à Hong Kong, le comité consultatif sur le sida publie ses recommandations stratégiques pour 2017-2021

Hong Kong

Rapport
Hong Kong | Politiques de recherche, technologiques et universitaires | Biologie : médecine, santé, pharmacie, biotechnologie
23 juin 2017

Le Hong Kong Advisory Council on AIDS, ACA (comité consultatif sur le sida de Hong Kong) est un organisme non-statutaire permanent nommé par le gouvernement de la région administrative spéciale pour guider les politiques de santé publique relatives au VIH et au sida. En mai 2017, l’ACA a publié son rapport présentant des recommandations stratégiques pour répondre à la question de la propagation de la maladie à Hong Kong. Ce rapport dresse également un tableau de la situation actuelle. Principaux enseignements : le nombre de nouveaux cas par an continue de croître, mais les infections touchent principalement les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, avec une nette augmentation parmi la population jeune (moins de 30 ans). L’ACA prévient donc que Hong Kong se trouve dans une situation critique et que le risque d’assister à un emballement de l’épidémie dans les années à venir est sérieux.

Publication du rapport du Hong Kong Advisory Council on AIDS ©David Wong, SCMP

Retour sur les chiffres du VIH/Sida à Hong Kong et projections

Le 22 mai 2017, le Hong Kong Advisory Council on AIDS, ACA, a rendu public son cinquième rapport stratégique sur la situation du VIH et du sida à Hong Kong depuis 1994. Ce dernier rapport a été établi pour la période 2017-2021. Il passe en revue les dernières données, propose des pistes stratégiques pour infléchir la progression de la maladie en fixant des objectifs quantitatifs, et évalue la réussite des axes stratégiques du précédent rapport (2012-2016).
Le 19 mai 2017, le Centre for Health Protection (CHP) communiquait les chiffres du premier trimestre 2017. Le CHP fait état de 202 nouveaux cas de séropositivité au VIH (nouveau record trimestriel), dont 180 hommes et 22 femmes. Ces chiffres portent à 8 612 le nombre d’infections diagnostiquées à Hong Kong depuis 1984. Grâce aux traitements antirétroviraux, le nombre de cas où l’infection au VIH atteint un stade avancé et donne lieu au syndrome de l’immunodéficience acquise (sida) reste modéré (1 783 cas depuis 1984).
L’ACA estime à 6 500 le nombre de personnes vivant avec le VIH à Hong Kong en 2016 (en prenant en compte les décès, le cas des personnes ayant quitté Hong Kong, et les infections non diagnostiquées). Si la tendance à la hausse du nombre de nouveaux cas par an se poursuit, l’ACA prévoit que ce chiffre pourrait atteindre 8 800 d’ici 2021, soit une augmentation de 35%.
En 2016, les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH) représentaient 60% des nouveaux cas de séropositivité. Cette proportion pourrait atteindre 74% en 2021. Lors des cinq dernières années (2012-2016), parmi les nouveaux cas d’infection au VIH reportés chez les HSH, la proportion des moins de 30 ans est passée de 24% à 43%. Le nombre d’infections sur la tranche d’âge 20-29 ans a été multiplié par 4,9 et sur la tranche d’âge des moins de 20 ans par 6,7 (sur la population HSH totale, le facteur de multiplication est de 2,7 sur la même période).
Le nombre de nouveaux cas parmi la population ayant des rapports hétérosexuels reste stable, et devrait rester stable dans les 5 ans à venir. L’ACA note cependant que le ratio femme/homme est en hausse, traduisant une augmentation du nombre de femmes infectées (passant de 0,5 femmes pour un homme en 2005 à 0,81 femmes pour un homme en 2016) dans les cas de transmission hétérosexuelle.
Parmi la population des usagers de drogues, le nombre d’infection reste bas et stable. Une enquête du Département de la Santé (Department of Health, DH) montre toutefois que la pratique du partage de seringue se situait autour de 13% en 2015, soulignant la nécessité de maintenir les mesures de prévention avec une vigilance accrue.
Enfin, l’ACA reporte que 13,5% des cas détectés en 2015 ont été diagnostiqués tardivement, entraînant une progression rapide vers le Sida. Un traitement adéquat et continu, lorsqu’il est démarré tôt, réduit la mortalité et la morbidité chez les personnes vivant avec le VIH, et permet de vivre une vie normale. Il permet également de réduire le risque de propagation du virus.

