L’égalité de genre : un défi pour le développement

La situation des femmes dans le monde est fragile.

Les filles et les femmes sont encore confrontées à de multiples obstacles empêchant leur autonomisation sociale, économique et politique.

Ces obstacles que rencontrent les femmes tout au long de leur vie sont des freins à la réalisation du plein potentiel des pays en développement. Ils se situent dans chaque domaine et aux différentes étapes de la vie d’une femme.

Éducation et formation

Encore 31 millions de filles dans le monde en âge d’aller à l’école primaire n’ont pas accès à l’école : 55% d’entre elles n’en feront jamais l’expérience (chiffres AFD 2015).

Selon un rapport de l’ONU de 2014 sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement, les enfants vivant dans des zones en proie à des conflits, les filles des ménages ruraux et les enfants ayant un handicap sont les plus susceptibles de ne pas être scolarisés. A cela s’ajoute, les coûts de scolarisation, les mariages précoces, les violences de genre en milieu scolaire…autant de facteurs participant à la déscolarisation des filles. En effet, en 2011, près de 64% des analphabètes adultes dans le monde étaient des femmes, soit 493 millions de femmes. Garantir une éducation inclusive et de qualité est donc indispensable. En 20 ans, les progrès réalisés en faveur de l’éducation des filles ont permis de sauver les vies de 2,1 millions d’enfants de moins de 5 ans.

Emploi

Globalement, les femmes sont surreprésentées dans les postes administratifs et de soutien (63%) en comparaison avec les postes de direction (33%) (chiffres ONU Femmes).

Malgré l’adoption de lois favorables à l’égalité salariale, les disparités continuent de persister. Selon le rapport annuel de 2011-2012 d’ONU Femmes, 117 pays se sont dotés de lois relatives à l’égalité de rémunération. Pourtant dans la plupart des pays, le salaire des femmes n’atteint que 70 à 90% de celui des hommes, voire moins dans certains pays d’Asie ou d’Amérique latine (chiffres ONU Femmes). Au niveau mondial, 50,5% des femmes actives occupaient en 2011 un emploi précaire, le plus souvent en dehors du champ de protection d’une législation du travail, contre 48.2% des hommes.

Les femmes ont une probabilité bien plus grande que les hommes d’occuper un emploi précaire : en Afrique du Nord (55% contre 32%), au Moyen-Orient (42% contre 27%) et en Afrique subsaharienne (pratiquement 85% contre 70%) (chiffres du rapport Tendances mondiales de l’emploi 2012 : Prévenir une aggravation de la crise de l’emploi). Les femmes effectuent toujours plus de tâches domestiques et de soins non rémunérés que les hommes dans toutes les régions du monde (source : rapport annuel 2011-2012 d’ONU Femmes).

Les femmes représentent dans les pays en développement la vaste majorité des travailleurs pauvres. En Afrique subsaharienne par exemple, environ 8 femmes sur 10 travaillent dans des conditions vulnérables. Les femmes sont deux fois plus nombreuses que les hommes dans les emplois à temps partiels selon un rapport de l’ONU de 2014. De nombreux facteurs concourent à cette situation, les inégalités de genre dans les rôles familiaux, l’absence de structures d’accueil adéquates et abordables pour les enfants et les ainé.e.s et le rôle important des perceptions sociales dans la participation des femmes à l’emploi.

D’après le Bureau International du Travail, les femmes travaillent majoritairement dans le secteur informel et agricole. Malgré leur forte implication dans la gestion, la conservation et l’utilisation des ressources naturelles, elles n’en retirent qu’une faible rémunération faute de contrôle sur les ressources, les facteurs de production et de leur faible participation dans les instances décisionnelles.

Politique

Les femmes restent sous-représentées dans les espaces décisionnels.

Dans chaque région, il subsiste d’importantes différences entre les pourcentages moyens de femmes siégeant aux parlements. En août 2015, les moyennes s’établissent comme suit : pays nordiques 41%, Amériques 25.5%, Europe sans les pays nordiques 24.4%, Afrique subsaharienne 23%, Asie 18.4%, Moyen Orient et Afrique du Nord 17.7% et Pacifique 15.7% (source : Union interparlementaire et ONU Femmes).

Plusieurs règles et normes internationales confèrent une place centrale à la promotion de la participation des femmes à la vie politique. La résolution de l’Assemblée générale des Nations unies sur la participation des femmes à la vie politique (A/RES/66/130) de 2011 insiste sur l’importance de la contribution des femmes quel que soit le contexte. La résolution de l’Assemblée générale des Nations unies (A/RES/58/142) de 2003 stipule que les États membres doivent, entre autres, prendre des mesures en vue de suivre les progrès de la représentation des femmes, faire en sorte que les mesures permettant de concilier l’activité professionnelle et la vie familiale s’appliquent aux femmes comme aux hommes, mettre au point des mécanismes et des programmes de formation qui encouragent les femmes à prendre part aux processus électoraux et améliorer leur capacité d’exprimer leur suffrage en toute connaissance de cause lors d’élections libres et régulières.

