Accès rapide :

Trois piliers pour le post-2015 : inclusion, durabilité, sécurités (07/01/2013) - par Pierre JACQUEMOT pour le GRET et le Groupe Initiatives

Les textes publiés dans le cadre des contributions n'engagent que leurs auteurs

Globalement, un consensus peut être trouvé autour de l’agenda RIO+20 sur la « croissance durable et inclusive ». Mais il est nécessaire (a) d’apporter à l’agenda des précisions, (b) de lui donner un contenu plus opérationnel, © de l’inscrire dans un cadre politique.

1. LA DURABILITÉ ENVIRONNEMENTALE N’EST PAS UN SIMPLE "VERDISSEMENT DES AIDES"

Le développement durable est plus qu’un simple « verdissement » de la croissance. Il est une inflexion progressive du modèle de développement.
Il cherche à enrayer les processus de dégradation de la qualité des sols et de l’eau, la perte de la biodiversité, le défrichement abusif des forêts ou l’épuisement des richesses halieutiques. Il est caractérisé par de faibles émissions de carbone, une meilleure efficacité énergétique, une efficience dans l’usage des ressources rares. Il accroît la participation citoyenne et améliore ce faisant l’efficacité économique. Cette orientation laisse entrevoir des perspectives nouvelles dans les Etats du Sud. Ils peuvent concilier économie et écologie : valorisation du capital naturel, par le recours aux technologies vertes permettant des « sauts », à l’agroécologie, aux transports peu carbonés, et en faisant appel aux ressources des fonds spécialisés (FEM, fonds carbone, MDP, fonds vert…).

2. LES POLITIQUES D’INCLUSION ÉCONOMIQUE ET SOCIALE DOIVENT ÊTRE PRÉCISÉES

L’un des mérites des Cadres stratégiques de réduction de la pauvreté
(CSRP) est d’avoir remis à l’ordre du jour les questions concernant les effets des politiques sur les conditions de vie. On est toutefois encore loin de vraies politiques de croissance équitable. L’inclusion doit avoir un contenu opérationnel :

  • Sur le renforcement du capital humain avec l’accès aux services sociaux (soins de santé primaire, vaccination élargie, éducation pour tous, alphabétisation) ainsi que des actions portant sur l’amélioration de la maîtrise de la production de valeurs (accès au crédit, accès au foncier, accès aux technologies appropriées).
  • Sur l’agriculture familiale qui doit pouvoir contribuer aux défis de l’emploi et de l’alimentation par son insertion dans les marchés régionaux, fussent-ils protégés.
  • Sur l’emploi, en particulier des jeunes, en croissance exponentielle sur le marché du travail et souvent victimes du « découragement », faute d’opportunités de formation et d’insertion.
  • Sur l’économie populaire urbaine qui recèle des potentialités considérables, susceptibles d’être démultipliées avec les bouleversements technologiques (TIC) et les nouveaux mécanismes de financement (microfinances).
  • Sur la création d’un socle de protection sociale (pensions de retraite pour les personnes âgées, prise en charge des handicapés, allocations familiales, garanties liées à l’emploi ou encore services pour les chômeurs).
  • Sur l’expression plus libre et plus directe des populations sur leurs droits, sur leurs besoins et sur les moyens qui leur sont donnés de s’organiser et d’exercer un droit de regard et de contrôle sur les programmes mis en oeuvre.

3. LES FUTURS OBJECTIFS DU DÉVELOPPEMENT DURABLE POST-2015 DOIVENT VISER A RENFORCER DES "SÉCURITÉS", A CONSTRUIRE DES "RÉSILIENCES"

Dans un contexte international critique, dans une globalisation financière débridée, marquée par l’imprévisibilité, la question du développement se confond avec celle des aptitudes à construire des « sécurités » (ou « résiliences ») pour faire face aux risques et aux chocs systémiques :

  • sécurités alimentaires et nutritionnelles,
  • sécurités foncières et forestières,
  • sécurités hydriques et énergétiques,
  • sécurités climatiques,
  • sécurités économiques et financières.

Le concept de « sécurités » pourrait servir de socle aux futurs ODD. Un accord devrait être recherché : les Etats du Sud doivent mieux s’y prendre pour renforcer leurs « résiliences » aux chocs, asseoir solidement leurs « sécurités », partir à la reconquête des filières, établir des règles du jeu égales pour tous les acteurs économiques et puiser dans l’immense réservoir d’ingéniosité et de créativité que représentent leurs propres citoyens. Dans ce processus, il n’y a pas d’obstacle culturel dirimant. Toute culture est compatible avec l’innovation depuis que l’on sait que les modes de gestion efficients sont pluriels.

4. CONFORTER LES ENGAGEMENTS FRANÇAIS

Le Groupe Initiative suggère de conforter l’engagement de la France en faveur du développement durable et solidaire dans un cadre législatif (loi de programmation). Il permettra :

  • d’inscrire la lutte contre les inégalités et les discriminations en tant que priorité de la politique de développement, en tant que telle et comme dimension indispensable à laquelle devrait contribuer tout projet de développement.
  • de porter l’accent sur certains domaines essentiels : le soutien des agricultures familiales ; la promotion des filières de production locale ; la préservation et le renouvellement des ressources naturelles ; l’accompagnement des mécanismes de décentralisation ; la promotion des entreprises orientées vers la production locale de valeurs.
  • d’identifier plus clairement les divers acteurs contribuant aujourd’hui aux actions de développement (Etat, collectivités locales, entreprises, syndicats, associations de solidarité, universités, centres de recherche, …) et de préciser leur rôle complémentaire.

Enfin, il devrait permettre de "sanctuariser" les ressources affectées par l’Etat à l’action de développement.


PLAN DU SITE



MENTIONS LÉGALES & INFOS PRATIQUES

Tous droits réservés - Ministère des Affaires étrangères et du Développement international - 2014