De nouveaux objectifs chiffrés

Pour précisément identifier les nouveaux besoins liés à l’évolution de la situation et proposer des axes d’intervention stratégiques, l’ACA a réuni les parties prenantes, les ONG, les professionnels de santé et le public lors de deux périodes de consultation (du 16 octobre au 4 décembre 2015 et du 7 novembre 2016 au 31 décembre 2016).
En se plaçant dans le cadre de la stratégie 90-90-90 de l’ONU pour 2020 (90% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique, 90% de toutes les personnes infectées par le VIH dépistées reçoivent un traitement anti rétroviral durable, 90% des personnes recevant un traitement antirétroviral ont une charge virale durablement supprimée), l’ACA définit 9 objectifs pour la prévention et le contrôle de l’infection par le VIH à atteindre d’ici 2020 :

  • un taux d’utilisation régulière du préservatif supérieur à 70% chez les HSH
  • un taux de partage de seringues chez les usagers de drogues inférieur à 10%
  • plus de 90% des populations les plus à risque (HSH, personnes transgenres, travailleuses du sexe, personnes qui s’injectent des drogues) doivent avoir été atteints par au moins une des mesures de prévention lors de l’année précédente (préservatifs gratuit, tests, seringues neuves gratuites, messages de prévention, ou prophylaxie pré-exposition).
  • au moins 60% des HSH, 60% des personnes transgenres, 90% des travailleuses du sexe, 90% des personnes qui s’injectent des drogues, doivent avoir reçu des préservatifs gratuits l’année précédente
  • 80% des SHS, personnes transgenres, travailleuses du sexe, personnes qui s’injectent des drogues doivent avoir réalisé un test VIH dans l’année et en connaître le résultat
  • 90% des personnes infectées par le VIH doivent être diagnostiquées
  • 90% des personnes séropositives doivent recevoir un traitement
  • 90% des personnes sous traitement doivent avoir une charge virale supprimée
  • 0 nouvelle infection chez les nouveau-nés

Campagne de prévention à Hong Kong ©KY Cheng, SCMP

Des difficultés persistantes et de nouvelles tendances

L’ACA identifie 6 facteurs émergents qui doivent orienter de nouvelles stratégies de prévention :

  • augmentation de la proportion des jeunes parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, avec des taux de dépistage, d’utilisation régulière du préservatif, et d’intégration au système de soins plus faibles que dans les tranches d’âges supérieures
  • persistance du phénomène de patients séropositifs sortant du système de soins à chaque étape du programme VIH (diagnostic, intégration au système de soins, traitement) parmi la population des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes
  • augmentation de l’utilisation d’applications mobiles pour rencontrer des partenaires sexuels
  • augmentation de l’usage de drogues récréationnelles parmi la population des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes et des personnes transgenres entraînant des conduites à risque
  • persistance d’un taux de dépistages faible parmi les populations les plus à risque
  • diagnostic et intégration au système de soins tardifs parmi les minorités ethniques

Les groupes de défense des droits LGBT rappellent cependant au gouvernement qu’une des priorités est également de garantir les droits des homosexuels et des personnes transgenres, et de créer un environnement sans discriminations au sein d’une société encore sujette à de forts tabous. Ils dénoncent également un défaut dans l’éducation sexuelle dispensée dans les établissements scolaires de la ville.

Rédacteur : Gabriel BENET, Chargé de mission scientifique – Hong Kong

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