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Les services non financiers d’appui aux entreprises

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Les services d’appui aux entreprises visent à améliorer leur gestion et leur productivité, mais concernent également leur environnement direct. La recherche de financements appropriés reste la priorité, mais différentes enquêtes menées par l’office des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) et des prestataires de services aux entreprises montrent que les besoins des entrepreneurs concernent également la fourniture d’informations adaptées, la formation, les transferts de technologies, l’accès aux marchés, la mise en relation avec des fournisseurs, le partenariat avec d’autres entreprises, l’aide à la constitution de réseaux.

L’émergence du concept de services d’appui aux entreprises

Historiquement, l’approche orientée sur les services aux entreprises s’est développée au milieu des années 1990. Elle procède de la perception générale des limites des approches traditionnelles d’appui aux entreprises [1].

Le livre bleu du comité des bailleurs pour le développement de la petite entreprise

Le « livre bleu » du Comité des bailleurs pour le développement de la petite entreprise est le premier guide offrant des principes directeurs pour les projets d’appui aux entreprises (Comité dorénavant nommé Comité des bailleurs pour le développement de l’entreprise, la notion de « petite » entreprise ayant disparu et dénotant une difficulté pour les bailleurs à aborder de manière efficiente ce segment d’entreprises).

Avant cette date, l’approche suivie par les bailleurs était dominée par une logique d’offre de services. La connaissance de la demande réelle des micro et petites entreprises et de la logique de fonctionnement des marchés faisait défaut. Au lieu de faciliter le développement de marchés de services, les bailleurs et gouvernements agissaient souvent comme prestataires directs de services et entravaient même l’entrée sur le marché de prestataires privés [2].

Ce constat, largement diffusée au sein du Comité, mérite toutefois d’être pondérée. En effet dans bien des cas, l’inexistence d’un marché, tout comme les moyens dérisoires des petits entrepreneurs, nécessitaient un recours à l’initiative publique pour amener les services en question à portée des petites entreprises.

L’appui des services publics et des organisations non-gouvernementales (ONG) encourageait cependant une réponse aux demandes des bailleurs plus qu’une réaction aux besoins du secteur. La plupart des produits et services offerts étaient standards et fréquemment gratuits. La prestation de services était essentiellement considérée comme un bien public, sans différenciation entre les devoirs et responsabilités des secteurs privé et public.

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Petit entrepreneur en activité (photo MAEE)

La première génération de services d’appui aux entreprises

L’aspect innovant du développement des marchés de services aux entreprises tient à l’importance de l’analyse du fonctionnement des marchés et au renforcement de ces marchés dans leur ensemble.

La première génération de projets de services d’appui aux entreprises est centrée sur l’appui aux prestataires privés, la mise en adéquation de l’offre et de la demande de services et une application des principes énoncés dans le « livre bleu » :

- privilégier les interventions centrées sur la demande et le marché. Les études de marché et analyses de la demande sont des outils à part entière pour identifier les interventions appropriées et développer les produits correspondants ;

- centrer les études de marché sur des services « indépendants », publicité, communication, conseil, comptabilité, finance, technologie ;

- minimiser les distorsions de marché en examinant minutieusement le recours aux subventions et en analysant les incitations existantes ;

- privilégier les solutions commercialement viables dans lesquelles les entreprises sont considérées comme des clients plutôt que comme des bénéficiaires ;

- cibler les prestataires de services privés ;

- changer le rôle des acteurs publics qui doivent devenir des facilitateurs plutôt que des prestataires et limiter leurs actions à des services relevant de biens publics (stimulation de la demande, information, liens d’affaires, défense des intérêts) ;

- appliquer des outils plus souples et plus réactifs à la demande au lieu de modèles standards.

La deuxième génération de services d’appui aux entreprises

Cette approche a été critiquée pour sa rigidité et son recours exclusif à des solutions de services privés commercialement viables. Trop peu d’attention était accordée à la faiblesse des institutions et des marchés dans de nombreux pays en développement. Le rôle des entités publiques n’était pas intégré de manière appropriée dans les interventions. Les prestataires de services privés provenaient majoritairement des zones urbaines et ne répondaient qu’à la demande des entreprises les plus solvables, moyennes et grandes.

