme ».

En janvier 2017, deux entreprises multinationales de conseil (spécialisés dans l’analyse comparative opérationnelle), Accenture et Mclagan, décrivaient dans un rapport que les blockchains permettraient à huit des dix premières banques d’investissement dans le monde de réduire leurs coûts d’infrastructure d’environ 30%, soit des économies de 8 à 12 milliards de dollars US par an. Dans un contexte plus large que celui de la transformation de pans entiers de l’économie, les blockchains peuvent concerner un ensemble très large de secteurs : données médicales, protection des données personnelles sur le net, scrutins en ligne, industrie musicale, brevets industriels, titres fonciers, objets connectés… Cependant, à cet immense champ d’applications correspond également un large champ de limites à prendre en compte : écologie, gouvernance, choix de société entre autres.

Sources :

Rédacteur : Gabriel BENET, Chargé de mission scientifique – Hong Kong

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