Disparition express d’une rivière en raison du changement climatique

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Brève
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15 août 2017

Le cours de la rivière Slims a été détourné à la suite du retrait d’un glacier. Cet évènement offre aux chercheurs un exemple extrême de capture (hydrographique). Ce phénomène a des conséquences importantes sur les eaux du Nord Canadien.

Alors que Dr. Daniel Shugar prévoyait de faire des recherches de terrain, en août 2016, à l’embouchure de la rivière Slims, il s’est aperçu de la disparition de ce cours d’eau. Ce géomorphologue canadien basé à l’Université de Washington, a publié un rapport dans le journal Nature Geoscience expliquant l’impact du réchauffement climatique sur cette atrophie.

Alors que le changement climatique est un procédé graduel, ses effets ne le sont pas. Ainsi, en l’espace de seulement quelques jours, la rivière Slims s’est pratiquement totalement asséchée. Pour Dr. John Clague, co-auteur du rapport et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les risques naturels à Simon Fraser University (SFU), il s’agit d’une « sorte de métaphore pour les transformations qui peuvent arriver soudainement à cause du changement climatique ».

Il y a encore peu de temps, la glace agissait comme une barrière naturelle qui laissait les eaux de fonte s’écouler, via la rivière Slims, vers le lac Kluane puis dans la mer de Béring. Mais lorsque les scientifiques se sont rendus à la source, au pied du glacier Kaskawulsh, ils ont découvert une nouvelle ouverture qui permet à l’eau de s’écouler brusquement dans la direction opposée à celle empruntée habituellement. Les eaux finissent désormais leur course dans l’océan Pacifique, via la rivière Alesk, à quelques 1330 kilomètres de leur destination initiale ! Alors que l’impact n’est pas immédiatement visible du côté de la rivière Alesk, car traversant majoritairement des zones inhabitées, les communautés vivant près de la rivière Slims et des lacs qu’elle alimente, ont été directement affectées dans leurs activités nautiques.

Selon les chercheurs, l’important n’est pas la façon dont l’eau coule, mais la vitesse de ce changement qui se produit habituellement en plusieurs milliers d’années. L’équipe de recherche suggère également que la capture n’est pas terminée. Le glacier n’étant plus une barrière, rien ne pourrait empêcher la rivière Alesk de grignoter encore plus le cours de la rivière Slims et de toucher ses affluents latéraux. Le lac Kluane pourrait ainsi retrouver sa configuration d’il y a quelques milliers d’années ; apparence qu’il avait avant un refroidissement climatique au 18ème siècle qui avait permis au glacier Kaskawulsh de progresser et de diviser le cours de l’eau.

« Maintenant que la barrière glaciaire a disparu, les impacts à long terme sur les écosystèmes doivent encore être déterminés », a déclaré Dr Shugar. « En fin de compte, c’est une excellente occasion d’étudier certaines des conséquences profondes du changement climatique ».

En savoir plus :
Nature Geoscience 17 avril 2017 River piracy and drainage basin reorganization led by climate-driven glacier retreat
Nature Geoscience10,370–375(2017) doi:10.1038/ngeo2932

Source :
Globe & Mail du 17 avril 2017

Rédacteurs :
Anthony LAHAYE – Assistant de l’Attaché de Coopération Scientifique et Universitaire à Vancouver ; Fabien AGENES – Attaché de Coopération Scientifique et Universitaire

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