Une deuxième génération de projets a vu le jour, comprenant plus d’acteurs et intégrant une approche de développement des marchés de services d’appui aux entreprises, reposant sur la promotion du secteur privé, des filières et de l’environnement des affaires. Les principales tendances de cette deuxième génération étaient :

- une plus grande attention accordée à l’adaptation des interventions aux conditions locales et un glissement vers le développement des marchés ;

- moins d’importance donnée à la distinction entre prestataires publics et privés, la priorité allant aux prestataires les plus pérennes et les plus orientés vers le marché ;

- une approche plus systémique des interventions, dans lesquelles les entités publiques locales et nationales jouent un rôle de facilitation important ;

- plus d’importance accordée à l’intégration des secteurs et entrepreneurs les plus faibles ;

- une meilleure intégration du développement de marchés de services d’appui aux entreprises en tant qu’éléments des programmes d’appui au secteur privé.

Malgré ces évolutions positives, notamment pour les petites entreprises, le savoir faire limité des différents bailleurs et la complexité des services d’appui aux entreprises font qu’aujourd’hui les différentes interventions des bailleurs se concentrent plus sur l’environnement des affaires que sur des services directs sur ce segment des petites entreprises.

Les défis des services d’appui aux entreprises

Les services d’appui aux entreprises, notamment pour les petites entreprises, rencontrent des contraintes particulières. La France intervient à différents niveaux, dans une optique d’adaptation des services d’appui aux entreprises aux besoins spécifiques des entrepreneurs.

Les contraintes qui pèsent sur les services d’appui aux entreprises

Les entrepreneurs concernés connaissent généralement mal l’impact de ces services sur la productivité de leur entreprise. Quand ils n’en ignorent pas simplement l’existence, ils estiment qu’ils sont réservés à l’élite et doutent de leur pertinence.

Les petites entreprises peinent à concevoir l’utilité de ces services comme l’information ou la formation, à l’inverse des services financiers. Mettre l’accent sur la sensibilisation des petits entrepreneurs aux bénéfices que peuvent fournir ces services doit être une priorité.

Une autre contrainte concerne le pouvoir d’achat des petits entrepreneurs. Très peu d’entre eux ont la capacité d’acquérir aux coûts du marché des prestations de services d’appui aux entreprises. Ces services, pour les petites entreprises des pays en développement, doivent donc être subventionnés.

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Exemple de très petite entreprise (photo MAEE)

Une autre contrainte concerne le pouvoir d’achat des petits entrepreneurs. Très peu d’entre eux ont la capacité d’acquérir aux coûts du marché des prestations de services d’appui aux entreprises. Ces services, pour les petites entreprises des pays en développement, doivent donc être subventionnés.

En outre, la plupart des services proposés sont génériques. Très souvent, les prestataires locaux ne recensent pas les besoins des clients, notamment pour ces petits entrepreneurs, et n’adaptent pas leur offre de services. Les services standards proposés tournent autour des questions de gestion et comptabilité, ignorant les aspects d’amélioration de la production, de stratégie commerciale ou de démarche qualité.

Enfin, la très grande majorité pour ne pas dire la totalité des services d’appui aux entreprises sont concentrés en ville et plutôt dans les grandes agglomérations, ignorant le monde rural où de très nombreuses petites entreprises pourraient être demandeurs.

L’action de la France dans les différents domaines de services d’appui aux entreprises

Information, conseil et formation
La fourniture d’information aux petites entreprises est une prestation de services particulièrement difficile à mettre en place. Il faut convaincre les petits entrepreneurs que des gains de productivité ou l’accès à des marchés peuvent provenir de cette information.

Le centre d’information technique et économique de Tananarive à Madagascar (CITE) a développé un concept très performant de fourniture d’informations adaptées pour les entrepreneurs. Le CITE offre des prestations de conseil pour mettre en application ces informations dans l’entreprise. Cette prestation peut être fournie en interne si le CITE possède les compétences adéquates ou avec l’intervention de consultants locaux. Elle est facturée à un tarif subventionné.

Ce type de prestations mélange ce qui relève de l’action publique, l’information, et ce qui relève du secteur privé, le conseil. L’insertion de ce type de prestations dans des programmes plus larges de soutien aux secteurs productifs permet de facturer les services aux petits entrepreneurs à un coût accessible, de faire prendre conscience aux consultants ou experts mobilisés de leurs réels besoins et de renforcer la compétence de ces experts sur ce secteur.

