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Infrastructures et développement en Afrique

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Des infrastructures routières, ferrées, portuaires, énergétiques et numériques de qualité sont indispensables à la structuration économique et au développement d’un territoire. Elles contribuent au fonctionnement de systèmes sanitaire, énergétique, commercial, de transport et de communication, vitaux dans les processus de croissance. Elles permettent de relier les foyers de production et de consommation, les lieux de résidence et de travail.

Le développement d’infrastructures suffisantes, efficaces et interconnectées dans les pays en développement favorise une croissance économique durable, la compétitivité des systèmes de production, l’emploi et l’intégration régionale. Il concourt ainsi à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) et en particulier à la réduction de la pauvreté (OMD 1).

Infrastructures de transport et développement

La question de l’articulation entre transport et développement se pose d’autant plus clairement dans les pays africains en raison du faible niveau d’infrastructures qui pénalise les populations et la productivité au quotidien. Un réseau de transport constitue l’une des conditions de l’existence et de la dynamique d’autres activités qui ont besoin de marchés pour leurs débouchés et donc de transport de marchandises, de populations, de flux de capitaux et d’information.

L’espace global ainsi pris en compte est un système complexe au sein duquel les infrastructures de transport ont un rôle structurant et un effet d’entraînement sur d’autres activités, qu’il s’agisse d’industrie automobile, de matériel ferroviaire, de construction navale, aéronautique, d’industrie pétrochimique, de matériaux électroniques, de travaux publics, d’activités de services (distribution, tourisme, assurance…) et donc d’emplois.

L’absence de services d’infrastructures de base limite l’accès aux marchés, en privant les populations des services d’éducation et de santé notamment et en les contraignant de fait à consacrer un temps et une énergie considérable à certaines activités. En Afrique subsaharienne, ce phénomène frappe singulièrement les femmes, qui transportent en général quotidiennement l’équivalent de 20 kg sur 1,4 à 5,3 kilomètres [1].

Les infrastructures en Afrique subsaharienne : un chantier considérable

Le manque d’infrastructures dans les pays pauvres continue de s’aggraver parallèlement à l’augmentation considérable de la population, en particulier dans les villes. L’Afrique ne déroge pas à ce constat et présente un déficit considérable en matière d’infrastructures de transports, déficit qui touche avant tout les zones rurales les plus peuplées et enclavées géographiquement, économiquement et politiquement, mais aussi les très grandes villes qui rencontrent de graves difficultés d’organisation et de circulation.

Les zones rurales, en l’absence d’un rayonnement économique sur et à partir de ces zones, ne trouvent pas de débouchés dans ces grandes villes. L’urbanisation galopante provoque des déséquilibres spatiaux et des phénomènes de saturation et de congestion générateurs de pauvreté. Le déficit d’infrastructures, mais aussi la mauvaise qualité des réseaux existants, souvent mal entretenus, pèsent sur les coûts de fonctionnement et de production économiques, entraînant une perte de compétitivité.

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Source : Atlas de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest, CEDEAO-CSAO/OCDE

Un grave déficit d’infrastructures

Le déficit d’infrastructures en Afrique est considérable : moins d’1 habitant sur 5 a l’électricité, seulement un habitant sur 3 en zone rurale vit à proximité d’une route praticable, moins de 4% des terres agricoles sont irriguées.

La capacité de production électrique des 48 pays d’Afrique est de 68 gigawatts, l’équivalent de la production espagnole. Le quart seulement de cette production est indisponible, en raison de la vétusté des centrales et du manque de maintenance du réseau.

En matière de transports, les liaisons sont inefficaces, l’intermodalité quasiment inexistante, la connectivité très mauvaise. Les ports sont mal équipés et le réseau ferroviaire obsolète, posant des problèmes de normes techniques d’un pays à l’autre. L’accès aux routes praticables en toutes saisons est insuffisant et la concurrence est faible dans le secteur routier.

Le secteur des technologies de l’information et de la communication est celui qui connaît la plus forte progression : la croissance de la téléphonie mobile est fulgurante, avec 10 millions d’utilisateurs en 2000 mais 180 millions en 2007. L’investissement privé dans ce secteur a été de 20 milliards $ entre 1992 et 2005, mais le prix des services reste élevé.

