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Journées du réseau - Services économiques, réseaux Ubifrance et AFII - Discours de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international (16 juillet 2014)

Mesdames, Messieurs,

J’ai choisi de m’adresser à vous à l’occasion de ces journées des réseaux, ouvertes cette année aux réseaux à l’étranger de la Direction générale Trésor, d’Ubifrance et de l’AFII. C’est une première, même si, pour beaucoup d’entre vous, j’ai déjà eu l’occasion de vous rencontrer, quelle que soit l’origine ou la mission qui est la vôtre, chefs des services économiques, personnels d’Ubifrance et de l’AFII, et d’autres, vous travaillez d’une manière ou d’une autre, tous au sein et avec les ambassades. Vous faites partie intégrante de notre action internationale.

Je ne vais pas revenir longuement sur la nouvelle organisation gouvernementale : c’est maintenant une donnée que vous connaissez.
L’objectif qu’ont choisi le président de la République et le Premier ministre, c’est d’améliorer la cohérence et l’efficacité, notamment en évitant les doublons. Je compte sur votre concours pour mettre en œuvre cette belle organisation.

La nouvelle répartition des compétences s’accompagne d’un « casting » renouvelé. Je salue le nouveau directeur général du Trésor, Bruno Bézard, et la nouvelle présidente de l’AFII et directrice générale d’Ubifrance, Muriel Pénicaud. Leur présence aux côtés du secrétaire général du Quai d’Orsay est une illustration directe de notre nouvelle organisation. Je sais que nous travaillerons efficacement ensemble : en témoigne la signature récente d’une convention entre la Direction générale du Trésor et le quai d’Orsay.
Cette organisation, nous l’avons conçue pour améliorer la force de frappe de notre diplomatie économique.

Vers quoi et comment ? C’est à ces questions que je souhaite répondre aujourd’hui, en vous décrivant la feuille de route qui sera désormais la vôtre.

1) Trois objectifs de diplomatie économique

Notre diplomatie économique a trois objectifs principaux.

Le premier, c’est le rééquilibrage de notre commerce extérieur. La diminution des parts de marché de la France dans le monde a abouti à un déficit commercial massif - 61 milliards d’euros en 2013. Un tel chiffre n’est pas tenable pour un grand pays comme la France. Or, ce chiffre, c’est le juge de paix de la compétitivité de notre économie.

On parle beaucoup du déficit des finances publiques et c’est un déficit préoccupant. Mais réduire le déficit des finances publiques et singulièrement le déficit budgétaire relève largement d’une décision du gouvernement même si ce n’est pas toujours simple à appliquer. La situation du commerce extérieur, c’est une autre affaire. Nous pouvons et devons contribuer à son rétablissement, mais en définitive, elle dépend largement des entreprises.
L’action publique, votre action dans ce domaine, intervient en soutien des entreprises. Cela implique des mesures générales en faveur de la compétitivité, qui concernent l’ensemble de l’action du gouvernement, et des actions de soutien à l’exportation, qui relèvent plus directement de nous.

Si nous voulons améliorer la situation, et c’est indispensable rapidement, nous devons gagner des parts de marché à l’exportation. Nous devons redresser notre situation en Europe et chaque poste doit y contribuer.
L’autre jour, je recevais notre nouvel ambassadeur aux Pays-Bas qui me disait, après avoir étudié la situation, qu’il avait constaté que le premier poste de notre déficit avec les Pays-Bas était l’agro-alimentaire. Cela montre le chemin qui reste à parcourir en Europe.

L’année prochaine, 90 % de la croissance mondiale sera produite à l’extérieur de l’Europe, dont un tiers par la Chine. Nous devons saisir l’opportunité qu’offrent ces niveaux de croissance élevés enregistrés à l’étranger. La clé de notre succès dans la mondialisation réside dans notre capacité à capter cette croissance.

C’est pourquoi, dès ma prise de fonctions, j’ai demandé aux ambassadeurs et à l’ensemble de notre réseau diplomatique de placer la diplomatie économique en tête de leurs priorités. La diplomatie, mesdames et messieurs est, désormais, une diplomatie globale. Il n’y a pas, séparées par des compartiments étanches, l’action économique, l’action culturelle, l’action scientifique et la grande diplomatie.

Tout cela concourt à la diplomatie globale qui est la présence de la France à l’extérieur. Et ce qu’il faut faire, et l’organisation gouvernementale est là pour y contribuer, c’et décloisonner ces différents éléments. Il faut que chacun travaille avec l’autre avec un but commun. Un plus un dans ce domaine, comme d’en beaucoup d’autres, ne fait jamais deux mais parfois trois voire plus.

