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Journées du réseau - Services de coopération et d’action culturelle - Discours de Laurent Fabius (Paris, 16 juillet 2014)

Madame la Secrétaire d’État,

Madame la Présidente,

Messieurs les Présidents,

Mesdames et Messieurs les Conseillers et les Attachés,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Je suis heureux d’ouvrir l’édition 2014 des Journées du réseau. Depuis notre dernière réunion, le nom du ministère des affaires étrangères a été un peu rallongé. La facilité d’énonciation y a perdu mais l’efficacité de l’action y a, je l’espère, gagné. Ce nom reflète l’élargissement des compétences de notre maison vers le commerce extérieur et la promotion du tourisme. Il traduit l’orientation que le président de la République, le Premier ministre et moi-même souhaitons donner à notre action extérieure, que je résume par le terme de « diplomatie globale ».

Je veux dire par là que les différentes composantes de notre diplomatie ne sont pas des domaines séparés qui pourraient répondre à des logiques cloisonnées et indépendantes. Toutes doivent concourir aux mêmes objectifs : promouvoir nos principes et nos intérêts, étendre notre influence, projeter une image positive de notre pays. Elles se complètent et se renforcent.

Cette configuration nouvelle place le réseau de coopération et d’action culturelle au centre de notre stratégie. C’est le message que je souhaite vous adresser aujourd’hui.

La culture, l’éducation, la coopération universitaire et scientifique, la francophonie sont au cœur de cette stratégie globale car elles constituent quelques-uns de nos atouts les plus précieux et les plus reconnus. Les autres aspects de notre diplomatie - diplomatie stratégique, diplomatie économique - doivent s’appuyer sur notre rayonnement culturel, intellectuel, scientifique et linguistique. Vous êtes par vos fonctions, un élément central de notre action extérieure.

Un exemple tiré de l’actualité : vous avez peut-être entendu parler des deux expositions de chefs-d’œuvre de la peinture française organisées à Pékin et Shanghai. Elles ont rencontré un vrai succès avec plus d’un demi-million de visiteurs. L’affluence a été telle qu’il a fallu rallonger les périodes d’ouverture. Ce qui m’intéresse ce sont les retombées positives pour la France. Oui, la culture doit irriguer toute notre action extérieure.

C’est dans cet esprit qu’ont été conçues ces journées du réseau. Elles mettent en avant quelques grands défis que notre diplomatie a à relever et auxquels toutes les composantes de notre diplomatie ont à contribuer. Il s’agit en particulier de la préparation de la Conférence Paris Climat 2015, du développement - Mme Girardin y reviendra -, de notre attractivité et de notre compétitivité.L’innovation a été choisie comme dénominateur commun. Il s’agit à la fois pour nous d’être des innovateurs dans nos actions et de faire la promotion de l’innovation française. J’y reviendrai.

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Pour remplir ces missions, une condition essentielle, que beaucoup d’entre vous mettent déjà en œuvre, c’est de travailler de manière décloisonnée.

Cela vaut, par exemple, pour la préparation de Paris Climat 2015. Elle concerne au premier chef l’équipe chargée de la préparer, désormais conduite à mes côtés par l’ambassadeur Laurence Tubiana. Elle vous concerne aussi, car la lutte contre les dérèglements climatiques appelle une véritable transformation intellectuelle à laquelle notre action culturelle doit concourir. Il s’agit de bien comprendre que passer à une économie décarbonée représente une chance pour le développement et l’emploi et non un poids négatif contre la croissance. Alors que l’accord espéré sera conclu par consensus, le pays organisateur - la France - doit jouer un rôle de facilitateur. Il s’agit en particulier de mobiliser la société civile et les acteurs locaux pour susciter une dynamique mondiale « par le bas ». Vous avez un rôle important à jouer par vos contacts et votre présence à travers le monde. Je compte sur vous pour agir en ce sens.

Dans le même esprit, nous soutenons une redéfinition ambitieuse des objectifs du développement après 2015, qui fusionnent les questions de développement et les questions d’environnement et de climat. Les complémentarités entre culture et développement ne sont plus à démontrer. Surtout à un moment où notre action en faveur du développement doit s’adapter aux bouleversements du monde. Nos relations avec les pays émergents comme avec les pays moins avancés doivent être partenariales, d’égal à égal. Alors que nos moyens budgétaires sont limités, nous devons faire preuve d’innovation en matière de financement afin de préserver notre rang parmi les grands pays donateurs. C’est essentiel pour agir dans les domaines prioritaires que nous nous sommes fixés : la coopération en matière de santé, la sécurité alimentaire, notre action en faveur de la jeunesse francophone. La secrétaire d’État, Annick Girardin, développera ces importants sujets tout à l’heure, au terme de vos discussions de ce matin.

