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Intervention de Laurent Fabius - Réunion des Conseillers de coopération 2012 (Paris, 17 juillet 2012)

"Mesdames, Messieurs,

Avant de commencer, je voudrais rendre hommage à Monsieur Michel Soignet, attaché de coopération pour le français à Bucarest, disparu dimanche dernier. Cet homme était un pédagogue dont les qualités d’intelligence, de disponibilité, de calme étaient reconnues. Il a consacré sa vie entière à la promotion du français. Il aimait passionnément ce métier, votre métier.

Mesdames, Messieurs,

Comme vous le savez - j’en ai fait l’une des priorités de notre action - je considère que la France peut et doit s’affirmer comme une « puissance d’influence ». Elle le doit, parce que c’est notre mission de peser dans les affaires du monde. Elle le peut, parce que nous bénéficions d’atouts importants. Héritier d’une grande histoire, notre pays rayonne par sa langue, par sa culture, par sa pensée, par sa science, par ses valeurs, par ses territoires, mais aussi par sa capacité à échanger avec les sociétés et les cultures étrangères. Il existe une puissance d’attraction de la France et de son image, qui constitue le socle de notre place particulière dans le monde, à la fois universelle et singulière.

Il y a quelques jours, je recevais ici même Aung Sang Suu Kyi, prix Nobel de la Paix, en compagnie d’un grand nombre d’acteurs culturels. Cette grande dame rappelait combien l’apprentissage de la langue française et à travers elle, celui de nos auteurs et de nos penseurs, à commencer par Victor Hugo, l’avait soutenue pendant ses longues années d’assignation à résidence ; combien, aussi, elle comptait sur l’Institut français de Birmanie pour poursuivre et intensifier l’action menée pendant les années sombres aux côtés des créateurs birmans. Ce message donne sens à toute notre action. Parmi vos élèves, parmi ceux qui fréquentent vos Instituts et établissements, parmi les visiteurs de vos expositions, il y a les ambassadeurs de la francophonie de demain, certains des grands amis de la France des prochaines décennies et aussi, sans doute, quelques uns des combattants de la liberté du XXIème siècle.

Mais aucune position n’est jamais acquise. Des atouts que l’on ne cultive pas s’étiolent. C’est pourquoi j’ai fait de la diplomatie d’influence notre priorité. Diplomatie culturelle et diplomatie économique en sont les outils. Les deux sont liés. La conférence des ambassadeurs de la rentrée, avec le président de la République et le Premier ministre, sera l’occasion de les mettre en valeur.

Mesdames, Messieurs,

Vos métiers sont au cœur de la stratégie de ce ministère. La coopération culturelle et audiovisuelle, la coopération universitaire, scientifique et de recherche sont des éléments clé de notre rayonnement sur la scène internationale. La promotion de la francophonie et l’enseignement français à l’étranger, appuyé sur un réseau exceptionnel, en constituent des pièces maîtresses.

Tout cela, c’est vous qui, à travers le monde et au prix d’efforts dont je connais l’importance, êtes chargés de le mettre en œuvre, auprès de publics de plus en plus larges. J’en ai recueilli des témoignages élogieux à l’occasion de mes premiers déplacements hors de nos frontières ou des rencontres organisées ici. J’ai pu le constater en visitant la semaine dernière aussi bien l’Institut français de Pékin, qui, je le souligne en passant, est un bel exemple de complémentarité avec l’Alliance française, que hier l’Institut français d’Alger.

Pour être efficace, une diplomatie d’influence a besoin d’axes et de lignes directrices. Je souhaite, ce soir, les aborder rapidement avec vous.

* *

D’abord notre coopération culturelle. Notre influence culturelle, c’est à la fois une méthode et deux objectifs :

La méthode, c’est le partenariat et la transversalité. Nous sommes présents dans le monde pour faire connaître la culture et la création françaises, bien sûr, mais aussi pour développer et soutenir la diversité culturelle, pour le faire dans le dialogue avec nos partenaires, pour valoriser et soutenir, au delà de la création culturelle, nos valeurs, nos atouts, nos savoirs faire. Comme disait Malraux, « la culture ne s’hérite pas, elle se conquiert »

C’est cette approche qu’illustrent notamment les saisons culturelles, à l’exemple des saisons croisées France-Afrique du Sud dont le coup d’envoi vient d’être donné à Johannesburg. Cette Saison française en Afrique du Sud, mise en œuvre par l’Institut français, se déploie dans tous les domaines de notre coopération : la culture, l’éducation, la santé, la jeunesse, l’économie. Un forum économique y côtoiera des festivals de films, des manifestations d’art contemporain, un colloque de professeurs de français, des compétitions sportives ou encore une campagne de valorisation des produits français.

