La naissance de l’Antarctique

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24 février 2017

Une nouvelle étude permet de concilier des théories opposées sur l’origine de la glaciation de l’Antarctique et de mettre en lumière la complexité des changements climatiques.

La façon dont les nappes glaciaires se sont formées rapidement dans l’Antarctique lors de la Grande coupure Éocène-Oligocène, il y a quelque 34 millions d’années, demeure une énigme pour les scientifiques.

Deux théories s’opposent :

La première théorie repose sur les changements climatiques mondiaux. Les scientifiques ont démontré que les taux atmosphériques de dioxyde de carbone ont diminué de façon constante depuis le début de l’ère cénozoïque, il y a 66 millions d’années. Lorsque ces taux sont descendus en deçà d’un seuil critique, la baisse de la température du globe a permis la formation des nappes glaciaires dans l’Antarctique.

La seconde théorie repose sur les changements spectaculaires survenus dans la configuration de la circulation océanique. Selon cette théorie, l’augmentation considérable de la profondeur du passage de Drake (qui sépare l’extrémité sud de l’Amérique du Sud et l’Antarctique) survenue il y a quelque 35 millions d’années a déclenché une réorganisation complète de la circulation océanique. L’augmentation de l’écart entre les masses continentales de l’Antarctique et l’Amérique du Sud a entraîné la formation du puissant courant circumpolaire antarctique qui a fait fonction de barrière d’eau et empêché efficacement les eaux plus chaudes et moins salées de l’Atlantique Nord et du Pacifique central de se déplacer au sud vers les masses continentales de l’Antarctique. Ces dernières se sont ainsi trouvées isolées, et les températures plus basses ont permis la formation des nappes glaciaires.

Personne n’avait cru bon jusqu’ici de concilier les deux théories.

Selon une équipe de chercheurs dirigée par des scientifiques du Département des sciences de la Terre et des planètes de l’Université McGill, la meilleure façon de comprendre la formation des nappes glaciaires dans l’Antarctique consisterait en fait à concilier les deux théories.
Dans un article publié plus tôt cette semaine dans la revue Nature Geoscience , les chercheurs font valoir les arguments suivants :

• l’augmentation de la profondeur du passage de Drake a modifié la circulation océanique, ce qui a eu pour conséquence d’entraîner les eaux chaudes vers le nord suivant une configuration semblable à celle que l’on observe dans le Gulf Stream, qui réchauffe actuellement le nord-ouest de l’Europe ;
• cette réorganisation de la circulation océanique résultant du déplacement des eaux chaudes vers le nord a entraîné une augmentation des précipitations ; il y a quelque 35 millions d’années, ces précipitations accrues ont eu pour conséquence de réduire les taux atmosphériques de dioxyde de carbone. Ultimement, en raison d’un processus appelé « altération des silicates » (au cours duquel les roches silicatées se désagrègent lentement au contact de l’eau, ce qui a pour conséquence d’emprisonner le dioxyde de carbone atmosphérique dans le calcaire), les taux atmosphériques de dioxyde de carbone ont chuté à un point tel que les nappes glaciaires ont pu se former rapidement dans l’Antarctique.

En savoir plus :
Nature Geoscience : Enhanced weathering and CO2 drawdown caused by latest Eocene strengthening of the Atlantic meridional overturning circulation , par Geneviève Elsworth et coll.
DOI :10.1038/ngeo2888

Source :
Site web de l’Université McGill, 31 janvier 2017

Relayé par : Clémence Rampillon, chargée de mission Science et Technologie à Montréal, clemence.rampillon[a]diplomatie.gouv.fr

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