J’ai demandé aux ambassadeurs et à l’ensemble de notre réseau diplomatique de placer la diplomatie économique en tête des priorités.
Il s’agit de développer et de systématiser ce que beaucoup faisaient déjà, en veillant notamment à travailler davantage avec les PME et les ETI, soit directement en allant les chercher, soit en incitant leur portage, par les grands groupes. Nous devons mettre toute notre énergie au service des entreprises, qui sont les acteurs de l’exportation.

Sous l’égide de Fleur Pellerin, une stratégie est élaborée pour préciser les axes de notre action. La refonte de notre dispositif public sera accélérée et approfondie, j’y reviendrai, en vous parlant de la fusion Ubifrance-AFII, à compléter par le rapprochement avec la Sopexa. Les instruments que réclament les entreprises, notamment en matière de financement, ont déjà été améliorés mais il y a d’autres améliorations à faire.

La politique, centrée autour de « familles » de biens et de services, sera poursuivie et élargie, avec deux autres familles de produits, le tourisme, je vais y revenir, et la culture, En fait, ce que l’on appelle les industries culturelles et créatives.

La liste des pays prioritaires fera l’objet d’une précision, mais cela ne signifie pas que les ambassades dans les pays qui ne figurent pas sur cette liste devront relâcher les efforts. Au contraire et priorité ne signifie évidemment pas exclusivité.

Donc, notre premier objectif est de redresser le commerce extérieur.
Deuxième objectif, c’est l’attractivité, et plus précisément la promotion des investissements étrangers en France. Nous travaillons beaucoup et bien pour les investissements français à l’étranger et c’est très utile. Je ne suis pas de ceux qui, en application de ceux qui ont une vision simpliste de la délocalisation, opposerait ce qui se passe à l’étranger et ce qui se passe en France. Mais la priorité pour vous, Mesdames et Messieurs, c’est la promotion des investissements étrangers en France.

Tous les services des ambassades doivent contribuer à l’attractivité de notre pays. Cela passe notamment par une meilleure communication, en veillant à porter un message d’innovation, de dynamisme et d’ouverture.
La France est un pays en général apprécié. Mais des clichés, que nous connaissons bien, défavorables parfois très défavorables circulent aussi sur nous. Les classements internationaux et la presse internationale ne nous sont pas toujours favorables et ceux qui les lisent sont, pour la plupart, des étrangers. Nos atouts et nos talents sont parfois méconnus. Nous devons donc davantage et mieux communiquer, de façon ouverte, pédagogique et réactive. Les mesures prises par le gouvernement pour faciliter le travail des entrepreneurs et des exportateurs sont positives : il faut valoriser autour de nous ces éléments favorables.

Promouvoir les investissements étrangers en France, c’est le métier de l’AFII, qui a développé des dispositifs pour cela. Mais les ambassadeurs, d’une manière personnelle, et les chefs de service économique ont aussi un rôle direct à jouer. Pour cet effort de pédagogie que j’évoquais à l’instant, mais aussi plus spécifiquement, pour identifier des investisseurs potentiels, que ce soient des personnes physiques ou des personnes morales, et les intéresser à notre pays. Il faut, Mesdames et Messieurs, et ce n’est pas simplement une image, c’est une réalité, aller les chercher par le bras et les accompagner par le bras. J’espère moins de macroéconomique et davantage de résultats concrets.

Vous le savez, a été fixé un objectif de 1000 décisions d’investissements étrangers par an d’ici 2017, j’entends 1000 décisions significatives. Je compte sur vous pour y contribuer. C’est donc le deuxième objectif : des investissements étrangers chez nous.

Le troisième objectif, c’est le tourisme. Ce secteur a été longtemps délaissé et d’ailleurs dans la langue française lorsque l’on dit de quelqu’un que c’est un touriste, généralement, ce n’est pas l’appréciation la plus favorable. Or, ce secteur économique est absolument stratégique pour notre pays. C’est une composante importante de notre balance des paiements courants : il génère un excédent de 12 milliards d’euros, soit l’un des soldes sectoriels les plus élevés. Il pèse plus de 7 % de notre richesse nationale et représente deux millions d’emplois directs et indirects non délocalisables. La restauration et l’hôtellerie comptent à elles seules pour 75 % de ces emplois. C’est aussi un facteur d’attractivité et de rayonnement. Première destination touristique au monde, la France a accueilli 83 millions de touristes étrangers en 2012, majoritairement en provenance de l’Union européenne, mais aussi 3 millions d’Américains, 2 millions d’Africains, près d’1,5 million de Chinois, beaucoup de Brésiliens, etc. Ces touristes, lorsqu’ils retournent chez eux satisfaits de leur séjour en France, peuvent être pour nous des ambassadeurs.

