Quelles orientations pour l’archéologie française à l’étranger en 2017 ? (20 janvier 2017)

Chaque année, l’évaluation des projets de missions orchestrée par la commission des fouilles réengage une réflexion en profondeur sur les axes directeurs de la recherche archéologique française à l’étranger. Entre qualité scientifique, intérêt stratégique, adaptation aux problématiques de recherche et aux spécificités de terrain, quelles ont été les grandes lignes de la nouvelle sélection ?

Renouveler l’accompagnement de nos projets phares

Le ministère s’engage dans la durée. Si certains programmes représentent des investissements sur le long terme, leur pertinence n’en est pas moins réévaluée régulièrement afin de déterminer s’ils doivent être reconduits. Ainsi, la mission de Petra, l’une des plus emblématiques parmi celles que soutient la France, se poursuit cette année avec un ambitieux programme d’étude architecturale sur le temple de Qasr al-Bint, permettant d’en restituer la façade. Il en va de même à Angkor, où les fouilles commencées il y a plus de 20 ans se prolongent à travers un programme novateur en archéométallurgie.

En coordination avec les institutions partenaires, le MEAE accompagne ses missions dans leurs évolutions, s’adaptant à l’exploration de nouveaux terrains et de nouvelles problématiques. Cette année par exemple, un projet mené jusqu’à présent aux îles Tonga est redéployé vers l’archipel des Vanuatu. Au Mexique, le projet Uacusecha est l’un des programmes actuels les plus avancés. Centré sur l’étude de l’émergence au XIIIe siècle du royaume des Tarasques, grand Etat mésoaméricain avant la conquête espagnole, il évolue cette année vers une approche plus régionale.

Bien plus que des programmes de recherche strictement destinés au monde
universitaire, les missions archéologiques françaises sont des projets d’envergure qui intéressent un large public. Cette année, plusieurs missions soutenues par le MEAE font l’objet de documentaires (au Mexique, en Namibie…) ou d’expositions dans des musées locaux ou français (missions à Chypre, au Soudan…). La mission « Apollonia du Pont », en Bulgarie, a été intégrée en 2016 à plusieurs expositions nationales et devrait faire l’objet d’expositions au British Museum et au Musée de l’Ermitage. Il est prévu que le site de cette ancienne cité portuaire, colonie grecque durant l’Antiquité, soit ensuite ouvert à la visite.

Encourager des programmes prometteurs

Le recours à des méthodes innovantes est un critère essentiel pour évaluer la qualité des missions. En Albanie par exemple, la mission de Komani a été reconduite pour quatre ans et se situe à un tournant majeur de son déroulement. Situés en zone montagneuse et couverts par la forêt, deux de ses sites font cette année l’objet d’une prospection par Lidar (télédétection par laser), offrant des perspectives tout à fait capitales pour sa poursuite. Elle permet en effet de mieux comprendre l’organisation des sociétés médiévales dans les Balkans méditerranéens.

Parmi les nouveaux projets, certains explorent des sites inédits pour la recherche française. Dans le cadre d’une recherche sur le pèlerinage au Proche-Orient avant la formation de l’empire byzantin, la mission de Ma’Moudieh explore ainsi un ensemble monastique datant du VIème siècle dans la région d’Hébron (Territoires palestiniens). Celui-ci n’a jamais été étudié par l’archéologie française jusqu’à présent. Le Zimbabwe, pays prépondérant en Afrique australe en termes de réserves archéologiques, fait pour la première fois l’objet d’une mission archéologique française.

Consolider le maillage de notre réseau à l’étranger

Grâce à l’ancrage historique de l’archéologie française à l’étranger, les équipes de recherche bénéficient d’un capital unique en termes d’archives, de collections et de réseaux humains sur place. Le ministère encourage constamment ces connexions tant scientifiques que diplomatiques. La mission d’Amathonte, à Chypre, a non seulement pour vocation de poursuivre son programme de recherche en développant de nouvelles méthodes comme un système d’information géographique (SIG), mais aussi de valoriser les fouilles précédentes de la mission, ouverte il y a plus de 40 ans. Grâce à ce solide réseau, le ministère crée des ponts entre les missions, permettant régulièrement des comparaisons de résultats qui enrichissent sans cesse les grilles de lecture du passé.

Les missions archéologiques 2017 conservent leur rôle pionnier en termes de relations bilatérales. Les projets reposant sur un axe fort de coopération ont été particulièrement valorisés, qu’il s’agisse de contacts avec les institutions locales ou directement avec les communautés sur place. A l’autre bout du monde, l’une des missions françaises permet par exemple de tisser des liens inédits avec les membres de la communauté Inupiaq installés sur le littoral nord et nord-ouest de l’Alaska en cherchant à retracer les origines de cette culture.

Enfin, en dépit de contextes sécuritaires très perturbés, les efforts sont maintenus dans les zones à risques. Le Proche et le Moyen-Orient représentent pour l’archéologie française son véritable berceau : c’est en Mésopotamie qu’elle s’est forgée à partir du XIXe siècle. Par conséquent, des mesures conservatoires sont renouvelées pour les missions les plus menacées, en Irak, en Syrie, en Libye notamment. Mais cette tradition de recherche est aussi renouvelée à travers de nouveaux programmes menés dans la région du Kurdistan irakien. Si les conditions de sécurité le permettent, une nouvelle mission sera ouverte sur le site d’al Qusayr, dans la région de Nadjaf, pour étudier les phénomènes successifs de l’émergence du christianisme dans l’empire sassanide et de l’islamisation.

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Mise à jour : janvier 2017

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