Nos objectifs, j’en vois au moins trois :

- le premier consiste à faire rayonner dans le monde nos valeurs et nos messages. Notre discours, bien sûr, n’est pas univoque. Il n’est pas décliné de la même manière à New York, en Afrique du Nord ou en Corée. C’est votre rôle et votre talent que de procéder à cette adaptation en concertation avec le ministère, l’Institut français et la Fondation Alliance française. Cet objectif est l’essence même d’une diplomatie d’influence.

- le deuxième consiste à valoriser et soutenir notre création à l’étranger dans sa diversité. La valoriser, y compris dans sa dimension économique et aujourd’hui j’insiste sur ce point qui n’est pas un tabou. Nos industries culturelles et créatives comptent pour environ 5 % de nos exportations. C’est aussi votre rôle que d’aider au développement de ces marchés dans lesquels l’excellence française est reconnue. Je pense, par exemple, au jeu vidéo pour lequel nos créateurs sont excellents et qui constitue un secteur d’activité en très forte progression.

- La culture est aussi un facteur de développement à travers les enjeux d’éducation et d’émancipation. Nous y sommes et serons particulièrement attentifs avec le ministre délégué au Développement, Pascal Canfin.

Un mot, à ce propos, du rôle joué par notre outil de diffusion audiovisuelle à l’étranger. Dans un pays développé ou émergent, la durée moyenne passée quotidiennement par chaque personne devant son poste de télévision est de 3h16 en 2012. Il faut en retenir un enseignement : c’est par ce canal essentiel que se construisent aujourd’hui beaucoup des références culturelles et politiques, modes de vies et de consommation. Il est fondamental que nous y soyons présents. Le gouvernement vient de décider de préserver une entreprise unique dédiée à l’audiovisuel extérieur, au sein de laquelle la spécificité et l’identité de France 24 et RFI seront respectées. Nous avons pris ces décisions dans l’objectif de permettre à notre audiovisuel extérieur de rester dynamique dans un environnement mondial concurrentiel. Nous nous attacherons à ce que TV5Monde, excellent opérateur de la francophonie, dispose des moyens suffisants pour assumer sa mission. Je vous demande de me rendre compte régulièrement des enjeux et difficultés que notre action audiovisuelle rencontre.

Le numérique est un autre outil de notre politique de rayonnement culturel. Il est devenu un vecteur d’influence majeur dans tous les secteurs de la vie internationale. Si nous savons l’utiliser, c’est un remarquable multiplicateur d’influence culturelle. Je souhaite que se mette en place dans vos postes un réseau de correspondants numériques afin d’aider à la définition, d’ici la fin de cette année, d’une stratégie globale du numérique.

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La promotion du français dans le monde constitue une deuxième priorité de notre diplomatie culturelle. La francophonie représente une aire naturelle d’influence essentielle pour notre pays. Il y aura, en 2050, 700 millions de francophones, dont 80 % sur le seul continent africain.

Mais là non plus, rien n’est définitif, en Afrique sub-saharienne ou au Maghreb, mais aussi dans les pays émergents où se joue l’avenir. Rien ne serait acquis si nous ne faisions pas de la jeunesse notre premier cœur de cible. Si nous ne valorisions pas le français non seulement comme langue de tradition et de culture, mais aussi comme langue d’avenir, langue de la mondialisation et de la modernité, langue de l’économie et de l’emploi.

Avec Yamina Benguigui, ministre déléguée à la Francophonie, nous présenterons prochainement une stratégie actualisée pour cette politique du français. Celle-ci tiendra compte des conclusions des États généraux organisés l’année dernière et du récent Forum mondial de la langue française auquel nous avons apporté notre soutien. J’ajoute que nous sommes très attachés au rôle du Français en Europe et au sein des institutions européennes - le ministre délégué, Bernard Cazeneuve, y sera particulièrement attentif.

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Mesdames, Messieurs,

L’éducation est une priorité majeure de ce gouvernement. Cette priorité doit se décliner dans notre réseau scolaire à l’étranger, qui accueille, outre 110.000 jeunes compatriotes, près de 200.000 élèves étrangers, dans 130 pays. J’y suis très attaché et je veillerai à son développement. Il en va de notre influence et de notre rayonnement. Le défi n’est pas facile : nous devons répondre à une demande croissante d’éducation à la française dans un contexte budgétaire contraint. Les arbitrages budgétaires à venir préserveront cet outil.

