Accès rapide :

Discours de M. Pierre Sellal, secrétaire général du ministère des affaires étrangères et du développement international, à l’occasion de l’assemblée générale des Chambres de commerce et d’industrie France International (Paris, 30 juin 2014)

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames et Messieurs les Présidents,

Mesdames et Messieurs les Directeurs,

Mesdames et Messieurs,

C’est un grand privilège pour moi d’intervenir à l’occasion de l’assemblée générale de CCI France International, dont le réseau, à la fois en France et à l’étranger, joue un rôle essentiel pour notre le développement économique et le rayonnement international de notre pays. Le ministre est actuellement en Inde (30 juin-1er juillet) pour de premiers contacts avec les nouvelles autorités indiennes issues des élections de ce printemps. Ce déplacement à New Delhi et à Bombay sera aussi l’occasion de faire le point sur les grands projets de contrats et de rencontres entre chefs d’entreprises français et indiens. En bref, c’est un voyage qui illustre tout particulièrement la diplomatie économique.

La diplomatie économique constitue une priorité du gouvernement et du ministère des affaires étrangères et du développement international. Cette dimension, certes, a toujours été présente dans notre action diplomatique. Le ministère avait créé en son sein, dès 1825, une direction des affaires commerciales. Mais le ministre a voulu lui imprimer un élan supplémentaire, pour deux raisons. En premier lieu, une certitude simple, que nul ne dispute : sans redressement économique et financier, pas de rayonnement international. Ensuite, une conviction : ce redressement économique passe par la capacité de la France à capter la croissance économique qui existe ailleurs dans le monde : aujourd’hui, 90 % de la croissance mondiale est produite à l’extérieur de l’Europe, dont un tiers par la Chine.

Et pour capter cette croissance, il faut gagner des parts de marché à l’exportation, attirer les investissements étrangers, renforcer de manière globale l’attractivité de la France, promouvoir son image, la marque France, dans le monde et veiller enfin à ce que les intérêts de notre pays et de ses entreprises soient affirmés, défendus, promus dans les négociations européennes comme internationales.

Une action globale, multiforme donc ; cette exigence implique d’abord l’État et son réseau à l’étranger.

La première expression de cette résolution, c’est une nouvelle appellation pour le Quai d’Orsay, devenu « le ministère des affaires étrangères et du développement international » qui rassemble sous son ombrelle l’ensemble de l’action extérieure. C’est aussi la volonté d’organiser la coordination la plus efficace entre l’ensemble des services de l’État en charge de l’action économique extérieure, dans un triple esprit de complémentarité, de lisibilité et de performance. C’est faire de l’impératif économique et du soutien à l’exportation la première des missions confiées à nos ambassadeurs dans leurs plans d’action. C’est enfin une instruction donnée à nos ambassades, à nos consulats, à l’ensemble de leurs services, à tous les opérateurs de l’État de rechercher toutes les synergies entre les différentes facettes de l’action extérieure : le politique, l’économique, le culturel, le soutien à l’innovation, le tourisme, etc.

Il n’existe pas en effet, d’un côté la diplomatie économique et de l’autre la diplomatie culturelle ou la diplomatie politique. Notre action extérieure doit être la combinaison de tous les moyens d’intervention et le rôle du ministère des affaires étrangères et des ambassadeurs est de veiller à l’implication de tous et à leur coordination efficace, au service de la France et de son développement.

Permettez-moi d’illustrer cette proposition en évoquant quelques-uns des outils mis en place récemment pour servir ces objectifs. S’agissant de notre dispositif en France, je signale la création au Quai d’Orsay d’une direction des entreprises (et de l’économie internationale), le renforcement et la clarification, à l’occasion de la prise en charge par le ministre des affaires étrangères des compétences gouvernementales concernant le commerce extérieur, des relations de travail avec la DG Trésor et le réseau des services économiques à l’étranger. Il y aussi la création, à l’horizon 2015, d’une nouvelle agence qui, sous la direction de Muriel Pénicaud, succèdera à UbiFrance et à l’AFII et regroupera les métiers du soutien aux entreprises et à leurs exportations et ceux relatifs à l’attraction des investissements étrangers.

S’agissant plus spécifiquement de l’action de ce nouvel opérateur, le souhait du ministre est de ne pas limiter la mission de l’ex-AFII à l’attraction des investissements et des investisseurs et d’en faire plus largement une véritable agence de promotion de la France à l’étranger.