En matière d’attractivité et de compétitivité, j’ai évoqué l’impact de la culture. Elle contribue à une image positive de la France et constitue un atout économique puissant pour nos entreprises et notre territoire. À condition de veiller, comme vous le faites, à ce que cette image soit celle d’un pays d’innovation, d’inventivité et de créativité - d’où le fil directeur de ces journées. La complémentarité entre culture et économie vaut particulièrement dans certains domaines.

Je pense d’abord au tourisme, nouvelle compétence de notre maison. Notre action culturelle suscite et doit susciter encore davantage une « envie de France », pour amplifier notre attractivité touristique. Le tourisme représente 2 millions d’emplois et 7 % de notre PIB et nous devons tout faire pour développer ce secteur. Les grandes expositions à l’étranger doivent être des moments de découverte et de promotion de notre patrimoine, de notre savoir-faire, de notre art de vivre. Lors des assises du tourisme de juin 2014, j’ai annoncé diverses mesures pour développer et diversifier l’offre touristique française et pour améliorer l’accueil des touristes en France. Plusieurs d’entre elles vous concernent directement : je pense notamment aux années croisées développées avec succès sur le plan culturel, et qui comporteront désormais un volet tourisme. Je pense aussi au Passeport Talent, qui sera mis en place à l’automne 2014 dans le cadre de la loi immigration. Je vous demande d’être particulièrement attentifs à la mise en œuvre de ces dossiers prioritaires.

Autre domaine : il n’est pas envisageable de promouvoir notre culture sans appuyer le développement international de nos industries culturelles et créatives. C’est un secteur très important en valeur - il représente l’équivalent des télécommunications, de l’agriculture et du bâtiment réunis. Grâce à ses talents et à sa créativité, la France est compétitive, comme le montre notre solde extérieur positif dans ce domaine. Mais nous pouvons et devons faire encore mieux. Il vous revient d’appuyer nos entreprises, notamment nos « start up » qui associent inventivité artistique et innovation technologique, et les organismes professionnels de soutien à l’exportation afin de conquérir de nouveaux marchés, d’atteindre de nouveaux publics, de faire progresser ensemble notre rayonnement, notre culture et notre économie.

L’attractivité globale de notre pays s’appuie sur l’attractivité envers les jeunes et les étudiants. D’où l’importance que j’accorde à notre coopération universitaire. Le nombre d’étudiants dans le monde qui poursuivent leurs études à l’étranger va doubler dans les 5 prochaines années pour passer de 3 à 6 millions. Capter une part significative de ces nouveaux flux représente un enjeu majeur pour notre enseignement supérieur et notre recherche et l’image de la France. La France, 3ème destination des étudiants internationaux, avec 290.000 étudiants accueillis, dispose d’atouts, la qualité de notre enseignement, notre excellence scientifique, la richesse de notre offre de formation. Sur ce dernier point,je souhaite en particulier appeler votre attention sur l’expertise française en matière de formation professionnelle et, dans ce domaine, sur le rôle du CIEP. Mais dans un contexte de concurrence exacerbée, il faut être offensif. C’est ce que j’attends de vous, de nos ambassades et de notre opérateur, Campus France. C’est une préoccupation partagée avec Benoît Hamon, ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Notre action doit se porter particulièrement en Asie et en Amérique latine. Nous devons également faire évoluer le dispositif des Instituts français de recherche à l’étranger et renforcer ces liens avec le système universitaire français.

Nous devons tirer le meilleur profit de l’explosion du numérique. Elle transforme les modes de distribution des œuvres de l’esprit, de diffusion de la pensée, de création, de production de la culture. Toute l’économie de la culture connaît un profond bouleversement. Notre politique d’influence doit être en phase avec ce monde interconnecté. À l’automne, Campus France va lancer un projet que j’ai souhaité et pour lequel je compte sur la mobilisation de tous : une plateforme numérique à destination des anciens étudiants étrangers en France, les alumni. Ce réseau social permettra de créer ou de développer les réseaux d’anciens diplômés autour des ambassades et de disposer d’un outil d’influence utile aux universités, aux entreprises et à vous-mêmes.