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Source : www.mtm-news.com

Les besoins en investissements dans les infrastructures en Afrique (électricité, eau, routes et technologies de l’information et de la communication) pour la prochaine décennie sont estimés par la Banque Mondiale [2] à 93 milliards $, dont 50% pour répondre à la crise d’approvisionnement en électricité, soit environ 15% du PIB africain. Les investissements actuels dans les infrastructures en Afrique s’élèvent à de 45 milliards $.

La Banque mondiale met par ailleurs en évidence de possibles améliorations d’efficacité qui pourraient atteindre 17 milliards $. Il est essentiel à ce titre d’améliorer la gestion des services et d’encourager l’intégration régionale. Couvrir le déficit de financement exige donc 31 milliards $. Il faut notamment favoriser la diversification des sources de financements : budgets publics, marchés de capitaux locaux, secteur privé, aides des bailleurs de fonds.

Une accentuation des disparités spatiales entre zones urbaines et rurales

La croissance de la population mondiale devrait, à 90%, concerner les zones urbaines, avec le risque d’aggraver la situation de ceintures de pauvreté surpeuplées et privées d’accès à des services, des marchés et des emplois.

Alors que certaines politiques publiques ont pu considérer la croissance urbaine comme un handicap, les villes sont cependant aussi perçues comme un moteur potentiel de développement. Le diagnostic des infrastructures nationales en Afrique (AICD) [3] réalisé par le consortium pour les infrastructures en Afrique (CIA) fait ainsi l’éloge de la concentration en travaillant sur l’idée de grandes villes vues comme une chance pour le sud [4].

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Embouteillages à Lagos (Nigeria)
Source : www.france-nigeria-trade.com…

La lutte contre la pauvreté passe donc en particulier par l’assainissement des quartiers insalubres, la construction et l’amélioration d’infrastructures desservant les zones urbaines les plus pauvres [5] et la recherche de nouvelles dynamiques spatiales et économiques entre zones urbaines et zones rurales.

Les infrastructures en Afrique subsaharienne : inscrire le développement dans une approche territoriale

Les infrastructures figurent en bonne place dans la stratégie du Comité interministériel pour la coopération internationale et le développement (CICID), principalement mise en œuvre par l’AFD.

Les actions et engagements de l’AFD en matière d’infrastructures

Les transports constituent un secteur d’intervention traditionnel de l’AFD. La part de ce secteur dans les engagements du groupe AFD-PROPARCO est passé de 6% en 2003 à 17% en 2008 et a mobilisé environ 1,948 milliard € de 2003 à 2008. Ces projets se situent majoritairement en Afrique sub-saharienne où se concentrent 40% des financements :

- 41% des engagements ont porté sur le secteur ferroviaire ;

- le secteur routier a concerné 39% de ces financement ;

- les secteurs du transport aérien et maritime et fluvial ont respectivement concentré 13% et 7% des engagements.

Le cadre d’intervention sectoriel de l’AFD s’inscrit dans la perspective des objectifs de :

- croissance économique (aménagement du territoire, intégration régionale, amélioration des services aux usagers) ;

- réduction de la pauvreté (désenclavement) ;

- protection des biens communs de l’humanité (transport durable : limitation des émissions de GES, contribuant à la sécurité alimentaire).

Par ailleurs, l’AFD a octroyé 3,509 milliard € de financement en faveur du développement urbain (gestion du territoire, gouvernance, foncier, accès aux services essentiels, mobilité urbaine) dont 1,592 milliard € pour l’Afrique sur 2000-2009.

Le secteur des infrastructures bénéficie d’un certain nombre d’instruments de financement et de développement dans le cadre de l’aide bilatérale ou multilatérale. Deux mécanismes spécifiques sont à souligner :

- le Consortium pour les Infrastructures en Afrique (www.icafrica.org), créé en 2005 au sommet du G8 de Gleneagles, dont la principale mission est d’encourager et de soutenir les investissements publics et privés dans le développement des infrastructures africaines dans les secteurs de l’eau, de l’énergie, des transports et des TIC. Il est composé des pays membres du G8, du Groupe de la Banque mondiale, du groupe de la Banque Africaine de développement (BAD), la Commission européenne, la Banque Européenne d’Investissement (BEI), la Banque de Développement de l’Afrique Australe, et dispose d’un secrétariat actuellement hébergé à Tunis par la BAD.