Dans nos ambassades à présent, des conseils économiques ont été mis en place. Ils réunissent acteurs publics et privés pour échanger les analyses sur la situation du marché local, les difficultés ou succès que rencontrent les entreprises, les stratégies déployées par les autres pays, nos concurrents sur ces marchés. Ils suivent aussi les négociations commerciales bilatérales ou multilatérales, doivent comprendre l’évolution des débats chez nos partenaires et mieux identifier nos intérêts offensifs et défensifs dans la négociation. Ces conseils décèlent les filières et secteurs prometteurs, pour un meilleur effort collectif et beaucoup a été fait sur l’agroalimentaire par exemple. Les conseils ont pour rôle de mieux coordonner les actions de promotion des entreprises françaises et de la « destination France », et les autres initiatives susceptibles d’y contribuer. Le bilan des 98 conseils économiques mis en place à ce jour est prometteur.

Je voudrais remercier les différentes CCI de par le monde, pour leur contribution active et leur participation à toutes les actions de terrain menées en concertation avec nos postes.

Nous avons aussi cherché à rassembler l’ensemble de nos politiques au service de la diplomatie économique et, plus largement, de l’attractivité du pays. Pour cela nous nous sommes dotés d’un outil nouveau, les conseils Influence et nous avons cherché à déceler et à développer les synergies qui peuvent naître de la mise en commun de ces différentes politiques.

Chaque ambassade a été instruite de mettre en place un conseil « Influence » qui réunit les différents services de l’ambassade en charge de l’action culturelle, scientifique, de l’éducation, de la coopération universitaire comme de la promotion économique. Son objectif est d’identifier, puis d’optimiser les fertilisations croisées qui peuvent émerger entre ces différents outils et politiques et la finalité, c’est l’influence de la France et son attractivité en soutien à l’action des entreprises.

Je voudrais donner quelques exemples concrets de ces synergies, en matière de visas, dans le domaine de la culture, le sport, en matière d’innovation et enfin dans le domaine du tourisme.

La politique des visas a longtemps été dominée par une préoccupation centrale, certes légitime, le contrôle de l’accès à notre territoire. Mais elle représente également un enjeu très important en matière d’attractivité notamment pour faciliter la délivrance des visas à certaines catégories : les hommes d’affaires, les étudiants, les chercheurs, les touristes et pour rechercher aussi, pour certains pays cibles, ne présentant pas de risques migratoires ou sécuritaires significatifs, la mise en place d’une exemption de visas.

Cette réflexion est partie d’un constat simple dressé par Laurent Fabius : 1.500.000 Chinois se rendent actuellement en France chaque année et ils y dépensent en moyenne 1 600 euros. D’ici quelques années, il y aura quelques 200 millions de Chinois qui voyageront. Si 5 ou 6 millions d’entre eux séjournent en France, soit 3 ou 4 fois plus qu’aujourd’hui, nous aurons réduit notre déficit commercial de 10 %.

Pour contribuer à cet objectif, le ministre, en accord avec le ministre de l’intérieur, a fixé au début de cette année un objectif simple : la possibilité pour un Chinois d’obtenir en 48 heures son visa pour venir en France, notamment pour les visas de tourisme et les visas d’affaires. Dès le premier mois de mise en œuvre de cette mesure, en février 2014 par rapport à février 2013, le nombre de visas délivrés a crû de 48 %. Et les résultats sont depuis lors encore plus spectaculaires puisque l’on observe des progressions du nombre de visas délivrés de 30% à 250 %.

Comme Laurent Fabius l’a annoncé lors de la clôture des assises du tourisme le 19 juin dernier, ce dispositif sera prochainement étendu à l’Inde, à l’Afrique du Sud et à certains pays du Golfe.

Je saisis cette occasion pour saluer l’excellente collaboration qui existe entre les CCIF à l’étranger et les consulats, notamment dans le cadre des dispositifs pour la délivrance des visas d’affaires. Nous avons donné instruction à nos consulats de développer ce type de partenariats afin de simplifier et d’accélérer la délivrance de ces visas.

Deuxième exemple : la culture, où des synergies fructueuses entre offre culturelle française et promotion de notre économie sont en réel épanouissement, à travers les manifestations que nous organisons ou le soutien direct que nous pouvons apporter à nos industries culturelles et créatives.

En 2013, on a pu estimer que plus de 1 300 projets culturels bilatéraux menés par notre réseau ont eu des retombées économiques. Un exemple emblématique à ce titre est le « French May », festival d’événements culturels à Hong Kong, qui est notre deuxième excédent commercial dans le monde et qui a été inauguré cette année par Laurent Fabius. Cette manifestation très courue est une formidable vitrine pour nos entreprises et pour leur savoir-faire.