Le même type de services a été mis au point sur des formations [3] organisées en réponse aux besoins des artisans et des micro-entrepreneurs. Le CITE réalise des formations « sur mesure » répondant à des problèmes précis. Grâce à un réseau de 11 antennes à l’intérieur du pays, ces formations et conseils sont dispensés au plus proche des petits entrepreneurs.

Ce type de programme d’appui aux petites entreprises améliore leur productivité, grâce à une meilleure utilisation des systèmes et outils de production et une meilleure organisation des ateliers. Les entrepreneurs sont en outre sensibilisées à l’intérêt de se fédérer et de mutualiser leur stratégies d’approvisionnement et de commercialisation. La création de coopératives ou de groupements d’intérêt économique structure le secteur. Le dialogue et la connaissance réciproque entre entrepreneurs et organismes intermédiaires sont renforcés.

La pérennité des résultats observés est assurée par la capitalisation des acquis du dispositif par les équipes locales impliquées et permet, à terme, l’émergence d’un marché de services d’appui adaptés aux petites entreprises.

La France et le centre pour le développement de l’entreprise (CDE) soutiennent l’expérience d’info-conseil des micro et petites entreprises de l’agroalimentaire à Dakar, mise en œuvre par le Groupe de Recherche et d’Échanges technologiques (GRET). Le CDE est une institution conjointe au Groupe des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique et à l’UE, relevant des accords de Cotonou.

Pour surmonter les difficultés de commercialisation dans la conurbation dakaroise, des services orientées sur le marketing ont été développées, en insistant sur les besoins des entrepreneurs et le renforcement des compétences des prestataires. Des diagnostics d’entreprises et des missions de conseil sont pris en charge.

Des outils d’information sur la distribution et les marchés (nombre de distributeurs et lieux de distribution par produit), des modules de renforcement de compétences pour les prestataires, une base de données des prestataires et un observatoire de la distribution des produits agroalimentaires de l’agglomération de Dakar sont mis en place.

- Partenariats inter-entreprises

La coopération entre entreprises est horizontale lorsqu’elle implique des entreprises similaires et verticale lorsqu’elle porte sur des relations de clients à fournisseurs.

En la matière, il faut mentionner le « compagnonnage artisanal », mis en œuvre par l’assemblée permanente des chambres de métiers et soutenu par la France de 2004 à 2008, et le « compagnonnage industriel », mené depuis plus de 10 ans par des associations françaises d’accompagnement d’entreprises et des chambres consulaires.

Le compagnonnage artisanal est une méthode de perfectionnement, fondée sur un diagnostic d’entreprise et un accompagnement individualisé, tout au long du cycle de vie du produit, mise en œuvre par des artisans du Nord auprès d’artisans du Sud et incluant des restitutions collectives au sein de la profession.

À cette méthode s’ajoute un suivi-évaluation, vérifiant l’impact des missions auprès des entrepreneurs et renforçant les corps intermédiaires impliqués dans ce suivi. Trois pays et trois organismes intermédiaires ont été concernés par ce programme, le Cameroun et sa chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat, le Congo et son agence nationale de l’artisanat et enfin le Sénégal et son union nationale des chambres de métiers.

Le compagnonnage industriel, soutenu par la France, le CDE et l’ONUDI [4], repose sur le rapprochement d’entreprises de même métier, le langage commun des métiers et la complémentarité et le partage. Des « couples » d’industriels français et africains se constituent dans un partenariat dépassant le strict rapport client-fournisseur. Un chef de projet identifie les partenaires du Sud et accompagne l’entrepreneur français.

Ce projet comporte un diagnostic de l’entreprise du Sud, des recommandations techniques, économiques ou organisationnelles, un avis sur la faisabilité des actions envisagées. Des engagements réciproques et, s’il y a lieu, une lettre d’intention ou un protocole d’accord de partenariat sont proposés.

Un suivi des relations inter-entreprises est assuré, avec une orientation vers des dispositifs de soutien financier.