- le Fonds Fiduciaire infrastructures Union Européenne Afrique (www.eu-africa-infrastructure-tf.net) , créé en 2007, ce mécanisme de coopération européenne entre les agences de développement des États membres, la BEI et la Commission européenne sert à bonifier des prêts de la BEI dans les secteurs de l’eau, de l’énergie, des transports et des TIC dans le but de favoriser les interconnexions au niveau régional et continental.

« Interconnecter l’Afrique »
Un instrument novateur : le Fonds Fiduciaire infrastructures UE-Afrique
www.eu-africa-infrastructure-tf.net

Conscients de la nécessité d’un réseau d’infrastructures opérationnel et durable, l’UE et l’Afrique ont mis en place en 2007 un Fonds Fiduciaire Infrastructures, destiné à soutenir des projets d’infrastructures dans la perspective du développement de l’Afrique. Il est doté à l’heure actuelle de 147 M€.

Son objectif est de soutenir des projets durables en matière d’infrastructures et de services associés et de faciliter l’accès aux marchés régionaux en s’appuyant sur les réseaux de Communautés économiques régionales. Pour encourager les processus d’harmonisation, développer l’interconnexion et améliorer l’intégration régionale, la commission de l’Union africaine, le NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique), la BAD, la Communauté économique africaine sont des partenaires clés.

La France est très impliquée dans cette initiative, où elle est représentée par l’AFD, qui a investi près de 5 M € dans cet instrument, qui présente notamment l’intérêt de mixer les dons et les prêts pour créer une véritable plate-forme de financement européenne dans le cadre d’un partenariat public-privé.

Le défi des infrastructures en Afrique remet l’espace au cœur des politiques de développement et appelle une approche territoriale tenant compte du jeu complexe des échelles et de la nécessité d’une meilleure coopération régionale. Cette approche territoriale implique de rechercher de nouvelles stratégies pour surmonter les très fortes disparités spatiales, économiques, financières, qui caractérisent les pays en développement.

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Le terminal à conteneurs du port autonome d’Abidjan
Source : http://ci.telediaspora.net/fr/texte.asp?idinfo=18489

Liens utiles

Agence Française de Développement (AFD)
www.afd.fr

Commission européenne
http://ec.europa.eu/…/infrastructure_fr.cfm

Fonds Fiduciaire Infrastructures Union Européenne-Afrique
www.eu-africa-infrastructure-tf.net

Consortium pour les infrastructures en Afrique
www.icafrica.org

Diagnostic sur l’infrastructure des pays africains (AICD)
www.infrastructureafrica.org/aicd/documents/

Banque Mondiale
http://web.worldbank.org/…

Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD)
www.mdgafrica.org/Africa Steering Group Recommendations-French-HighRes.pdf

Mise en ligne : 16.11.10

[1] Rapport 2002 de la Banque mondiale : « L’infrastructure au service des pauvres : fournir aux pauvres un accès aux infrastructures en augmentant l’aide publique et la participation du secteur privé » http://go.worldbank.org/34UXQ1R990.

[2] Rapport 2009 de la Banque mondiale « Infrastructures africaines : une transformation impérative » http://go.worldbank.org/I4YHMQDOH0.

[3] AICD (Africa Infrastructure Country Diagnostic), « La situation globale », chap.5, « Faciliter l’urbanisation », p.118-140 : www.infrastructureafrica.org/aicd/documents/.

[4] Joëlle Salomon CAVIN, « Éloge de la concentration urbaine. Plaidoyer de la Banque mondiale en faveur de la grande ville », Cybergeo, La Banque mondiale et la géographie : www.cybergeo.eu/index22685.html.

[5] Rapport 2002 de la Banque mondiale : « L’infrastructure au service des pauvres : fournir aux pauvres un accès aux infrastructures en augmentant l’aide publique et la participation du secteur privé » : http://go.worldbank.org/34UXQ1R990.

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