Mais je veux que nous portions notre réflexion plus loin et que nous nous donnions une stratégie pour le développement de notre politique scolaire à l’étranger. C’est à la fois un outil au service de nos communautés et, les chiffres que j’évoquais plus haut l’illustrent, un outil d’influence unique. Hélène Conway, ministre déléguée aux Français de l’étranger conduira cette réflexion qui rassemblera tous les partenaires concernés : les représentants des Français de l’étranger, les parents, les syndicats d’enseignants, l’AEFE, le Mission laïque française…

La France peut aussi s’appuyer sur une coopération universitaire, scientifique et de recherche forte et reconnue. Cette coopération joue un rôle majeur pour promouvoir l’excellence scientifique et technologique de notre pays, contribuer à son attractivité auprès des étudiants et chercheurs étrangers, diffuser les modèles français de pensée, d’enseignement et de recherche tout en aidant nos universités à s’internationaliser. Permettez-moi, à ce propos, de saluer la naissance de Campus France, notre nouvel opérateur qui sera pleinement opérationnel à la rentrée 2012.

Je souhaite que le ministère des Affaires étrangères associe plus étroitement le monde académique aux enjeux de politique étrangère en l’incluant pleinement dans la mobilisation de notre expertise nationale. Il faut être présent dans les lieux d’influence - ces lieux clés où se conçoivent les réglementations, où se créent les normes, où se développent les idées, où émergent les élites - pour valoriser au mieux le savoir-faire français.

Car, si elle est académique et scientifique, l’enjeu de cette coopération est aussi économique. Il est décisif que notre recherche soit intégrée dans les grands réseaux mondiaux. Les étudiants formés en France seront autant d’interlocuteurs privilégiés pour nos entreprises. Une bourse d’étude peut changer une vie et attacher plus durablement un jeune à la France que les meilleures actions de communication.

C’était là le contresens total de la circulaire « Guéant » que nous avons abrogée. Elle portait une vision fermée de la France alors que nous pensons, nous, que l’avenir d’une nation forte est dans l’ouverture et le brassage.

* *

Le réseau que vous constituez, celui de nos Instituts français et de nos Alliances françaises, est l’instrument de mise en œuvre de cette diplomatie d’influence. C’est à lui que revient le rôle de mobiliser pour exploiter les atouts que je viens de rappeler. Il a fait face ces dernières années à plusieurs réformes, aussi me semble-t-il que le moment d’une stabilisation est venu. Je n’ai pas de passion particulière pour le mécano et nos enjeux sont ailleurs. Je serai particulièrement vigilant sur ce point.

Comme vous le savez, nous allons devoir agir dans un contexte budgétaire difficile. Le président de la République et le gouvernement ont pris l’engagement de réduire progressivement à zéro le déficit budgétaire et il est normal que notre ministère participe à l’effort commun. Il est légitime, aussi, que tout ce qui dans vos métiers peut s’inscrire dans les grandes priorités fixées par le gouvernement soit considéré comme tel. La réflexion est en cours sur les conséquences de cet effort pour nos moyens, notamment dans le domaine qui nous réunit aujourd’hui.

Mais je ferai en sorte que le réseau français, qui est au cœur de notre dispositif d’influence, puisse continuer à assurer ses missions. Nous tiendrons compte des contraintes, bien entendu, mais si nous les recevons d’abord comme une nécessité de repenser notre action pour la rendre plus efficace, alors il doit en sortir une diplomatie d’influence moderne et porteuse d’avenir.

Ces contraintes sont aussi un appel à développer de nouveaux moyens d’actions, à mieux définir ce que sont nos priorités géographiques et stratégiques, à développer des méthodes de travail nouvelles. Elles sont un appel à nous appuyer davantage sur les nouvelles technologies y compris sur les réseaux sociaux ; un appel à une utilisation plus active et organisée de relais académiques (think tanks et fondations, réseau des Instituts français de recherche à l’étranger…) ou des grandes ONG. Elles sont un appel à mieux coordonner nos actions, et notamment la coopération décentralisée, souvent particulièrement innovante. Elles sont un appel, enfin, à coopérer au niveau européen, pour lever des financements communautaires ou monter des opérations conjointes.

Les défis sont donc nombreux, ils sont passionnants et je suis convaincu, qu’ensemble nous les relèverons

Mesdames et Messieurs,

Pour moi qui ai eu le privilège de diriger plusieurs grandes administrations et le gouvernement lui-même, c’est un honneur aujourd’hui de diriger ce ministère et ce réseau, qui a pour mission d’être le visage et la voix de la France. Vous pouvez compter sur moi pour vous soutenir et pour vous donner les moyens d’assurer vos missions. Je sais que je peux compter sur vous, sur votre professionnalisme et sur votre engagement.

Merci."


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