Depuis 1999, 250 missions de compagnonnage industriel ont été réalisées par des entreprises françaises au bénéfice d’entreprises du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne). Ce dialogue de métiers a permis des échanges techniques, des relations commerciales, des groupements de moyens, des réponses conjointes à des appels d’offres, des entreprises mixtes, des conquêtes en commun de nouveaux marchés.

Un projet commun a été élaboré pour 80% des entrepreneurs français concernés, des opportunités économiques ont été identifiées pour les deux tiers d’entre eux, et des accords commerciaux ont été conclus dans presque la moitié des cas.
Le compagnonnage industriel génère une dynamique qui conduit, de l’idée d’aide au développement, à des stratégies effectives d’alliances industrielles entre entreprises de même métier.

- Animation de filières et de réseaux

L’aide à la structuration des petites entreprises, à leur fédération au sein d’organisations professionnelles, relève aussi de l’action publique. Là encore, le CITE de Tananarive a développé des activités orientées sur l’animation de filières et de secteurs : ateliers thématiques, expositions de matériels ou techniques spécifiques mettant l’accent sur les avantages d’un regroupement des acteurs, suivi de cette structuration, formations et production de toute une littérature technique sur ces secteurs.

Deux filières sont particulièrement soutenues, la soie et le miel. Le CITE a notamment été à l’origine de la création de l’association des professionnels de la soie malgache, de l’amélioration aussi bien de la connaissance de la filière que des techniques de tissage. Le soutien des acteurs dans leur quête de marché tant nationaux qu’internationaux est également une activité permanente du CITE, qu’il réalise en animant des stands lors de manifestations commerciales et en aidant les artisans à y participer.

Conclusion

Les services d’appui aux entreprises font l’objet d’une capitalisation continue au travers de la publication d’une revue électronique (« l’actualité des services aux entreprises »), réalisée par le GRET, dont l’objectif est de traduire et synthétiser des documents majoritairement en Anglais. Cette revue a été soutenue par le ministère des affaires étrangères de 2001 à 2008, puis par la coopération suisse à partir de 2006 et enfin par l’agence française de développement à partir de 2009 [5].

Les services d’appui aux entreprises montrent que le renforcement des capacités des petites entreprises et notamment de leur productivité peut être indépendant de moyens strictement financiers. La question des services financiers disponibles et des synergies existantes ou à établir entre services financiers et non-financiers mérite cependant l’attention.

Il est aujourd’hui reconnu que l’accès à des services non-financiers améliore la viabilité financière des acteurs et protège ou augmente la clientèle des institutions financières.

Les différentes interventions en faveur des entreprises, particulièrement pour les plus petites, devraient agir parallèlement sur l’environnement des affaires, l’intégration des filières et des territoires permettant la prise en compte de l’ensemble des paramètres des bassins de vie considérés. De cette synergie et de la manière de la mettre en œuvre dépendent la croissance d’un secteur privé performant, créateur d’emploi et de richesse et facteur de réduction de la pauvreté dans les pays en développement.

Liens utiles

Le GRET (association professionnelle de solidarité et de coopération internationale)
www.gret.org/ressource/bds.asp

La revue BDS sur France Diplomatie

Comité des Donateurs pour le Développement de l’Entreprise (DCED)
www.enterprise-development.org
Base de données (site en anglais)
www.bdsknowledge.org

Business Development Services Forum (site en anglais)
www.bds-forum.net

Organisation internationale du travail (OIT)
www.ilo.org

Le Centre d’Information Technique et Économique (CITE) - promotion des échanges techniques et économiques entre Madagascar et les pays francophones, développement des relations avec les autres zones géographiques et linguistiques
www.cite.mg

Association régionale pour le développement de la coopération industrielle (ADECI)
www.adeci.org

Mise en ligne : 16.11.10

[1] Wältring, F. « From idea into action » : the implementation and metamorphosis of the Business Development Services. Eschborn, GTZ, Février 2006.

[2] Bilan et résultats de dix années de compagnonnage industriel. Entreprises et Développement, n° 12, avril 2006.

[3] CITE : rapport d’activité 2008.

[4] Bilan et résultats de dix années de compagnonnage industriel. Entreprises et Développement, n° 12, avril 2006.

[5] L’actualité des services aux entreprises, revue téléchargeable sur www.gret.org/ressources/bds.asp ou www.diplomatie.gouv.fr/BDS.

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