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Francophonie - Discours de Mme Annick Girardin, secrétaire d’État chargée du développement et de la Francophonie, prononcé devant les étudiants de l’Université française en Arménie (UFAR) (Erevan, le 22 janvier 2016)

Mesdames et Messieurs,

Chers Étudiants,

L’Université française en Arménie (UFAR) est devenue depuis une décennie une étape inévitable pour un visiteur en Arménie. Le président de la République française, François Hollande, était d’ailleurs ici le 24 avril dernier pour un échange avec ses étudiants. C’est donc pour moi tout à la fois un grand honneur mais aussi une véritable joie d’être parmi vous aujourd’hui, et de pouvoir m’exprimer devant autant de jeunes qui ont choisi de suivre des études dans cette langue que nous avons en partage, le français, et de poursuivre leur formation supérieure à l’UFAR, dans cette institution de référence par la qualité de ses enseignements et de ses diplômes français et arméniens.

Depuis longtemps, bien avant le drame du génocide, nos deux pays, nos deux peuples, ont mêlé leurs destins. Et aujourd’hui, vous êtes, l’incarnation du lien fort qui existe entre nos deux pays, fait d’amitié, d’admiration, et de confiance.

Or, à l’heure des défis globaux qu’il nous faut relever (migration, lutte contre le terrorisme, menace de récession économique, réchauffement climatique), nous devons nous unir plus que jamais au sein d’espaces de solidarité privilégiée, autour de valeurs communes, de valeurs universelles, qui fondent notre humanité : fraternité/solidarité, ouverture, écoute, dialogue, plaisir d’être ensemble, différents.
La Francophonie est un de ces espaces de solidarité privilégiée qu’il faut enrichir sans cesse avec des idées neuves en se tournant prioritairement vers vous, la jeunesse francophone en attente de solutions mais aussi porteuse de renouveau : voici une des ambitions que je soutiens avec force en tant que secrétaire d’État au développement et à la Francophonie pour tous les pays qui ont la langue française en partage.

L’espace francophone, un espace de solidarité et de communauté d’intérêts

Cet espace francophone comme lieu de solidarité privilégiée, il est d’abord géographique. En effet, pris dans sa seule dimension Europe-Afrique, c’est trois fois la superficie de l’UE : de la Belgique au sud-est de la RDC en passant par Erevan, on est, dans tous ces territoires, capable de s’exprimer en français !

Mais la francophonie, ce n’est pas qu’un espace géographique, c’est aussi un espace culturel avec comme doctrine la défense du plurilinguisme (politique linguistique).
Plurilinguisme que vous connaissez bien puisque vous aussi vous évoluez dans un contexte où cohabitent votre langue, l’arménien, mais aussi l’importance non négligeable de la langue russe, héritée de l’histoire, et où la place de l’anglais croit de jour en jour. Dans cette dynamique, le français a toute sa place, et la cohabitation de toutes ces langues est, et doit être, conçue comme un enrichissement et une chance à saisir.

La francophonie, c’est aussi un espace de dialogues avec la diversité du monde : dépasser les clivages classiques Est-Ouest ; considérer l’égale importance et dignité de toutes les cultures sans domination de l’anglais ou d’une autre langue.
Cet espace francophone est enfin un = écosystème = qu’il faut développer en vue d’un développement durable, et en faveur de l’entreprenariat et l’emploi pour les jeunes et les femmes :

• Le français est la 3ème langue des affaires : pas uniquement langue littéraire ou diplomatique, mais langue d’innovation, de = développement = au sens large (économique, social), du numérique dans un monde toujours plus dématérialisé et connecté.

• Le français met les gens en réseau, renforce les liens au sein d’un espace économique décomplexé, où l’esprit d’entreprendre se décline avec fierté et conviction en français. C’est toute l’idée d’une « francophonie économique » : celle de développer un système capable de répondre de manière pragmatique aux attentes et besoins de la jeunesse. C’est un vaste chantier, ambitieux mais possible pour les francophones des 5 continents et ses entrepreneurs innovants !

Mon engagement dans la défense et la valorisation de cette francophonie, il est ancien, personnel avant d’être professionnel.

Issue d’un territoire d’outre-mer entouré d’Américains et de Canadiens anglophones, je sais ce que c’est que de lutter pour sa langue !

De mon expérience de « francophone nord-américaine », je tire les enseignements suivants sur la francophonie :

• Ce n’est pas que la France : Les français sont statistiquement minoritaires dans la famille francophone (un quart).

• Ce n’est plus la Françafrique

  • avec d’un côté une France réputée dirigeante et arrogante ;
  • et de l’autre des populations d’autres espaces périphériques francophones subissant une « langue française tueuse de leurs langues nationales ». Comme le disait un ancien premier ministre haïtien, « Nous ne sommes pas locataires de la langue française, nous en sommes les copropriétaires ».

• C’est l’Afrique, bien évidemment, mais également :

• Les Amériques : +33 M de locuteurs avec un véritable réseau des villes francophones et francophiles
• L’Asie, le Pacifique
• L’Europe et le Caucase : amis belges, suisses, arméniens… mais également = 15 M = de locuteurs français en Allemagne…

C’est des centaines de « cœur », dont celui de la France, chacun possédant un rythme différent.

Plus qu’un cercle avec un centre, c’est un espace avec des centres partout.
Un de ces centres, un de ces cœurs, est l’Arménie.