Je veux aussi mentionner le domaine du sport. Rassurez-vous : je ne vous demande pas de devenir des coachs sportifs ni d’aménager des salles de sport dans vos instituts. J’ai souhaité créer et développer notre diplomatie sportive qui constitue un enjeu économique et linguistique. Promouvoir la place du français comme langue du sport et notamment comme langue olympique est décisif pour l’avenir de la francophonie. Jean Lévy, ici aussi, notre ambassadeur pour le sport, agira dans ce sens avec l’aide de nos postes et je compte sur votre soutien.

La mise en œuvre de ces orientations exige une organisation adaptée. J’ai demandé à nos postes dans les pays avec qui nos échanges commerciaux dépassent 50 millions d’euros de disposer de plans d’action économique interministériels. Ceux-ci doivent notamment expliciter les complémentarités entre diplomaties économique, culturelle et scientifique. En France, notre organisation connaît des évolutions afin de nous rendre plus efficaces : tutelle désormais rationalisée pour la diplomatie économique et le commerce extérieur, fusion de l’AFII et d’Ubifrance, mise en place d’une stratégie économique à l’AFD, réforme de notre expertise dès 2015. Tout cela améliorera l’efficacité en simplifiant les structures.

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Je l’ai dit en commençant : ce décloisonnement ne signifie nullement la dilution de notre diplomatie culturelle. Il s’agit de la placer au cœur de notre action, de la renforcer, de la démultiplier.

La diplomatie culturelle est une marque de fabrique de notre action extérieure. Notre drapeau flotte à travers le monde sur des bâtiments à vocation culturelle, éducative et scientifique : instituts culturels, Écoles françaises, instituts de recherche, écoles et lycées français, mouvement des « Alliances françaises », etc. Alors que de nombreux pays investissent ce domaine, nous sommes aujourd’hui fréquemment copiés. Sur les cinq continents on observe, analyse et parfois on imite notre diplomatie culturelle.

Depuis plus de deux ans, j’ai pu mesurer, notamment lors de mes déplacements, la qualité de votre travail, la diversité de vos actions et le dynamisme du réseau. Je pense, par exemple, au Festival « French May » organisé chaque année à Hong-Kong, auquel j’ai eu le plaisir de participer l’an passé. Récemment, j’ai constaté en Inde l’accompagnement exemplaire des étudiants étrangers à travers les « séminaires de préparation au départ ». Il me revient par les professionnels, nos artistes et nos opérateurs, des témoignages nombreux sur la reconnaissance et l’estime de l’action du réseau.

Je pense notamment aux « saisons » que nous lançons avec un certain nombre de nos partenaires, qui sont particulièrement appréciées. En témoigne le calendrier des prochaines années déjà très dense : Chine et Vietnam cette année, Croatie, Corée, Israël, Abou Dabi, Indonésie, Colombie, Qatar demain. Ces rendez-vous font connaître la création française, nos artistes, musiciens, plasticiens, danseurs, chorégraphes, architectes, et réciproquement quand elles sont « croisées ». Notre spécificité - j’y insiste - consiste à ne pas séparer la promotion de la culture française et le soutien aux artistes et aux œuvres des pays du Sud. Traduction concrète de cet engagement : plusieurs réalisateurs et films soutenus par le Fonds ou la Fabrique des cinémas du monde ont été primés lors du dernier festival de Cannes, dont la Palme d’or « Winter sleep » de Nuri Bilge.

Je salue également la mobilisation du réseau scientifique au service des entreprises françaises innovantes. Vous les aidez à renforcer leurs activités de recherche et de développement grâce à des partenariats internationaux. Quelques actions exemplaires viennent à l’esprit : la création de clubs RD par nos ambassades en Chine et en Inde, l’organisation en juin 2013 à Mexico du Forum franco-mexicain pour la recherche et l’innovation, le succès de l’Institut franco-sud-africain de technologie ou encore l’élargissement du programme « NETVA » de soutien à l’innovation à l’ensemble de l’Amérique du Nord.

Avec le président de la République et le gouvernement, nous attachons une grande importance à ces actions. Le développement de notre réseau culturel, éducatif et scientifique constitue pour nous une priorité. Ainsi, dans le prochain budget triennal (2015-2017), et dans un contexte de baisse globale, les moyens dédiés au réseau culturel seront, dans la mesure du possible, préservés.