Gouvernance

Le volume total des engagements des membres du Comité d’aide au développement (CAD) ciblant l’égalité de genre et l’autonomisation des femmes a plus que triplé, passant de 8 milliards de dollars US en 2002 à 28 milliards de dollars US en 2013. Ces engagements portaient essentiellement sur l’éducation et la santé, conformément aux Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).

Néanmoins en 2013, seul 2% de l’aide bilatérale destinée à l’autonomisation économique des femmes avaient pour objectif principal l’égalité des sexes. Les engagements, dans ce domaine, exprimés en pourcentage de l’aide bilatérale totale apportée aux secteurs économiques et productifs n’ont pas évolué depuis 2007-2008 (source : Comité d’aide au développement (OCDE-CAD), 2014).

Pratiques néfastes

Le mariage forcé et précoce est une violation des droits de l’homme qui prive les enfants et le plus souvent les jeunes filles de leur éducation, de leur santé et de leur avenir. Dans les pays en développement, une fille sur trois se marie avant ses 18 ans et une sur neuf avant ses 15 ans (chiffres OMS 2015).

La pratique des mutilations sexuelles est encore courante, on estime que plus de 125 millions de jeunes filles et de femmes en sont victimes, des pratiques concentrées sur 29 pays d’Afrique.

Droits à la santé sexuelle et reproductive

Aujourd’hui, encore près de 220 millions de femmes désirant limiter et/ou espacer les grossesses sont dépourvues d’accès aux méthodes modernes de contraception provoquant chaque année plus de 80 millions de grossesses non désirées et plus de 20 millions d’avortements dans des conditions non sécurisées.

800 femmes environ meurent chaque jour de causes évitables liées à la grossesse et à l’accouchement. Soit presque 300 000 femmes par an. Dans les régions en développement, le taux de mortalité maternelle est 14 fois plus élevé que dans les régions développées, seule la moitié des femmes enceintes bénéficient du niveau minimal de soins prénataux.

En 2013, selon les estimations, 62% des décès maternels sont survenus dans des pays d’Afrique subsaharienne. Plus globalement, il a été évalué que 99% des décès maternels se situent dans les pays en développement (chiffres ONU Femmes et OMS). Les décès maternels constituent la deuxième cause de mortalité chez les femmes en âge de procréer, néanmoins des avancées sont observées. Les taux de mortalité et de morbidité maternelle ont été divisés par 2 en 25 ans, selon un rapport publié le 12 novembre 2015 par plusieurs organismes des Nations unies et par le Groupe de la Banque mondiale, la mortalité maternelle a baissé de 44 % par rapport à 1990.

Dans les régions en développement, la proportion d’accouchements assistés par un personnel soignant qualifié est passée de 56 à 68% entre 1990 et 2012. Autre amélioration, 52% des femmes enceintes ont reçu au moins 4 visites de soins prénataux durant leur grossesse en 2012, une augmentation de 37% par rapport à 1990 (chiffres : rapport de l’ONU de 2014 sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement.).

Violences

Les femmes subissent plusieurs formes de violences et sont les premières victimes des conflits armés où les viols sont utilisés comme arme de guerre. Au cours de leur existence, on estime jusqu’à 70 % la part des femmes dans le monde confrontées à la violence physique ou sexuelle, une femme sur trois âgée de 15 à 49 ans a subi des actes de violences physiques et/ou sexuelle commis par un partenaire intime. Cette réalité touche toutes les régions du monde.

Selon une étude sur l’homicide par l’ONUDC, on estime que la moitié des femmes assassinées dans le monde en 2012 l’ont été par un partenaire intime ou par un membre de leur famille. Environ 120 millions de filles dans le monde (soit un peu plus d’une sur dix) ont déjà été forcées à avoir des relations sexuelles ou à s’adonner à d’autres actes de nature sexuelle à un moment donné de leur vie.

Des millions de femmes et de filles, victimes de la traite des êtres humains, se retrouvent prises au piège de l’esclavage moderne. A l’échelle mondiale, selon un rapport de 2012 de l’Organisation Internationale du Travail, les femmes et les filles représentent 55% des victimes du travail forcé et 98% des victimes d’exploitation sexuelle.

Une autre forme de violence porte atteinte directement à l’intégrité physique des filles à l’état de fœtus, en effet la préférence sociale à l’égard des garçons mène à un véritable féminicide dans certaines régions (en Inde, en Chine etc) provoquant un déséquilibre démographique important. A titre d’exemple, en Géorgie l’on compte 112 naissances masculines pour 100 naissances féminines (chiffres FNUAP 2015).

Mise à jour : 08.02.2016

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