Mais avant de retourner chez eux, il y a les constats que l’on doit faire en France. Ces chiffres sont positifs mais même si nous sommes la première destination touristique mondiale en flux, nous ne sommes pas la première destination en termes de recettes. Nous devons faire mieux. Les touristes restent moins longtemps chez nous que dans d’autres pays et y dépensent moins. Nous sommes seulement au troisième rang en termes de recettes générées par le tourisme, après les États-Unis et l’Espagne.

Faire de la France la première puissance touristique mondiale est un objectif que nous pouvons atteindre. Pour y parvenir, nous avons décidé de nous doter d’une politique déterminée dont j’espère que certains, y compris parmi les parlementaires, ne s’efforceront pas de la contredire.

C’est le sens des décisions que j’ai annoncées au nom du gouvernement en clôturant les Assises du tourisme le 19 juin dernier. Proposer une offre de qualité et diversifiée ; il n’y a pas qu’à Paris que l’on peut se rendre. Améliorer la chaîne de l’accueil : il y a des marges de progression notamment à Roissy Charles de Gaulle ou à la gare du Nord, pour ne prendre que ces deux exemples. Il faut faciliter la délivrance des visas et porter grande attention au numérique car désormais les décisions se prennent par le numérique. Il faut renforcer la formation des professionnels et rendre les vacances accessibles à un plus grand nombre.

Les touristes étrangers, Mesdames et Messieurs, là aussi il faut aller les chercher.

C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à tous les ambassadeurs d’établir un plan pour le développement du tourisme vers la France depuis leur pays de résidence. Ces plans doivent identifier les freins au tourisme dans chaque pays considéré, et surtout les moyens offensifs pour encourager le tourisme. Dans leurs premières réponses, auxquelles je sais que beaucoup d’entre vous ont contribué, nos ambassadeurs ont soulevé plusieurs points noirs ou gris, dont certains relatifs à la manière dont ces touristes vivent leur séjour en France. Ces points doivent être traités rapidement dans le cadre des mesures annoncées à la fin des Assises du tourisme. Ceci est une évidence : aller chercher les touristes là où ils sont, les faire venir plus nombreux et les accueillir en France, cela c’est à notre portée. Donc, il faut traiter rapidement ce point.

En matière de promotion du tourisme français, nous possédons le réseau d’Atout France, il est bien mais il n’est pas implanté partout. Promouvoir le tourisme n’est pas une activité isolée : elle doit s’articuler avec les autres dimensions de notre action extérieure - désormais plus de « Saisons croisées » s’il n’y a pas en même temps une action pour développer le tourisme des pays concernés, du pays concerné vers le nôtre -, la promotion de la culture, celle des exportations car les touristes achètent des produits qu’ils exportent en les emportant avec eux, et plus généralement l’attractivité. Il est donc cohérent que chacune et chacun d’entre vous, quelle que soit sa spécialité, contribue à l’action collective sur cette dimension importante de la diplomatie économique : je vous le demande.

Exportations, attractivité, tourisme : voici trois priorités que je nous fixe. Pour leur mise en œuvre, les chefs de service économique des ambassades ont un rôle clef à jouer aux côtés des ambassadeurs, qui sont nos chefs d’équipe à l’étranger. Atout France et les bureaux Ubifrance et Afii fusionnés, en sont les opérateurs.

2) La diplomatie économique s’inscrit dans la « diplomatie globale »
Si l’on veut qu’elle soit performante, l’action extérieure d’un grand pays comme le nôtre ne peut pas être la juxtaposition de diplomaties sectorielles et souvent parallèles. Il existe une seule politique extérieure : c’est ce que j’appelle la « diplomatie globale », qui regroupe, en les articulant, toutes les dimensions de la diplomatie. C’est le sens de la constitution du ministère des affaires étrangères et du développement international. Sont désormais rassemblés pour être mises en cohérence la diplomatie « stratégique », la diplomatie économique, la diplomatie culturelle, le développement, etc. Toutes ces composantes ne doivent servir qu’un seul objectif : contribuer au rayonnement, à l’influence et à la prospérité de notre pays.

La diplomatie économique, dans les trois volets que j’ai évoqués, fait partie de cette diplomatie globale, qui associe politique, économie et culture. Pour la mettre en œuvre, la condition, comme vous le faites déjà souvent, c’est de décloisonner les approches, à Paris et dans les postes à l’étranger.