Je me réjouis de la réouverture de la Villa Kujoyama à Kyoto, héritage de Paul Claudel, qui va pouvoir à nouveau accueillir chaque année une dizaine d’artistes en résidence, grâce au soutien de mécènes et de l’Institut français. Je profite de l’occasion pour remercier chaleureusement le président Darcos pour son action remarquable à la tête de l’Institut français depuis quatre ans et saluer l’arrivée de la nouvelle directrice générale, Anne Tallineau. Et je salue Jérôme Clément, qui vient d’être élu président de la Fondation Alliance Française. Il mettra sa grande expérience de la culture au service de notre rayonnement.

Ces projets, vos projets, nous devons mieux les faire connaître, y compris au sein même de notre réseau. C’est l’objet de la mutualisation des bonnes pratiques conduite par le Département avec la contribution de nos ambassades. Nous devons aussi davantage les valoriser auprès des milieux culturels et du grand public : c’est pourquoi nous avons noué cette année un partenariat avec France Culture. Je remercie son directeur, Olivier Poivre d’Arvor, de couvrir ces Journées du réseau. Et Yves Bigot, directeur général de TV5MONDE, ainsi que Marie-Christine Saragosse, présidente de France Médias Monde pour leur collaboration, notamment pour l’organisation de la soirée au Palais de Tokyo.

Le développement des ressources propres et des cofinancements constitue un indicateur de la vitalité de notre diplomatie culturelle. Vous avez obtenu l’année dernière des résultats qui méritent d’être salués : en 2013, le réseau culturel a mobilisé plus de 300 M€ de financements extrabudgétaires. Afin de profiter au maximum de ces cofinancements, j’ai demandé d’apporter un soutien particulier à nos implantations les plus performantes en la matière. Cela dépend bien-sûr des pays, mais un euro d’argent public dépensé est plus efficace là où l’effet de levier en termes de cofinancement est le plus élevé.

Il faut également utiliser pleinement les instruments à votre disposition pour développer les financements externes avec nos opérateurs à Paris (Institut français, Campus France). Hier, vous ont été présentés les activités de Campus France et des exemples de mise en œuvre de programmes de bourses financés par des tiers.

Le renforcement de notre diplomatie culturelle passe par une adaptation de notre dispositif à la nouvelle géographie du monde. Comme vous le savez, je suis attaché au principe d’universalité de notre réseau. Mais, sans jouer les cuistres, cette universalité ne signifie ni uniformité ni exhaustivité. Une révision de la carte du réseau culturel et de coopération a été engagée parallèlement au travail de cartographie diplomatique. Elle repose sur la nécessité d’un redéploiement vers nos priorités géographiques (pays émergents, Sahel, pays en crise), priorités sectorielles (climat et diplomatie économique notamment), et sur une articulation renforcée avec les autres structures contribuant à la présence française (consulats, Alliances françaises, établissements scolaires, représentation des opérateurs).

La mise en œuvre de cette diplomatie culturelle exige une bonne articulation avec l’ensemble des opérateurs du rayonnement culturel, notamment l’AEFE, l’Institut français, Campus France, Canal France International et les grands acteurs complémentaires de la diffusion culturelle tels que les Alliances françaises. Ces relations seront facilitées par la clarification du rôle de chacun. Comme vous le savez, une rationalisation de nos opérateurs publics d’expertise est en cours avec la création de l’Agence française d’expertise technique internationale. Vous aurez dans ce domaine dès 2015 un interlocuteur unique pour monter vos projets.

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Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

La France possède des atouts remarquables. J’ai confiance dans notre capacité à nous développer et à progresser. Notre culture, notre langue, notre recherche, notre enseignement supérieur constituent quelques-uns de ces atouts, tout comme notre réseau à l’étranger. C’est pourquoi, quel que soit le champ spécifique dans lequel vous vous déployez, votre action constitue une priorité dans le cadre de cette « diplomatie globale » dont j’ai essayé de dessiner quelques contours.

Je compte sur vous pour mettre en œuvre ces orientations. Je me réjouis de vous retrouver à l’occasion de mes déplacements et de pouvoir constater les actions que vous menez en ce sens. Mon travail est d’assurer l’anticipation et la coordination de tout cela et je vous fais pleine confiance. Merci et bon travail.


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