La francophonie en Arménie : un engagement institutionnel réalisé mais des défis qui doivent encore être relevés

L’Arménie est depuis toujours très francophile et particulièrement attachée à la langue française et à sa culture. Depuis le Sommet de Kinshasa (octobre 2012), une étape a été franchie avec son adhésion à l’OIF et la signature à cette date d’un « Pacte linguistique » qui marque sa volonté d’approfondir son inscription dans la communauté internationale francophone en développant la place du français dans l’enseignement, en favorisant l’accès aux produits culturels francophones, en encourageant l’usage du français dans les administrations et dans les relations économiques (tourisme).

En 2016, en Arménie, on compte désormais d’environ 40 000 élèves et étudiants de français, chiffre en augmentation de 14,3% depuis 2012 ce qui montre l’engouement des arméniens pour la langue française :

• l’école française en Arménie est de plus en plus fréquentée, par quelques jeunes Français bien sûr, mais surtout par de jeunes Arméniens, qui deviendront bientôt vos successeurs sur ces bancs
• 5 écoles dispensent des cours de français renforcé avec trois heures de français supplémentaire par semaine dont bénéficient plus de 400 élèves
• le lycée franco-arménien 119, s’il doit encore se développer, délivrera cette année pour la première fois des diplômes avec mention « bilingue francophone », facilitant la poursuite d’études universitaires en France ou ici, à l’UFAR.

Enfin, Erevan a accueilli, en octobre 2015, le Conseil permanent de la Francophonie et la 31ème Conférence ministérielle de la Francophonie, preuve de son engagement francophone en matière de relations internationales et de l’importance de la francophonie comme lieu de dialogue politique pour l’Arménie.

Un environnement favorable à la francophonie, avec un pacte qui a permis d’accroitre la mobilisation du pays en faveur de la langue française donc où, néanmoins, des défis sont encore à relever pour réaffirmer les orientations, la visibilité et les priorités d’une francophonie dynamique en Arménie.

Sont attendus ainsi des engagements plus importants en faveur du français dans les programmes scolaires et la mise en place d’une politique éducative et linguistique pro-francophone menée par le ministère de l’éducation arménien, un soutien à la continuité et au développement des filières de français renforcé et de la filière bilingue, mais aussi le suivi de dossiers comme l’intégration de TV5 Monde à la TNT arménienne afin d’offrir une intéressante opportunité sur le plan pédagogique pour la diffusion de la langue française dans le pays.

Tous ces enjeux que l’Arménie va devoir encore relever ne doivent pas faire oublier l’intérêt réel pour le français qui existe chez les jeunes arméniens et l’attractivité que l’UFAR représente en tant qu’institution synonyme de réussite et d’excellence.

L’UFAR, une francophonie vivante et « utile » en Arménie

Avec 1.200 étudiants inscrits à la rentrée 2015, il y a près de 20% de plus d’étudiants à l’UFAR que l’année passée. Offrant un enseignement d’excellence dans les domaines du droit, de la gestion, de la finance et du marketing, l’UFAR est aussi un modèle de gouvernance universitaire et d’éducation aux valeurs européennes et francophones.

Vous évoluez ici dans un environnement ouvert sur le monde et les autres, où la langue française et sa culture rayonnent et où la francophonie est belle et bien concrète puisque c’est vous qui portez haut ses couleurs.

Et les résultats sont là : tous ceux qui en sortent occupent rapidement des positions à responsabilité en Arménie notamment au sein d’entreprises françaises, les diplômes français (diplôme de licence ou de master délivrés par l’Université de Lyon 3) et arméniens obtenus étant reconnus comme gage de qualité. Le taux d’insertion professionnelle avoisinant les 80% par promotion, l’UFAR est la preuve indiscutable de l’apport de la francophonie dans la zone du Caucase et explique le projet en cours d’une ouverture accrue dans la région en direction d’étudiants géorgiens, iraniens, voire russes.

Membre titulaire de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), depuis le 15 mai 2006, comme 5 autres universités arméniennes, l’Université française en Arménie, coopère notamment depuis plusieurs années avec l’Agence pour le financement de mobilités enseignantes dans le cadre de son partenariat avec Lyon 3 pour une meilleure formation de ses enseignants.

Elle abrite et orchestre également la chaire Senghor d’Arménie depuis 4 ans, et a récemment choisi de la spécialiser dans le droit, ce dont je la félicite. En effet, que la chaire Senghor puisse mobiliser aujourd’hui des experts venus de Géorgie, d’Arménie et de France sur des thématiques d’actualité juridique - hier sur la gestation pour autrui (GPA) et en avril prochain sur la gouvernance des entreprises - est déjà un premier très grand succès qui témoigne de l’importance de la francophonie utile, celle qui répond aux attentes et aux besoins des pays qui relaient la francophonie.
Je tiens donc à vous saluer futurs diplômés de l’UFAR qui vous trouvez devant moi : vous êtes une fierté et une chance pour la France comme pour l’Arménie.
Vous incarnez la vitalité de leur relation et la confiance dans leur avenir et votre attachement à la langue française vous inscrit même au-delà de cette relation privilégiée, au sein d’un espace francophone multiple et divers.

Vous voyant si nombreux aujourd’hui, j’en ai la conviction cet attachement et ce lien si précieux entre l’Arménie et la francophonie durera encore longtemps.
Je vous remercie de votre attention.


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