L’égalité femmes-hommes dans les négociations sur les changements climatiques
Présentation
1. D’après le Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP), le renforcement de l’action sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) 2, 3 et 5, adoptés par la communauté internationale en 2000, aurait un effet levier décisif sur la lutte contre le changement climatique :
Rappelons ces trois objectifs :
OMD 2 (+) : Éducation pour Tous : accès universel au primaire (+et au secondaire) ;
OMD 3 : accès à l’indépendance économique, éducation des femmes et participation aux espaces décisionnels ;
OMD 5 : lutte contre la mortalité maternelle et accès à la santé reproductive et la planification familiale.
Des efforts accrus en faveur de ces trois objectifs auraient un impact sur la réduction des émissions de gaz à effets de serre et sur les changements climatiques, notamment à travers le ralentissement de la croissance démographique mondiale. Les droits des femmes se trouvent au cœur de ces enjeux. S’agissant plus particulièrement des droits reproductifs, 200 millions de femmes dans le monde en développement ont plus d’enfants qu’elles n’en désirent car elles n’ont pas accès à la contraception. La communauté internationale doit intensifier son action dans ce domaine, en priorité là où les besoins sont les plus criants. Pour ce faire, elle doit s’appuyer sur des objectifs clairs et volontaristes (1,5 point de pourcentage par an d’augmentation du taux de prévalence de la contraception).
De plus, l’acquisition pour les femmes de véritables capacités d’adaptation dépend étroitement de leur accès à l’éducation ainsi que de leur droit à exercer un contrôle sur leur corps et de faire des choix librement. C’est en définitive de la capacité à bénéficier de droits égaux dont il s’agit.
2. Les femmes sont les premières victimes et les premières ressources en matière de changement climatique :
Dans le domaine économique :
dans le monde, 70% des pauvres sont des femmes ; celles-ci sont aussi, à 70%, les premières victimes de la faim et de la malnutrition ;
les femmes travaillent majoritairement dans le secteur informel et agricole en Afrique. D’après le Bureau International du Travail (BIT), en Afrique de l’Ouest, 7 femmes sur 10 travaillent dans l’agriculture, essentiellement l’agriculture de subsistance dans des conditions difficiles et avec une sécurité économique faible ;
dans une grande partie du monde, les femmes jouent un rôle prépondérant dans la gestion, la conservation et l’utilisation des ressources naturelles, au travers notamment de la culture vivrière et de la collecte de l’eau et du bois. Les changements climatiques entraînent un accroissement de leur charge de travail (eau plus loin ou bois plus rare par exemple, accroissement de ce fait de risques de viols et violences en tout genre) ;
cependant, elles ne contrôlent pas souvent les ressources et les facteurs de production. Beaucoup de femmes n’ont toujours pas de droits de propriété et d’héritage ni même d’existence légale, ne possédant pas d’état civil.
Dans le domaine privé :
les femmes sont en charge de la gestion du foyer et de la famille (nourrir, éduquer, soigner, loger,..)
S’agissant des migrations :
selon certains estimations, d’ici à 2050, 200 millions de personnes pourraient être amenées à émigrer ou à se déplacer pour cause de dégradation de l’environnement ou de changement climatique ;
parce que la migration exige des ressources, notamment économiques, elle n’est pas nécessairement accessible à tous. Les hommes jeunes sont ceux qui partent le plus souvent et les membres de la famille laissés sur place, notamment les femmes, deviennent plus vulnérables. Elles doivent alors supporter le fardeau de subvenir aux besoins du ménage sur la base d’un seul salaire et en situation de famille mono-parentale ;
en cas de migration et de déplacement des femmes, les schémas préexistants de discrimination et de violence (violence sexuelle, traite des humains, mauvais traitements et sévices) sont souvent aggravés à leur égard.
Ce sont donc les femmes qui supportent l’essentiel des conséquences des changements climatiques : le risque de décès par les désastres naturels est 14 fois plus élevé pour les femmes. Plus des eux tiers des personnes décédées à la suite du tsunami en Asie étaient des femmes ou des fillettes.
3. Cependant, loin d’être seulement des victimes, les femmes sont en position pour être des agents du changement et de créer de nouveaux mécanismes d’atténuation et d’adaptation dans leur foyer, leur lieu de travail, leur communauté et leur pays.
Leur participation à l’élaboration de ces mécanismes est indispensable. Mises en situation par des sociologues dans le cadre de groupes de paroles, elles sont très rapidement à l’initiative de solutions et proposent des stratégies.
C’est pourquoi la représentation des femmes dans les enceintes politiques nationales et locales doit être accrue de façon accélérée car elles seront parties à la solution aux enjeux des changements climatiques. Actuellement, elles ne représentent que 28% des membres des délégations des pays négociateurs et seulement 13,5% des chefs de délégations.
La convention des Nations-Unies sur le changement climatique est la seule convention de Rio à ne mentionner aucune approche genre. Compte tenu des impacts économiques et sociaux fondamentaux que les changements climatiques vont induire, il parait essentiel que la dimension égalité femmes-hommes soit explicitée davantage et qu’elle soit présente dans la suite des négociations sur le changement climatique. Le Conseil Européen du 21 octobre 2009, qui préparait l’échéance de la conférence de Copenhague, a clairement indiqué dans ses conclusions que ==les efforts consentis pour lutter contre le changement climatique devaient intégrer les aspects liés à l’égalité entre les hommes et femmes==. Cette préoccupation doit donc se poursuivre lors des prochains grands rendez-vous sur le climat notamment lors de la Conférence des parties à la Convention climat (CCNUCC) qui se tiendra, à Cancun, en décembre 2010.
Aussi apparaît-il souhaitable d’élargir autant que possible le champ de la négociation climat et d’agir auprès de la communauté internationale dans le cadre de toutes les institutions onusiennes ayant un impact dans les discussions sur les enjeux climatiques pour permettre :
de reconnaître l’impact particulier des changements climatiques sur les femmes, en raison de leur rôle social et économique au sein des sociétés et des discriminations dont elles seront victimes du fait de l’impact des changements climatiques,
de reconnaître leur rôle spécifique en tant qu’actrices du développement durable,
de prévoir des outils pour améliorer la collecte d’informations par sexe concernant les flux migratoires générés par des facteurs environnementaux ceci afin de pouvoir intervenir avec davantage de discernement,
de mettre en place des mécanismes qui assurent la participation des femmes aux instances décisionnelles à tous les niveaux de la vie publique
de structurer les stratégies et les outils qui intègrent les femmes en tant qu’actrices du développement durable. Il faudra notamment veiller au renforcement de leurs capacités et de leur estime de soi, ainsi qu’à la reconnaissance de leurs droits civils, politiques, économiques et sociaux notamment en matière d’accès à la santé et à la santé reproductive.
Les négociations dans la perspective de Cancun devraient s’efforcer de prendre davantage en compte la dimension sociale de la lutte contre les changements climatiques, ceci dans la perspective de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement 2, 3 et 5, c’est à dire, la mise en œuvre et le renforcement de politiques en faveur :
d’un accès égal à l’éducation pour toutes et tous ;
de l’égalité des femmes et des hommes en droits, ainsi que dans les secteurs économiques et politiques ;
de l’accès universel à la santé maternelle et reproductive comme leviers du développement.
Mise en ligne : 12.04.10






