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[FOCUS] Dépression – la piste inflammatoire en France et en Allemagne

Allemagne

Actualité
Allemagne | Biologie : médecine, santé, pharmacie, biotechnologie
20 mars 2017

On estime qu’en France, près de 20% de la population souffrira d’une dépression au moins une fois au cours de sa vie, ce qui en fait un enjeu majeur pour la santé publique. Bien que l’on ait souvent l’habitude de faire une distinction entre maladies physiques et mentales, la recherche récente tend à prouver que la démarcation est bien moins nette qu’attendue. En particulier, la dépression est maintenant de plus en plus clairement associée à des troubles inflammatoires. Lorsque l’on sait que près d’un tiers des patients atteints de dépression ne réagissent pas aux traitements actuels, la piste inflammatoire présente donc un potentiel thérapeutique énorme. Les antidépresseurs actuels cherchent majoritairement à faire remonter le taux de sérotonine, un neurotransmetteur, et possèdent d’importants effets secondaires.

Que ce soit en France ou en Allemagne, des études récentes ont démontré qu’il existait un lien avéré entre inflammation et dépression. Le résultat le plus récent dans ce domaine est sans doute celui du Dr Sophie Georgin-Lavialle (Hôpital Sainte-Anne/Inserm), qui a pu établir que chez les dépressifs, le tryptophane, l’acide aminé responsable de la synthèse de la sérotonine, se détournait de cette fonction pour produire à la place des dérivés neurotoxiques, comme l’acide quinolinique. La cause de ce détournement serait la suractivation de cellules immunitaires appelées mastocytes. Cette étude fait suite aux travaux des professeurs Raphaël Gaillard et Olivier Hermine de l’université Paris-Descartes, qui avaient déjà établi un lien entre dépression et mastocytose, une maladie rare caractérisée par la suractivation des mastocytes et dont la moitié des personnes atteintes souffrent également de dépression.

Du côté allemand, on peut citer les travaux des professeurs Harald Engler, de la faculté de médecine de l’université de Duisbourg-Essen, et Manfred Schedlowski, de l’hôpital universitaire d’Essen, qui ont démontré en ce début d’année que l’interleukine 6 (IL-6), une substance agissant comme « messager » du système immunitaire actif dans les inflammations aigues, était présente non seulement dans le sang mais également dans le liquide cérébro-spinal, dans lequel baignent le cerveau et la moelle épinière, chez les sujets dépressifs. L’IL-6 pourrait donc atteindre le cerveau via le flux sanguin et être à l’origine de symptômes dépressifs. A l’hôpital universitaire de la Charité à Berlin, différentes équipes du département de psychiatrie se penchent également sur le sujet. Ainsi, le professeur Julian Hellman-Regen s’intéresse notamment au potentiel de la minocycline, un antibiotique normalement utilisé pour les infections du système respiratoire et pour l’acné, et qui bloque certaines cellules inflammatoires du cerveau. Chez les dépressifs, ces cellules phagocytaires sont activées en permanence dans le système nerveux central, ce qui génère de nombreux symptômes psychologiques. Il espère ainsi pouvoir proposer de nouvelles solutions thérapeutiques grâce aux antibiotiques.

D’autres équipes en France et en Allemagne travaillent également sur les liens entre dépression et inflammation, en particulier : le service de psychiatrie et de psychologie médicale du professeur Patrick Schmitt au CHU de Toulouse, l’équipe du professeur Stefan Gold, chef du département de neuropsychiatrie à l’hôpital de la Charité à Berlin, ou encore la professeure Marion Leboyer, responsable du pôle de psychiatrie et d’addictologie du Centre hospitalier universitaire Henri-Mondor à Paris. Ces recherches offrent de nouvelles perspectives thérapeutiques pour soigner une maladie dont les mécanismes sont encore mal connus et un nouvel espoir pour toutes les personnes concernées de près ou de loin par la dépression.

Dans le cadre de son cycle Cinéscience, l’ambassade de France en Allemagne organise un évènement sur le thème « Dépression, la piste inflammatoire ». Le documentaire « Dépression, de nouvelles pistes » de Dorothee Kaden et Carsten Schollmann sera projeté en avant-première, puis les docteures Vera Clemens de l’hôpital universitaire de la Charité (Berlin) et Claire Gauthier du centre hospitalier Sainte-Anne (Paris), viendront débattre sur cette thématique. L’évènement aura lieu le 4 avril 2017 à 18h30 à Berlin dans les locaux de l’Ambassade de France et l’entrée est gratuite. Pour s’inscrire : https://www.science-allemagne.fr/fr/cinescience-nodisplay/cinescience-depression-nouveaux-espoirs-4-avril-2017/

Quelques jours plus tard, le 7 avril 2017, aura lieu la journée mondiale de la santé organisée par l’OMS et dont le thème de cette année sera la dépression. L’OMS et les différents acteurs de la santé dans le monde seront donc mobilisés autour de ce thème.


Sources :

Rédactrice : Laura Voisin, laura.voisin[at]diplomatie.gouv.fr – www.science-allemagne.fr

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