Elle est aussi un instrument précieux de promotion pour les régions françaises et leurs entreprises : ont ainsi été à l’honneur Bordeaux en 2012, la région Bourgogne en 2013, Lyon et la région Rhône-Alpes en 2014. Le French May s’est par ailleurs doublé d’un French Gourmay, visant à mieux faire connaître nos produits agroalimentaires, domaine où nous pouvons encore faire de nombreux progrès, en particulier en Chine.

Nous cherchons en outre à mettre en place les soutiens les plus efficaces pour les industries culturelles et créatives, qui représentent de 5 à 10 % de nos exportations, pour accompagner leur présence et leurs stratégies internationales.

Troisième exemple : le sport.

Nos ambassades ont été invitées à se mobiliser dans la perspective des grands événements qui constituent de formidables opportunités au plan économique. Je citerai notamment la « French Team for sport » que notre ambassade à Doha a constituée en vue de la coupe du Monde 2022 au Qatar. Nous y avons consacré une partie du forum d’affaires franco-qatarien qui a eu lieu ce 24 juin au Quai d’Orsay à l’occasion de la visite de l’Émir.

À Tokyo, notre ambassade et la CCI française du Japon multiplient les initiatives dans la perspective de la coupe du monde de rugby 2019 et surtout des Jeux olympiques de 2020.

Dans le domaine de l’innovation, l’enjeu est de concevoir des opérations propres à la fois à illustrer les capacités nationales, et aussi de capter les talents étrangers et les bonnes pratiques. Deux exemples au titre des premières manifestations : le French Touch Festival qui vient de s’achever à New York, la semaine dernière, et qui vise à promouvoir l’innovation française, en particulier dans l’économie numérique. Et le forum franco-suisse sur l’innovation qui a été mis en place avec le concours de notre ambassade et dont la deuxième édition, consacrée à la transition énergétique, vient de se tenir à Lyon.

Notre objectif est aussi de rénover les formules de coopération afin de favoriser les échanges avec le placement de conseillers « innovation » dans des clusters, en Allemagne, aux États-Unis, en Israël, qui permettent de recenser les bonnes pratiques à l’étranger et de faciliter les fertilisations croisées avec nos pôles de compétitivité. De plus, notre programme de bourses est désormais ciblé sur des pays à fort potentiel et dans des disciplines correspondant à nos intérêts économiques : je citerai les programmes de bourses Eiffel, Major ou encore « Quai d’Orsay Entreprises », cofinancé par le ministère et certaines entreprises (Total, GDF Suez) pour assurer la formation en France de leurs collaborateurs).

Enfin, dernier exemple : le tourisme, dont le développement relève désormais des attributions du ministère des affaires étrangères.

Deux raisons à ce rattachement. On compte aujourd’hui 1 milliard de touristes dans le monde, dont 83 millions séjournent en France, pour une recette qui contribue à hauteur de 7 % à notre PIB. Or d’ici 2030 le nombre de touristes devrait doubler, pour atteindre 2 milliards. Tout l’enjeu pour la France sera de continuer à bénéficier, et même davantage qu’aujourd’hui, de ce formidable potentiel de croissance. La deuxième raison, c’est qu’à côté des actions et des investissements profitables au tourisme à entreprendre en France même, et des mesures à éviter, notre réseau, nos ambassades doivent s’impliquer fortement dans cette ambition par une analyse plus fine des attentes des touristes vis-à-vis de la destination France ; par une participation active à l’information des publics sur le tourisme en France ; par l’intégration du tourisme dans les « saisons culturelles croisées » et par des campagnes de promotion plus ciblées dans les pays tiers, avec le concours de tous, en part iculier les CCIF à l’étranger.

Aussi nécessaire soit-elle, cette action gouvernementale, cette mobilisation des services de l’État ne sont que l’environnement et le soutien, que nous souhaitons le plus efficace possible, de celles des acteurs économiques, au premier chef des entreprises.

À cet égard, le rôle de CCI France International est central, avec ses 113 chambres, et le réseau des 32 000 entreprises membres volontaires qu’elles animent dans 83 pays. Nos ambassades et leurs services ont noué de longue date avec le réseau consulaire une relation d’une grande vitalité.

Ce partenariat est traditionnel et fructueux. Je pense notamment aux contributions efficaces apportées par les CCIF à l’étranger, le plus souvent dans le cadre des comités consulaires locaux qui se traduit par la vitalité de la communauté française d’affaires à l’étranger et à sa structuration et par le soutien aux Français de l’étranger, notamment dans leurs recherches d’emploi.

Ce partenariat s’est approfondi récemment, avec l’accueil, dans vos chambres, d’une dizaine de volontaires internationaux (VIA), qui renforcent notre dispositif économique dans les pays où il est sous-dimensionné par rapport au niveau des échanges et, surtout, à leur développement potentiel. Ce dispositif se met progressivement en place depuis 2013, par exemple en Équateur, au Costa-Rica, en Nouvelle-Zélande, au Cambodge, au Nigéria. Je tiens à remercier les CCIF qui ont accueilli en leur sein ces volontaires.