C’est le sens, notamment, des instructions que j’ai données en matière de délivrance de visas, afin que notre politique concrète en la matière appuie nos intérêts économiques. Nos intérêts économiques sont également servis par la diplomatie culturelle. Il appartient aux ambassadeurs d’y veiller, mais je vous encourage à faire vous-mêmes des propositions en ce sens. Autre exemple à mentionner, mais il y en a bien d’autres : celui de l’aide publique au développement. L’AFD a pour mission le soutien au développement des pays où elle se déploie, mais rien n’interdit - au contraire - que, ce faisant, elle prenne en considération les intérêts économiques de notre pays et de ses entreprises. Là aussi, vous avez un rôle à jouer, aux côtés de l’ambassadeur, pour que ces intérêts soient pleinement pris en compte, notamment au stade du lancement des projets. Je sais que c’est la conception que se font beaucoup d’entre vous. Je fais le maximum pour qu’elle soit partagée par les responsables de l’AFD. Et, en général, quand je propose une direction, je veille à ce qu’elle soit respectée.

Bref, je souhaite que l’impératif économique soit renforcé puissamment et rapidement. La nouvelle organisation des compétences, en vous plaçant au cœur de notre appareil diplomatique, vous en donne les moyens. Elle vous permettra - j’en suis convaincu - de travailler mieux.

3) Quelle feuille de route et quelle organisation pour la mettre en œuvre ?

Bien sûr, la feuille de route pour l’année à venir n’est pas identique pour chacun d’entre vous, puisque vous n’exercez pas tous les mêmes missions.
Elle comporte, en tout état de cause et quelle que soit votre fonction, la mise en œuvre des trois objectifs que j’ai mentionnés au début de mon propos : exportations, attractivité, promotion du tourisme. Chacun doit y contribuer, à sa mesure et dans son champ de compétence, dans le cadre de notre nouvelle organisation.

Concrètement, la politique et la stratégie de la France en matière de commerce extérieur, d’attractivité et de promotion du tourisme est et sera définie par le ministre des affaires étrangères et du développement international et par la secrétaire d’État chargée du commerce extérieur, de la promotion du tourisme et des Français à l’étranger.

Les services économiques à l’étranger continuent de dépendre administrativement de la Direction générale du Trésor, ils sont placés sous l’autorité conjointe du ministre des finances, du ministre de l’économie, et du ministre des affaires étrangères et du développement international.
Je souligne également le chantier important de la fusion de l’AFII et d’Ubifrance en un opérateur unique, pour lequel je fais pleinement confiance à Muriel Pénicaud. En tant que tuteur de ce nouvel opérateur, nous suivrons avec attention ce chantier, qui ne doit pas ralentir l’action de la nouvelle structure. Il faudra également veiller à une plus grande synergie avec les autres opérateurs ; je pense à la SOPEXA mais aussi aux chambres de commerce à l’international, à la BPI et aux régions. Sans oublier le rôle important des conseillers du commerce extérieur, avec à leur tête un nouveau président.

Cette nouvelle organisation doit permettre davantage de cohésion et une plus grande fluidité de l’information entre services économiques, ambassades et directions du quai d’Orsay. À cette fin, les conseils économiques instaurés dans une centaine d’ambassades devront se réunir régulièrement. Ils constituent un lieu d’échanges et de travail, permettant d’associer les principaux acteurs à la définition de la stratégie économique du poste concerné et à sa mise en œuvre.

J’attends également de cette organisation une bonne cohésion entre votre action et celle des quelques représentants spéciaux que j’ai nommés pour approfondir les relations économiques avec des pays aux marchés particulièrement prometteurs. Et avec les fédérateurs des familles prioritaires de l’export, dont Mme Fleur Pellerin vous a parlé ce matin.

Votre compétence et votre expertise sur ces sujets - qu’il s’agisse de l’attractivité, du tourisme, du commerce extérieur ou des sujets macro-économiques -, sont reconnues. Je compte m’appuyer sur elles, donc sur vous.

* *

Mesdames et Messieurs, je vous ai demandé de travailler de façon étroite avec la totalité des autres acteurs du réseau. Dans votre métier vous savez vous adapter. Je vous fais donc pleine confiance pour le faire dans cette nouvelle configuration. C’est sur ce mot de confiance que je veux terminer ce propos. Je connais et j’apprécie votre professionnalisme et votre dévouement. Vous avez ma pleine confiance pour mettre en œuvre cette feuille de route. Je pense qu’elle est assez claire. La feuille de route est tracée, le reste c’est sur vous que cela repose et je vous fais totale confiance.


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