Enfin, je souhaiterais, en conclusion, mettre l’accent sur trois attentes du ministère des affaires étrangères et du réseau diplomatique à l’égard des CCIF.

Ces attentes vous sembleront sans doute bien traditionnelles, mais elles sont en réalité essentielles, car elles nourrissent le travail diplomatique et lui sont complémentaires.

Nous comptons en effet sur vous pour, en premier lieu, continuer à nous alimenter en informations de terrain. Les Chambres sont en effet les mieux placées, par leur ancrage local, pour connaitre et nous informer sur le tissu économique local, sur les attentes de la communauté d’affaires à l’égard de notre pays, sur les meilleures façons de soutenir nos entreprises dans chaque contexte et sur les secteurs économiques offrant les plus forts potentiels.

Ensuite, nous comptons sur une contribution renforcée des CCIF aux actions de promotion de la marque et de la destination France. Vous continuerez d’être régulièrement associés à l’ensemble des manifestations, organisées par les ambassades, dont nous cherchons à renforcer la dimension économique.

Mais, par votre implantation locale, vos contacts quotidiens avec les décideurs locaux, vous êtes aussi des ambassadeurs privilégiés de l’image de la France et de son attractivité. Nous attendons de vous, dans ce registre, deux choses. Tout d’abord contribuer, par l’explication et la persuasion vis-à-vis de nos partenaires et des investisseurs, à redresser certaines présentations injustes ou excessives de notre pays. Mais aussi témoigner, auprès de nos services, des incompréhensions et des réticences que suscitent, chez vos partenaires d’affaires, certaines de nos initiatives et mesures nationales.

Enfin, la contribution des CCIF est attendue pour inspirer notre action dans le cadre multilatéral et plus particulièrement européen.

La mondialisation s’est traduite au cours des dernières années, par trois évolutions majeures : une dérégulation de certaines activités, notamment financières, la juxtaposition des normes et des droits nationaux, emportant des effets extraterritoriaux mal ou peu coordonné et un mouvement, du fait notamment d’absence d’avancées à l’OMC, de structuration du commerce mondial par des réseaux d’accords avec des pays tiers ou entre les grands ensembles régionaux.

Le rôle de l’Union européenne est plus que jamais crucial, face à ces évolutions. Elle contribue, par l’intégration du marché intérieur et des économies qui le composent, à l’attractivité de l’Union et de ses États membres, dont la France, au carrefour de l’Europe, profite au premier chef, notamment pour l’accueil des investissements. Elle structure, à travers la politique commerciale et les accords conclus dans ce cadre, nos relations avec les pays tiers et les grands ensembles régionaux. L’Europe, enfin, est un producteur essentiel de normes et contribue, par leur diffusion dans les pays tiers, à soutenir les chances d’accès au marché de nos entreprises.

Ce que nous attendons de l’Union, et en particulier des nouvelles institutions qui vont se mettre en place au cours des prochains mois, c’est d’abord d’être efficaces, et de l’être au service de l’intérêt européen, de celui des entreprises européennes, avec détermination, lucidité, sans naïveté.

À cette fin, nous devons, pouvoirs publics, entreprises et leurs porte-paroles, au premier chef les CCI, être les plus présents et les plus actifs dans la conception et la conduite des politiques européennes. Par exemple, pour identifier et faire remonter les problèmes d’accès aux marchés que rencontrent nos entreprises et que nous pouvons faire valoir dans le cadre des négociations commerciales qui doivent être fondées sur une véritable réciprocité. Ou bien pour proposer et mettre au point dispositifs et instruments dont doit impérativement se doter l’UE pour rester compétitive : en matière de recherche et d’innovation, de politique industrielle, de politique énergétique ou climatique, ou encore de protection des investissements.

Le Conseil européen des 26 et 27 juin vient d’arrêter quelques priorités stratégiques de l’Union pour les cinq prochaines années. Elles devront être enrichies et précisées au cours des prochains mois.

Nous comptons sur un dialogue avec vous, direct, assidu, confiant pour proposer, impulser, renforcer, corriger quand cela est nécessaire, faire de l’Europe un levier efficace d’abord de redressement, ensuite de prospérité recouvrée, pour notre pays et pour notre continent.

Je vous remercie pour votre attention.


PLAN DU SITE



MENTIONS LÉGALES & INFOS PRATIQUES

Tous droits réservés - Ministère des Affaires étrangères et du Développement international - 2014